King Kong Théorie, Virginie Despentes

De toute évidence, Virginie Despentes et moi-même n’avons pas connu les mêmes mecs. Pas le même père, pas les mêmes cousins, pas les mêmes copains, pas les mêmes amants… De toute évidence, elle a dû se coltiner de près les affreux jojo que j’apercevais de loin et qui se masturbaient, l’œil torve, quand je passais devant eux, chantonnant, lycéenne. Ou encore ceux qui se collent à nous lorsque nous essayons de nager dans une piscine bondée ou lorsque nous prenons le métro. Alors oui, je vois bien de qui elle veut nous parler, mais on peut et on doit les maintenir à distance, en respect, ou en laisse. D’ailleurs, il paraît qu’ils adorent ça.

Je trouvais que Peggy Sastre avait tendance à oublier les crétins vaniteux qui occupent des postes importants accrochés à leur cravate et nous emmerdent avec leur importance, alors qu’ils ne sont que la partie visible de l’iceberg – sorte de gland émergé – des connards dispersés sur la planète entière qui tuent, violent, exploitent, vendent ou achètent des femmes tout en justifiant et pérennisant ces mauvais traitements par les lois iniques et les traditions débiles et avilissantes qu’ils ont inventés.

Il y a donc les hommes qui devraient avoir honte, selon Virginie Despentes, les hommes pas si craignos de Peggy Sastre et ceux qu’elle oublie (mais elle s’occupe surtout des femmes), et ils nous reste quelques cons légers, usuels, vraisemblablement des cons bien de chez nous ; d’ailleurs, mes copines m’en parlent souvent : qu’est-ce qu’elles se plaignent de leur mec !! de ses slips, de ses chaussettes, de ses clés qu’il perd, de ses poils dans le lavabo, de sa désinvolture, de sa fainéantise ! Quand je les entends,  je soupire de bonheur :

1) quel bonheur de n’être pas l’un de ces handicapés dont elles me parlent et qui vivent chez elles !

2) quel bonheur que les hommes de ma vie, de mon père à mes amoureux, le dernier compris, en passant par mes amis, n’aient rien en commun avec ceux-là !

Le premier devoir d'une femme, c'est de tuer l'ange du foyer. Virginia Woolf.

Merci VD (Virginie Despentes) pour la citation et le conseil domestique.

Alors moi je l’ai bien tué. Du coup, non seulement je ne sais pas conduire (enfin pas très bien… bien sûr, de par ma condition de femme, hein), mais en outre, je ne suis pas un cordon bleu et je ne trouve pas facilement le beurre dans le frigo.

Mais VD ne nous parle pas de la femme aussi nulle qu’un homme, ni même de l’homme domestiqué, même mal domestiqué… elle nous parle de l’homme hors du foyer, quand il sort de chez lui, en rut, éconduit par une bourgeoise frigide et jugeante, et qu’il va assouvir ses besoins dans la jungle de ses désirs.

VD s’est prostituée pendant quelques années et a vu la part de l’ombre qu’elle nous révèle ici. Elle rappelle à bon escient qu’à la sortie de son film Baise-moi, la critique s’est esbaudie à rappeler qu’elle était une pute et qu’elle était moche… alors que personne ne s’est ému de la beauté particulière d’un Houellebecq… qui doit sans doute pourtant, et depuis fort longtemps, payer pour baiser.

"Il y a un lien réel entre l'écriture et la prostitution. S'affranchir, faire ce qui ne se fait pas, livrer son intimité, s'exposer aux dangers du jugement de tous, accepter son exclusion du groupe. Plus particulièrement en tant que femme : devenir une femme publique. En opposition évidente avec la place qui nous est traditionnellement assignée : femme privée, propriété, moitié, ombre d'homme". (84)

Retenons comme note pour plus tard les conseils de lecture de V. S. : Norma Jane Almodovar, Carole Queen, Scarlot Harlot, Margot St James, Pheterson, Le prisme de la prostitution, Claire Carthonnet, J’ai des choses à vous dire

Puis revenons au propos éponyme de VD. De quoi la  King Kong Theorie est-elle la théorie ? Quel rapport avec King Kong, la bête lourde et poilue qui nous a tellement fait fantasmer, nous les filles !

(ah bon ? pas vous ?)

Et bien cela se niche au cœur palpitant de l’essai sulfureux, et ressemble tout de même à une vague – mais originale – ode à la nature naturellement merveilleuse et naturellement bienveillante… le deus ex natura… le gorille !

 

"King Kong fonctionne comme la métaphore d'une sexualité d'avant la distinction des genres telle qu'imposée politiquement autour de la fin du XIXè siècle. King Kong est au-delà de la femelle et au-delà du mâle. Il est à la charnière, entre l'homme et l'animal, l'adulte et l'enfant, le bon et le méchant, le primitif et le civilisé, le blanc et le noir. Hybride, avant l'obligation du binaire. L'île de ce film est la possibilité d'une forme de sexualité polymorphe et hyperpuissante. Ce que le cinéma veut capturer, exhiber, dénaturer puis exterminer.

