Masculin par défaut, féminin par qualité [3/3]

Autant en emporte le mâle !

[Troisième volet contre l’écriture inclusive]

 

Et tandis que tous les mercredis depuis le mois de mai 2017, les iraniennes se battent pour ôter le hijab, nous – pardon – certaines d’entre nouEs se battent encore pour rallonger d’un .e [petite queue en forme de tire-bouchon] les mots qui nouEs désignent

Quelques nouveaux arguments à débattre…

Prenons d’abord celui du « C’était mieux avant… »

Oui car il paraît qu’avant (mais quand ?), on disait poétesse, philosophesse, scientifiquesse… et on accordait au plus proche, au plus joli, fût-il féminin, d’ailleurs, le féminin n’est-il pas, par essence, plus joli ?

Non, bien sûr.

Mais revenons un peu à cette période dorée, cette idyllique époque donc, qu’on nouEs dépeint, où un preux chevalier nouEs aurait dit :

« Votre altesse, je vouE envoie de doux baisers et de chastes caresses empreintEs de tact et de légèretéE ! Loin de moi le projet immonde ou le désir frénétique et animal de vouE pilonner à vouE saccager le sarcophage ou vouE ravager jusqu’à l’occiput [1]! Je saurai contenir par devers moi toute ma répugnante virilité, celle qui, passées quelque mille années, détruira pourtant notre planète ^^…[2] « 

Mais bon sang, que lui a-t-elle donc répondu à ce chevalier pour que finalement, alors même qu’il baignait dans cet environnement égalitaire, produit de sa langue, il se rebelle et s’unisse à ses congénères pour… l’emporter – de force – sur le féminin ?? On nouEs dépeint pourtant les hommes de cette époque idyllique comme pétris de bons sentiments à notre égard, si respectueux et emplis jusqu’au fond de leur âme (car ils en avaient une, à l’époque !) de l’esprit d’égalité entre les sexes ! N’est-ce pas ? Alors que s’est-il passé ? Comment a pu-t-on en arriver là ?Comment sont-ils subitement devenus, dans un tel contexte prétendument égalitaire, les horribles machos que nous croisons aujourd’hui, qui répandent leurs cuisses et leurs couilles jusque sur les banquettes de métro, nouEs coupent la parole sans arrêt et tirent à eux sans vergogne la couverture économique pendant qu’on se gèle les pieds ??? (Avez-vouE froid aux pieds la nuit ? ne vous demandez plus pourquoi… c’est le résultat de millénaire de couverture tirée par les hommes, à notre détriment !)

Bref… si l’époque d’avant le vilain Beauzée [3] avait vraiment existé et si la langue, prétendument égalitaire de l’époque, avait vraiment influencé tous les cerveaux qui la pratiquaient, alors pourquoi et comment l’un d’eux, grammairien de surcroît, aurait trouvé la force de tout pervertir en changeant simplement les énoncés ? Comment aurait-il pu imposer cette… chose ? Pardon : ce truc ?

«Le masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle» [4]

En voilà une belle connerie. Vous remarquerez que le « à cause » implique que ledit Beauzée s’appuie sur un fait, une doxa, une opinion visiblement répandue…

Bref. Ne devrions-nous pas, à notre tour, supprimer cette règle fausse ? Ne suffirait-il pas de dire :

« Le masculin n’a pas de marque propre. C’est neutre, masculin par défaut, féminin par qualité… »

Justement, parlons maintenant de la qualité. A l’heure où chacun revendique la liberté de choisir son sexe et où l’on trouve un peu infâmant, voire discriminant de devoir le cocher, F ou M, les mêmes qui revendiquent le genre, plutôt que le sexe, parce qu’elles.ils ne voient pas en quoi le sexe serait, parmi les données physiques, l’aspect le plus pertinent pour différencier et hiérarchiser le masculin et le féminin [5] …

[Et oui ? Et j’en conviens volontiers ! Je suis bien d’accord : En effet, je ne suis pas possesseur d’un ordinateur en tant que femme, je ne suis pas automobiliste en tant que femme, je ne suis pas professeur en tant que femme…]

… les mêmes, dis-je, voudraient nouEs forcer à mettre un signe distinctif ? nous forcer à inscrire notre sexe sur notre figure, sur tous les mots qui nous désignent ? Parce que le monde doit savoir qu’on s’exprime en tant que nouEs ? Parce qu’il y a deux castes, deux façons de voir le monde et qu’elles doivent cohabiter l’une plantée à côté de l’autre ? Parce qu’il y a une façon d’être au monde homme et une façon d’être au monde femme ?

Ne sommes-nous pas en train de faire marche-arrière ?

Il faudrait représenter davantage les femmes qui réussissent… dans les professions jusqu’alors occupées – voire, colonisées !!!! – par ces *** hommes blancs, me dit-on. Mais quid des noir[e]s ? Les noirs-médecins ? Les maghrébins-avocats ? Les noirEs-policières ? Les maghrébines-chercheuses en astrophysique ? N’y a-t-il pas urgence à rendre visibles ces minorités invisibles ?