Quand l'homme vient la chercher, la femme hésite à le suivre. Il veut la sauver, la ramener dans la ville, dans l'hétérosexualité hypernormée. La belle sait qu'elle est en sécurité auprès de King Kong. Mais elle sait aussi qu'il faudra quitter sa large paume rassurante, pour aller chez les hommes et s'y débrouiller seule". (112)

Bon, qu’on se le dise une bonne fois pour toute : pour VD, les hommes sont des enculés.

Tout la servilité et la soumission qui nous incombent et qui constituent notre quotidien de femelle empêtrée dans les bijoux et les talons aiguilles jusqu’au cou, nous le leur devons.

"Car les hommes ont ceci de très particulier qu'ils tendent à mépriser ce qu'ils désirent ainsi qu'à se mépriser pour la manifestation physique de ce désir. En désaccord fondamental avec eux-mêmes, ils bandent pour ce qui les rend honteux. En déportant la prostitution de rue, celle qui offre le soulagement le plus rapide, le corps social complique le soulagement des hommes. […] Le désir des hommes doit blesser les femmes, les flétrir. Et, en conséquence, culpabiliser les hommes. Ça n'est pas une fatalité, encore une fois, mais une construction politique. Les hommes actuellement ne donnent pas l'impression d'avoir l'intention de se libérer de ce genre de chaînes. Au contraire". (83)

Voilà. Tout est dit. Les hommes sont des concupiscents honteux et ils nous le font payer très cher en nous avilissant depuis la nuit des temps et sur toute la planète, ils se servent de nous comme souffre-douleur au lieu de nous foutre tranquille…

euh… de nous foutre la paix et de nous laisser tranquille (avec King Kong).

Il paraît que ces cons d’hommes n’arrêtent pas de se foutre de nous, en sus…

 

"J'aime beaucoup, depuis, entendre les hommes pérorer sur la stupidité des femmes qui adorent le pouvoir, l'argent ou la célébrité : comme si c'était plus con que d'adorer des bas résille…" (72)

Elle souligne le rapport ambigu des hommes au porno, leur rapport honteux bien sûr, mais l’admiration ou du moins la pétrification intimidante qu’ils subissent quand ils sont devant une icône du porno.

Elle les accuse de faire vivre la prostitution, qu’elle défend de façon très pertinente en adoptant le point de vue politique adéquat :

 

"Les prostituées forment l'unique prolétariat dont la condition émeut autant la bourgeoisie. Au point que souvent des femmes qui n'ont jamais manqué de rien sont convaincues de cette évidence : ça ne doit pas être légalisé. Les types de travaux que les femmes non nanties exercent, les salaires misérables pour lesquels elles vendent leur temps n'intéressent personne. C'est leur lot de femmes nées pauvres, on s'y habitue sans problème. Dormir dehors à quarante ans n'est interdit par aucune législation. La clochardisation est une dégradation tolérable. Le travail en est une autre. Alors que, vendre du sexe, ça concerne tout le monde et les femmes "respectables" ont leur mot à dire". (57)

Finalement, pas de commerce gratuit avec les hommes, pas de complaisance, pas d’abandon : tout doit être monnayé avec l’ennemi qu’elle dénonce. Voici le conseil qu’elle donne :

"N'empêche que si je devais donner un conseil à une gosse, je lui dirais plutôt de faire les choses clairement, et de garder son indépendance, si elle veut tirer profit de ses charmes, plutôt que de se faire épouser, maquer, engrosser et coincer par un type qu'elle ne supporterait pas s'il ne l'emmenait pas en voyage". (76)

D’ailleurs, elle dénonce les pièges de la féminité, et depuis, ses mots me hantent dès que j’arpente des couloirs en talons qui claquent…

"Après plusieurs années de bonnes, loyales et sincères investigations, j'en ai quand même déduit que : la féminité, c'est la putasserie. L'art de la servilité. On peut appeler ça séduction et en faire un machin glamour. ça n'est un sport de haut niveau que dans très peu de cas. Massivement, c'est juste prendre l'habitude de se comporter en inférieure. Entrer dans une pièce, regarder s'il y a des hommes, vouloir leur plaire. Ne pas parler trop fort. Ne pas s'exprimer sur un ton catégorique. Ne pas s'asseoir en écartant les jambes pour être bien assise. Ne pas s'exprimer sur un ton autoritaire. Ne pas parler d'argent. Ne pas vouloir prendre le pouvoir. Ne pas vouloir occuper un poste d'autorité. Ne pas chercher le prestige. Ne pas rire trop fort. Ne pas être soi-même trop marrante". (126)

Là, je re-perds mes repères.

Les talons signe de servilité, OK…

Mais les bijoux… quid des plumes du grand chef indien ? Pourquoi les plumes, les fards et les bijoux nous valent-ils des surnoms grossiers, alors même que les paons et les colverts rutilants sont des mâles ? Nos humains mâles seraient-ils jaloux que les fanfreluches nous siéent bien mieux à nous ?

La robe, je n’en suis pas sûre non plus. Les hommes ont tort de se serrer le peu de couilles qu’ils ont dans des pantalons étroits dont parfois, selon l’âge de l’orang-outan en question, déborde un ventre disgracieux et gorillesque (on retourne à King Kong, tiens…), le tout surmonté d’une cravate, signe ostentatoire d’adhésion animale au système. La laisse professionnelle. Je la leur laisse.

Enfin, quel intérêt à vouloir parler fort, s’asseoir mal, être importun et grossier, prendre toute la place ? J’ai pas envie de ressembler à un goret !

En revanche, le droit de rire, même comme une pintade hagarde, ne vous en déplaise, je l’ai – je le garde.

Mais revenons au propos principal du livre, qui ne concerne pas les femmes, mais plutôt les enculés. Si j’étais un homme, la suite m’aurait choquée et blessée.

Cependant, quand je lis la deuxième lettre de ménage d’Antonin Artaud à Anaïs Nin, alors je me dis que tout est permis

Finalement, l’homme Antonin Artaud est campé dans ses attentes comme les hommes dont VD parlent ci-dessous sont à l’antique : les femmes domestiques au gynécée, les courtisanes libres et aimées (voire vénérées) et les hommes s’admirant entre eux, se sculptant et s’amourachant des jeunes dieux du stade ou de l’arène, et toute cette société esclavagiste et masculiniste, dont une partie d’entre nous seulement ont désormais tiré un pied hors de la bauge. Mais quel pied…!

"Ils aiment parler aux femmes, les hommes. Ça leur évite de parler d'eux. Comment explique-t-on qu'en trente ans aucun homme n'a produit le moindre texte novateur concernant la masculinité ? Eux qui sont si bavards et si compétents quand il s'agit de pérorer sur les femmes, pourquoi ce silence sur ce qui les concerne ? […] Les hommes aiment les hommes. Ils nous expliquent tout le temps combien ils aiment les femmes, mais sait toutes qu'ils nous bobardent. Ils s'aiment, entre eux. Ils se baisent à travers les femmes, beaucoup d'entre eux pensent déjà aux potes quand ils sont dans une chatte. Ils se regardent au cinéma, se donnent de beaux rôles, ils se trouvent puissants, fanfaronnent, n'en reviennent pas d'être aussi forts, beaux et courageux. Ils écrivent les uns pour les autres, se congratulent, ils se soutiennent. Ils ont raison. Mais à force de les entendre se plaindre que les femmes ne baisent pas assez, n'aiment pas le sexe comme il faudrait, ne comprennent jamais rien, on ne peut pas s'empêcher de se demander : qu'est-ce qu'ils attendent pour s'enculer ? Allez-y. Si ça peut vous rendre plus souriants, c'est que c'est bien". (142)

Bourdieu, Contre-feux

Contre-feux, propos pour servir à la résistance contre l’invasion néo-libérale.

Publié chez Raisons d’agir en 1998.

Nous sommes en 2018, et Contre-feux a été publié en 1998.

Pourquoi faut-il le lire ?

Parce que c’est un peu prophétique ? Vous l’attendiez celle-là ! Trop facile.

Non, il n’existe pas de prophète. En revanche, il existe des mémoires courtes, et la nôtre accepte qu’on nous rebatte les oreilles des mêmes alertes d’un côté, et des mêmes bêtises de l’autre. Par conséquent, peu importe la date, ces textes de Bourdieu donnent autant à penser que s’ils avaient écrit hier.

Au passage, relire du Bourdieu à l’heure où on lui prête volontiers des croyances ineptes en des entités fantomatiques, ça permet de garder la tête froide, de ne pas tomber dans les travers snobs, qu’il dénonce d’ailleurs [et ça me fait jubiler, mais c’est tout personnel] dans son texte consacré à Sollers.

"Son originalité - parce qu'il en a une : il s'est fait le théoricien des vertus du reniement et de la trahison, renvoyant ainsi au dogmatisme, à l'archaïsme, voire au terrorisme, par un prodigieux renversement auto-justificateur, tous ceux qui refusent de se reconnaître dans le nouveau style libéré et revenu de tout." (p. 18)

Ce qu’il lui reproche ?