Ah… on me dira que c’est stigmatisant. Et puis, qu’un avocat soit noir ou blanc, qu’est-ce que cela change à sa profession ? Suis-je en train de signaler que c’est particulièrement bien d’être maghrébin-chercheur et pas maghrébin-voleur ? Suis-je en train de signaler que c’est particulièrement rare d’être noire-ministre et pas noire-femme de ménage? Admettre et souligner que c’est rare et bien, n’est-ce pas laisser entendre que c’est bien que ce soit rare ?

En tout cas, voilà bien deux adjectifs que moi, je n’aimerais pas voir coller à mes fesses quand j’exerce ma profession.

De grâce, changeons l’énoncé stupide et périmé de la règle de Beauzée… le masculin ne l’emporte pas.

UN = homme ou femme ou indifférent

UNE = femme

Il vaudrait mieux inventer un genre supplémentaire pour les français qui n’ont pas la chance d’avoir le trou de l’italien grâce auquel se trouvent véritablement opposés unO à unA. Pas moyen aux hommes français de faire remarquer au monde qu’ils ne sont qu’entre couilles. D’ailleurs, quand cela leur arrive, ne ressentent-ils pas l’impérieuse nécessité de nouEs le faire remarquer ?

Et s’ils sont des vedettes depuis quelques millénaires, nous avons, sans nous ajouter une queue de tire-bouchon, les moyens de rester des altesses.

[1] Oui, car à cette époque-là sans doute, l’homme n’avait pas encore inventé le vagin ^^^  Voilà ci-dessous un article complètement fou…

Le vagin n’est pas un organe sexuel. (Pas plus que l’anus ou la bouche).

[2] Oui car il paraît que le maquillage, les tampons, les serviettes, les gels douche, le shampoing Allô et la mode ne contribuent en rien à la destruction de notre éco-système. Le problème c’est les hommes avec leur voiture et leur sexe. http://www.madmoizelle.com/hommes-ecologie-virilite-872245

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Beauzée.

[4] Grammaire générale de Beauzée (1767)

[5] Delphy 2001, p.243

Publié par

laetitia

Écrivaillounette de romans et de chansons, de formation en Lettres Classiques, Docteur en linguistique, prof de Français Lettres Classiques, actuellement d'expression écrite et orale… et de FLE, je souhaite mettre à disposition de tous des cours, des avis et Compte-rendu de lecture, des extraits de mes romans, des articles de linguistique, des recherches en mythologie et religion… et les liens vers la chaine "La Boule Athée" que je co-crée avec mon compagnon et ami.

3 réflexions au sujet de « Masculin par défaut, féminin par qualité [3/3] »

  1. Est-ce que ce n’est pas dévalorisant pour un homme de devoir considérer que sa représentation écrite ne correspond à rien de précis (= homme, femme ou neutre) alors que la femme a une représentation bien à elle ?
    Il me semble – ce n’est que mon avis – que ce déséquilibre de représentation fait la part belle au sexisme en faisant des femmes un groupe à part, comme s’il avait plus de valeur.

    1. Oui c’est bien ce que je veux dire : si l’un des deux sexes avait un combat à mener, ce serait peut-être davantage les hommes… qui pourraient faire remarquer (comme je le suggère dans le 1/3) que leur représentation écrite est un peu floue… historiquement disparue et donc finalement floue… ! Mais au fond, je pense surtout que l’un comme l’autre sont de faux problèmes…

  2. Bonjour 🙂

    Quel bonheur de lire ce texte : clair, argumenté.

    Le féminisme radical a quelque chose d’un peu effrayant. Il est tellement, catégorique, dogmatique.

    Que ce soit concernant l’idée selon laquelle le langage serait prescriptif et servirait d’instrument de domination des hommes sur les femmes (Michèle Causse, « Contre le sexage » 1999).

    Ou bien que ce soit en affirmant que toute pénétration vaginale (ou buccale, ou annale, …du coup) est un viol, puisque c’est en résumé ce que dit l’article de blog nommé « Le vagin n’est pas un organe sexuel. (Pas plus que l’anus ou la bouche) », si je ne m’abuse.

    Mais alors, mince ! Non seulement tous les hommes sont des violeurs, mais en plus toutes les femmes sont toutes victimes de viol… mais sans le savoir. (WTF ?!) Le féminisme radical serait là pour nous révéler tout cela à nous-mêmes.

    Bé merciii (?) Enfin, je crois.

    Ça me fait penser à ce phénomène en psychologie. Ça s’appelle les « souvenirs induits ». C’est quand une personne induit à une autre un souvenir qui ne repose sur aucune réalité. C’est plutôt tragique, car du coup la personne trompée souffre d’un mal qu’elle n’a jamais eu. C’est con. Car si en effet, tout acte de pénétration est un viol, alors, alors… alors mesdames tirez vos conclusions-vous mêmes ! (Euh…. Bon.)