"Faire semblant d'être écrivain, ou philosophe, ou linguiste, ou tout cela à la fois, quand on n'est rien et qu'on ne sait rien de tout cela" (p. 16)

Ce qu’il reproche à Sollers en clair ? D’avoir usurpé sa place d’intellectuel, puis perverti la gauche et l’avoir détruite de l’intérieur en y distillant le cynisme stérile [et snob, la posture désabusée] et le nihilisme narcissique [hypocritement blasé] à la Cioran – ceux qui répètent que rien ne sert à rien, mais souhaitent tout de même être publiés et pensent valoir davantage que d’autres. Et par cet individualisme dissimulé, cet amour de la posture personnelle, il lui reproche d’avoir favorisé le néo-libéralisme.

Deux attitudes négatives possibles : se faire passer pour un revêche intellectuel tellement plus intelligent que la masse que rien ne le séduit [cf au-dessus]… sauf le cul   [parce qu’il faut avoir un sacré pb de gonzesse pour écrire un truc pareil… ou alors il demande à son « harem » de le traiter en bébé… ?]. Ou rentrer dans le rang, devenir un traitre à l' »esprit » de 68. Dans leur cynisme et leur lâcheté, les deux attitudes se valent.

"La réaction de panique rétrospective qu'a déterminée la crise de 68, révolution symbolique qui a secoué tous les petits porteurs de capital culturel, a créé (avec, en renfort, l'effondrement - inespéré ! - des régimes de type soviétique) les conditions favorables à la restauration culturelle aux termes de laquelle "la pensée" Science-Po" a remplacé la "pensée Mao".(p.15)

J’étais heureuse d’entendre des propos similaires chez Alain Badiou, jeudi 10 mai 2018, sur France Culture dans la Grande Table,

 "au nom de l'échec ou du fiasco du communisme étatique issu de la révolution de 1917, ils ont déclaré que cette orientation en générale était impossible."

Or l’ambition collective, le « mettre en commun », est une orientation qui s’oppose à l’individualisme. Organiser la vie en commun, c’est tout le programme de la politique, au sens propre du terme. Mais l’individu existe-t-il ? Pour vendre des choses à des individus qui nourrissent par cet avoir leur narcissisme, il est important que l’individu croit en sa propre existence… or :

 "la notion d'individu est tout à fait obscure […] aucun individu n'est en mesure de déchiffrer sa propre existence sans la médiation de l'autre, et sans la médiation des autres […] il parle une langue, c'est pas lui qui l'a inventée, il est dans une société, c'est pas lui qui l'a créée, il tombe amoureux de quelqu'un, c'est pas lui qui l'a choisi, etc. et donc l'individu se dilate nécessairement dans sa propre existence. La notion de l'atome individuel, et des atomes individuels consommateurs, salariés et concurrents, qui est quand même la vision générale du libéralisme, je la crois fausse, tout simplement, c'est une idéologie et il faut s'en débarrasser et la politique, je crois, sert à ça." (Alain Badiou)

Vous l’aurez compris, ce recueil de textes de Bourdieu est politiquement ancré et ne veut pas laisser croire que la droite et la gauche, bah c’est pareil. Ainsi distingue-t-il la « main gauche » de l’État (assistants sociaux, éducateurs, magistrats, profs et instits) de sa main droite (énarques banquiers, cabinets ministériels) (p.9) et dénonce le torpillage de cette main droite par ce qu’on appelle aujourd’hui les experts.

"Ce qui est en jeu, aujourd'hui, c'est la reconquête de la démocratie contre la technocratie : il faut en finir avec la tyrannie des "experts", style Banque mondiale ou FMI, qui imposent sans discussion les verdicts du nouveau Léviathan, "les marchés financiers", et qui n'entendent pas négocier, mais "expliquer". (p. 30 : Contre la destruction d'une civilisation, intervention en gare de Lyon, lors des grèves de décembre 1995)

Il décrit et dénonce le nouveau « mythe de la mondialisation », océan dans lequel l’individu se rattache à ses « choses » et nécessaire pour assoir un pouvoir. Le mythe de la mondialisation, ou plutôt la justification théorique des privilèges…

 "Max Weber disait que les dominants ont toujours besoin d'une "théodicée de leur privilège", ou, mieux, d'une sociodicée, c'est-à-dire d'une justification théorique du fait qu'ils sont privilégiés." donc du mythe de la mondialisation, qui permet de faire accepter ce que Bourdieu appelle "la philosophie de la compétence "selon laquelle ce sont les plus compétents qui gouvernent, et qui ont du travail, ce qui implique que ceux qui n'ont pas de travail, ne sont pas compétents. Il y a les winners et les losers, il y a la noblesse, ce que j'appelle la noblesse d'État, c'est-à-dire ces gens qui ont toutes les propriétés d'une noblesse au sens médiéval du terme et qui doivent leur autorité à l'éducation, c'est-à-dire, selon eux, à l'intelligence, conçue comme un don du Ciel, dont nous savons qu'en réalité elle est distribuée par la société, les inégalités d'intelligence étant des inégalités sociales. L'idéologie de la compétence convient très bien pour justifier une opposition qui ressemble un peu à celle des maîtres et des esclaves." (p49)
(Le mythe de la mondialisation et l'État social européen, Athènes 1996)
 "On donne [ainsi] en modèle aux travailleurs européens des pays où le salaire minimum n'existe pas, où le salaire minimum n'existe pas […] Et c'est au nom d'un tel modèle qu'on impose la flexibilité, autre mot-clé du libéralisme, c'est-à-dire le travail de nuit, le travail des week-ends, les heures de travail irrégulières, autant de choses inscrites de toute éternité dans les rêves patronaux. De façon générale, le néo-libéralisme fait revenir sous les dehors d'un message très chic et très moderne les plus vieilles idées du plus vieux patronat." (p. 39)

Très important de toujours se souvenir qu’il s’agit là, en effet, des plus vieilles idées du monde : le travail payé à la tâche… que faisions-nous de pire ? L’esclavage peut-être.

Alors on va me dire qu’il faudrait étudier davantage l’économie, et que d’ailleurs :

Le Prix Nobel d’économie Edmund Phelps a affirmé que l’inculture économique des Français coûtait au pays 1 point de PIB par an.

Moi, quand je lis ça, je n’en peux plus de rire. Comment a pu-t-on en arriver là ? Et calculer un tel délire ??

Si l’on peut faire de tels calculs, j’aimerais qu’on calcule également combien coûte l’inculture en général ! Celle qui permet de balayer Bourdieu d’un revers de la main en se disant « c’est obsolète, des vieilles idées« , celle qui fait oublier les acquis sociaux très récents du début du XXè (puisque les plus vieilles idées du monde ont près de 3000 ans ; il ne suffit pas d’écrire NÉO devant pour que le monde soit dupe…), celle que fabrique une école désavouée et désunie, percluse des bêtises à la mode des derniers pédagogues et qui produit des illettrés, mauvais en math, prompts à se faire avoir par n’importe quel médiocre vendeur, obsédés par l’AVOIR et prêts à laper n’importe quelle amertume pour l’AVOIR.

Le pire s’est déjà produit dans la politique puisque c’est à gauche que l’on voit fleurir la méfiance envers l’État et le mépris des services publics. Qui rêve de devenir fonctionnaire pour manifester sa solidarité avec l’ensemble des citoyens ?

"Dans une époque de crise de la confiance dans l'état et dans le bien public, on voyait fleurir deux choses : chez les dirigeants, la corruption, corrélative du déclin du respect de la chose publique, et chez les dominés, la religiosité personnelle, associée au désespoir concernant les recours temporels. De même, on a le sentiment, aujourd'hui, que le citoyen, se sentant rejeté à l'extérieur de l'État (qui, au fond, ne lui demande rien en dehors de contributions matérielles obligatoires, et surtout pas du dénouement, de l'enthousiasme), rejette l'État, le traitant comme une puissance étrangère qu'il utilise au mieux de ses intérêts." (p.12)

 

Lire et écrire à Babylone, Dominique CHARPIN

Pourquoi faut-il le lire ?

C’est ardu, vaste et touffu, mais on apprend des trucs drôlement sympas, du genre…

Le cunéiforme que l’on trouve sur des tablettes de pierre, c’est sûrement ce que l’on retrouvera de nous dans plusieurs millénaires. La première et la dernière écriture !

"Ces supports présentent sur l'argile de la tablette de nombreux avantages : il est ainsi très facile de remanier un texte sur son ordinateur, ou de l'annoter sur une feuille de papier, toutes choses que l'argile ne permet pas ou mal. En revanche, l'argile possède un avantage considérable : elle ne craint ni le feu, ni l'eau, ni les perturbations magnétiques. Bref, dans quelques milliers d'années, nos photos nos livres, disques durs auront sans doute disparu, mais nos collections de tablettes cunéiformes seront toujours là…" (28)

Et alors que découvrira-t-on ? Que nos ancêtres étaient surtout… des comptables!

 

Où et quand ? Mésopotamie ou Babylonie ?

"Parler de "Mésopotamiens" pose un problème à l'historien, puisque les anciens habitants de cette région ne se désignaient pas ainsi et ne se pensaient pas davantage comme tels ; du point de vue géographique, nous sommes frappées par la contraste entre le sud et le nord de l'Irak actuel, qui correspondent respectivement à la Babylonie et à l'Assyrie. Mais ce que nous appelons "Babylonie" ne formait nullement une unité au troisième millénaire et encore au début du deuxième : on y opposait Akkad dans le nord (la région de l'actuelle Bagdad) et Sumer dans le Sud. Par ailleurs, les limites de ce monde "mésopotamiens" sont loin d'être fixes." […] "On parlera de période paléo-babylonienne, pour désigner les quatre siècles du début du deuxième millénaire, dominés par la figure du roi de Babylone Hammu-rabi (1792-1750), ou d'empire néo-assyrien, etc." (28-29)

 

Qu’écrivait-on ?