    L’histoire ne dit pas si ça change quelque chose si la pénétration est réalisée par un homme sur (dedans plutôt, non? lol ) un autre homme, ou par une femme sur un homme… ou encore si la pénétration est opérée par une femme, sur une autre femme.

    C’est là que j’me rends compte que :

    1) « BinKa », l’autrice (féminisation concédée ^^) de l’article du Blog « Féministes radicales » n’a pas tellement d’imagination.

    2) Je pose trop de questions

    Le féminisme radical est tout aussi dogmatique quand il explique aux femmes qu’il vaut mieux raconter son agression sur les réseaux sociaux et risquer au passage une action en diffamation (Mouvement #MeeToo) plutôt que d’aller porter plainte à la Police…

    « Parce que les policiers sont tous des hommes, donc ils sont des violeurs, donc ils ne vont pas vous croire. D’ailleurs la justice elle-même est patriarcale, elle protège les violeurs, elle est l’instrument du patriarcat, puisque les juges sont des vieux hommes blancs et chauves. C’est bien connu ! »

    Sauf que l’âge médian des femmes magistrates est de 46 ans et celui des hommes magistrats de 51,5 ans (c’est pas si vieux) et que les femmes représentent 66 % des effectifs totaux (c’est plus de la majorité, si je ne suis pas trop nulle en maths… ^^)
    (http://www.justice.gouv.fr/statistiques-10054/infostats-justice-10057/les-magistrats-un-corps-professionnel-feminise-et-mobile-31495.html)

    Ok, les postes les plus « hauts » sont encore représentés en majorité par des hommes, cependant les postes de Procureur de la république (les magistrats qui décident si une plainte « mérite » des mesures d’investigations complémentaires, et plus tard si elle peut être ou non jugée) ne font pas partie des plus « hauts » postes, au contraire, sont très demandés par les jeunes recrues, car ce sont des postes très exigeants (on ne compte pas ses heures et on doit être dispo 24h/24). Ils siéent mieux aux jeunes gens. (https://www.lemonde.fr/societe/article/2012/06/07/la-feminisation-de-la-magistrature-n-atteint-pas-les-plus-hauts-postes_1713790_3224.html#:~:text=La%20féminisation%20de%20la%20magistrature%20n%27atteint%20pas%20les,et%20près%2060%20%25%20des%20juges…%20mais%20)

    Il va sans dire que le Procureur de la république ne décide pas comme ça dans le vent, ou selon ses propres valeurs, ou selon ses propres croyances. Il fonde ses décisions sur les éléments tangibles qu’il a en sa possession. Son raisonnement se doit d’être rationnel et surtout justifié. Si ce n’est pas le cas, l’avocat de la défense se fera une joie de relever les incohérences…

    « Mais puisque les avocats sont tous des hommes blancs, chauves et qui fument le cigare … vraiment ça n’en vaut pas la peine. Laissons-nous plutôt le plaisir de ne pas actionner les leviers de la Justice. »

    En toute logique le présumé violeur ne sera jamais jugé et donc jamais condamné. C’est cohérent… (hum-hum).

    Moi je me rappelle que la défense de Jacqueline Sauvage a été faite par des femmes qui se revendiquaient du féminisme (oui d’accord, super très bien), elles en ont beaucoup joué sur le plan médiatique. Cependant, cela ne les a pas empêchées de plaider la légitime défense, une chose qui était juste impossible à démontrer, en l’espèce. Alors, ça a beaucoup plu à l’idéologie féministe, (oué super) parce que cette femme était battue depuis des années par son mari, mais par contre c’était une défense, tout ce qui a de plus merdique (dommage pour leur cliente).

    C’est la même chose pour cette revendication curieuse concernant la création, en droit, d’un crime de « féminicide », qui en réalité serait plus complexe à qualifier juridiquement qu’un « homicide » (terme générique) et qui n’apporterai pas vraiment de solution à la prise en charge des femmes victimes de violences, ainsi que le démontre le « RAPPORT D’INFORMATIONFAIT AU NOM DE LA DÉLÉGATION AUX DROITS DES FEMMES ET À L’ÉGALITÉ DES CHANCES ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES sur la reconnaissance du terme de « féminicide » », publié en 2020. (SOURCE : http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/ega/l15b2695_rapport-information)
    Pour les abonnés au Monde : (https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/02/18/l-inscription-du-terme-feminicide-dans-le-code-penal-jugee-inutile_6029987_3224.html)

    Enfin, bref je ne sais plus pourquoi j’écris tout ça … ah oui ! J’y suis ! C’est un peu dogmatique le féminisme radical quand même … Les raisonnements sont souvent fallacieux, puisqu’ils reposent sur des données erronées. Et surtout, l’idéologie passe avant le pragmatisme (l’idéologie plutôt que ce qui fonctionne vraiment pour améliorer les inégalités), une posture bien malheureuse, selon moi.

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