*Des comptes

Même si les scribes du IIè millénaire prétendent volontiers que l’écriture fut inventée pour faciliter la communication à distance, l’archéologie nous montre aujourd’hui que la naissance de l’écriture répondait plutôt à des besoins comptables et juridiques (161) : plus besoin de se demander si le messager déformait ou non le message initial, c’était écrit. Même si l’on trouve quantité de tablettes qui sont des lettres – notamment entre souverains – on sait que l’écriture proto-cunéiforme a été créée pour répondre à des besoins administratifs (63).

Les sumériens ont d’abord rédigé des informations concernant les comptes, notamment à l’usage des marchands. D’ailleurs, la capacité à lire et écrire était largement répandue chez les marchands paléo-assyriens (53).

*Des documents juridiques & économiques

On trouve également un grand nombre de contrats de droit public, mais aussi de droit privé (mariage, affranchissement d’esclave) (131-135). La tablette tient lieu de preuve signée par l’impression d’un sceau – les fameux sceaux-cylindres (148 & 151). Bien entendu, les actes royaux de donation ou d’alliance ainsi que de vassalité, sont mis par écrit sur tablette, même si d’autres moyens de sceller ou rompre les alliances continuaient de coexister, comme en témoigne cette tablette, provenant d’un vassal du roi de Mari qui dénonce à Zimri-Lim la conduite d’un autre de ses vassaux :

"Une fois, cet homme a siégé devant mon seigneur et il a bu la coupe. L'ayant élevé, mon seigneur le compta parmi les nobles, le revêtant d'un habit et posant sur lui une perruque-hupurtum. Mais à son retour, il a déféqué dans la coupe où il avait bu et il est devenu l'ennemi de mon seigneur." (139)

*Des lettres

Enfin, de nombreuses lettres ont été découvertes et figurez-vous qu’elles portaient déjà des formules de politesse, ou plutôt des formules figées, destinées à indiquer rapidement le statut de l’expéditeur au regard de celui du destinataire. En revanche, on n’y trouve aucune précision temporelle et juridique – ces informations devaient être délivrées oralement par le messager de la tablette lui-même (167). Elles étaient relues puis mises sous enveloppe d’argile, scellée. Le genre épistolaire n’apparaît que vers 2350, soit 8 siècles après l’invention de l’écriture. Néanmoins, cette pratique devient largement majoritaire dès le début du IIème millénaire « et ce n’est sûrement pas un hasard si cette période est aussi celle qui vit l’apogée de la notation phonétique de la langue ». (192)

 

*Des œuvres ou recueils, que l’on retrouve dans les bibliothèques ou archives, toutes deux étant le résultat d’accumulation de traces écrites, dans le premier cas classées, dans le second déposées sans ordre. C’est là que furent trouvés les traces des anciennes cosmogonies ou des épopées, telles que celle de Gilgamesh.

(ci-contre mythe cosmogonique sur tablette, de la fin du IIIè millénaire)

Qui écrit et qui lit ?

Au IIIè millénaire, seule une élite sait écrire. Et lire. D’ailleurs, on ne dit pas « lire une tablette », mais plutôt écouter ou entendre (55).

"Lorsque quelqu'un lit une tablette à autrui, il la lui "fait écouter" (susmum) ; celui qui en prend connaissance l'"écoute" (semum). (55)

Drôle non ? Car quelqu’un la lisait. Savaient-ils lire de façon muette ? On ne sait.

Plus nombreux sont ceux qui savent lire que ceux qui savent écrire, bien entendu.

Les scribes n’étaient pas admirés comme ils l’étaient en Egypte. Mais ils étaient tout de même valorisés (57-59).

"Savoir écrire une lettre était donc considéré comme le minimum : ce qui est intéressant, c'est de voir qu'au deuxième et au premier millénaire ce minimum n'était manifestement pas l'exclusivité des scribes professionnels. Pour finir, il faut noter une différence essentielle entre la civilisation mésopotamienne et celle de l'Antiquité classique. En Mésopotamie, il n'y a pas de lecture "gratuite" : on ne voit personne lire pour son plaisir." (60)

On est scribe de père en fils et par apprentissage, mais c’était le cas en Mésopotamie pour la plupart les métiers. (61)

On parle alors de l’art du scribe. Dès la fin du IIIè millénaire, cet art se diffuse, mais l’on apprend surtout à lire, un peu moins à écrire.

Le scribe du souverain écrit sous sa dictée ou bien rédige lui-même après avoir écouté l’essentiel du message –  certaines tablettes sont d’ailleurs des brouillons (164). Quoi qu’il en soit, on réfléchit pas mal AVANT d’écrire : Zimri-Lim demande ainsi à son ministre de le rejoindre pour rédiger une réponse à une lettre d’Hammu-rabi (au-dessus un exemple de petite tablette de traité : on y retrouve le serment que Zimri-Lin souhaitait que Hammu-rabi de Babylonie lui prête lors de la conclusion de leur alliance contre l’Elam)

"Une tablette m'est arrivée de Babylone ; viens, que nous écoutions cette tablette, que nous discutions et que nous y répondions !" (167)

Et les femmes ?

"On a vu plus haut qu'au sein du panthéon sumérien le patronage des scribes revenait à la déesse Nisaba. Cela ne signifie naturellement pas que le travail du scribe n'était pas avant tout un métier d'homme. Cependant, des femmes-scrives sont occasionnellement attestées, notamment à l'époque paléo-babylonienne, dans deux contextes, il est vrai, particulier. Il d'agit d'abord du monde des temples : parmi les religieuses-nadîtum de la ville de Sippar, certaines avaient manifestement appris à écrire le cunéiforme et une femme appartenant à ce milieu se définit comme "scribe". Par ailleurs, au sein des harems des palais, les scribes étaient des femmes." (50)

 

Quels documents et quelles tablettes ? Combien et de quand ?

Les plus anciennes datent de la fin du 4ème millénaire et les plus récentes du IIIè siècle ap JC. (97). Des milliers de tablettes ont été retrouvées ; beaucoup constituaient déjà des archives qu’on ne prenait plus la peine de consulter tant leur classement est rapidement devenu malaisé (126).

– supports :

* argile préparée avec soin et calame taillé dans un roseau, en os, ou en métal et de section triangulaire

L'impression de ce calame produit un "clou" ou "coin" (en latin, cuneus, d'où le nom donné à cette écriture au XVIIIè). (20)

La tablette d’argile implique de connaître la nature et la taille du message avant de tailler la tablette et de la préparer… (98-99) Sauf pour certains exemplaires destinés aux bibliothèques, les tablettes n’étaient pas cuites de façon à être réutilisées. La mise en page elle-même donne des indications sur la nature du message (108) et les tranches des tablettes étaient également utilisées. Elles étaient souvent enveloppées d’une mince couche d’argile comportant le nom du destinataire et qu’il fallait briser pour avoir accès à la tablette (111).

* pierre, dans le cas particulier des kudurru, pour les actes royaux de donation ou d’exemption de la seconde moitié du IIème millénaire.

* bois recouvert de cire, utilisé par les Hittites.

* parchemin, au premier millénaire

* peau humaine (!!) : « il s’agissait de tatouages destinés à permettre de retrouver des esclaves fugitifs, comportant des inscriptions en akkadien, mais aussi en araméen et même en égyptien. » (103)

– Dans quelle langue ? (cas de bilinguisme, voire plurilinguisme)

« Un scribe qui ne sait pas le sumérien, quelle sorte de scribe est-ce ? »

On aurait pu entendre la même chose pour le latin. A l’époque paléo-babylonienne, le sumérien était une langue de prestige et il était même par endroit interdit de s’exprimer en akkadien à l’école des scribes. On se vante de connaître des langues étrangères ou mortes, mais jamais sa langue maternelle. Dans Sulgi B, le roi se vante de connaître le sumérien, l’élamite, l’amorrite, le soubaréen et le mélouhhéen. L’akkadien est sa langue maternelle ; il ne l’évoque donc même pas. (85-87)

 

Est-ce que cette écriture était difficile à maîtriser ? (52)

OUI car

– on recense plus de 600 signes différents !

– chaque signe peut avoir plusieurs valeurs logographiques et plusieurs valeurs phoniques (en clair :

– toutes les valeurs ne sont pas attestées à toutes les époques

– toutes les valeurs ne sont pas attestées dans tous les genres de textes.

… et à déchiffrer aujourd’hui ?

OUI car l’écriture a considérablement évolué durant les 3 millénaires pendant lesquels elle est utilisée. Il n’existe pas encore de Manuel qui répertorie correctement et de façon synthétique cette évolution d’autant qu’elle prend différentes formes selon les provenances géographiques. Néanmoins, il existe des archéologues spécialistes d’un lieu, d’une époque ou même, d’un scribe. (104-105)

Par ailleurs, les inscriptions sur pierre est souvent archaïsante par rapport à la cursive contemporaine. Un exemple fameux, le code d’Hammourabi, dont l’écriture correspond à la cursive du XXIVè siècle alors qu’elle date du XVIIIè.

Dans ce livre, vous entendrez beaucoup parler de Zimri-Lim (souverain de Mari début IIè millénaire) et de Hammu-rabi (souverain de Babylone et contemporain du précédent) ; ce sont probablement les souverains dont on a le plus de traces écrites.

A gauche, L’adorant de Larsa, qui pourrait représenter Hammu-rabi.  A droite, le code d’Hammu-rabi (environ 1750 avant JC)

 

 

 

Pour finir, ce cher Dominique Charpin nous annonce le plan de son livre à la fin de son introduction, comme tout universitaire qui se respecte ! 😉

Résumé de l’auteur lui-même (annonce du plan 🙂 )

« Nous commencerons par poser la question de savoir si l’usage du cunéiforme était réservé à une petite caste de spécialistes, les scribes, comme on l’a longtemps pensé (Chap1). Puis nous présenterons les cadres et les méthodes de l’apprentissage de cette écriture (Chap2). On verra ensuite quels écrits étaient ainsi produits : il nous faudra d’abord examiner les documents d’archives (Chap3), en réservant un sort particulier, d’une part, aux textes juridiques (Chap4) et, d’autre part, à la correspondance (Chap5). Les bibliothèques constituent, à nos yeux, l’endroit par excellence de la lecture ; la situation se présentait de façon différente en Mésopotamie (Chap6). Rares étaient les textes écrits « pour l’éternité » : néanmoins, une partie de ceux qui nous sont parvenus étaient destinés aux divinités et à la postérité (Chap7). Lorsque le spécialiste lit une lettre, on peut considérer qu’il agit de manière indiscrète. En revanche, s’il déchiffre une inscription commémorative d’un souverain mésopotamien, il exauce le vœu de son commanditaire antique : faire que son nom ne tombe pas dans l’oubli… » (29)

Serrez à gauche !

Évitez la gauche identitaire !

(Tant pis si vous êtes un chaton…)

 Travailleuses ! Travailleurs ! Peuple de gauche !

Ça vous faisait rire ? ça vous rappelle encore quelque chose ?

Nous, avec ma dulcinée, on s’est carrément rencontrés sur un site internet d’extrême gauche ! Sur fond d’Internationale ! C’est pour dire si on a le cœur rouge !

Et puis un matin, à force de « en même temps« , on a commencé à se demander si on pouvait encore se dire de gauche… J’ai toujours confondu ma droite et ma gauche il faut le dire, alors comme j’ai pris l’habitude de réfléchir à la main qui écrit, je vais tâcher de faire une petite mise au point, pour moi-même et peut-être pour vous…[1]

Le contexte d’origine de quelques sales gauchistes que nous fûmes / sommes encore (?)

A l’origine, je me disais de gauche pour désigner rapidement mon attachement à un ensemble de projets visant l’égalité du genre humain dans son intégralité devant l’accès aux droits et aux devoirs afférents. Qui que tu sois, tu AS (tu devrais avoir) les mêmes droits et les mêmes devoirs. Et la justice – créée selon l’appréciation de la communauté humaine du moment – doit être aveugle.

Parmi ces projets, il y avait également un espoir placé dans les progrès de la science – c’est-à-dire l’ensemble des connaissances non encore réfutées – dont l’un des rôles était à mes yeux de fournir les prémisses irréfutables – en tout cas non encore réfutées[2] – pour argumenter à la fois CONTRE les croyances imbéciles (racisme, sexisme, superstition, religions) et POUR une meilleure gestion des ressources, responsable et solidaire.

Bref, solidarité, égalité, science et laïcité (i.e. un espace commun où l’on aurait le droit à la fantaisie personnelle, après tout, dans la mesure où cela ne dérange personne…)

Je vais tâcher de montrer une partie des raisons qui morcellent, handicapent ou obèrent notre projet (ne pas rire) qui se trouve dès lors dévoyé, personnalisé, confondu… libre à vous de réagir.

Premiers émois face à l’égalitarisme (de gauche)

Un premier choc : les cercles de femmes non-mixtes et l’égalitarisme !

J’avais été invitée dans un cercle de féministes (de gauche), non-mixte, parce que j’avais osé m’insurger – gentiment, car je suis toujours polie et souriante 🙂 – contre ce procédé que je datais naïvement des calendes grecques et de leur gynécée : non-mixte… DONC ça veut dire « pas de mecs » !? Zut ! 🙁 Mais pourquoi pas de mecs ? Qu’a-t-on à dire qui nécessiterait une ambiance de secret ? Et pourquoi ce groupe, qui s’appelait, en toute simplicité, « Groupe Femmes« , souhaitait-il se regrouper entre femmes pour en réalité ne parler que d’une chose : des hommes ! Enfin pardon ! Des problèmes imputables aux hommes ! (oui les hommes ne sont pas réductibles à « une chose ») et de tout ce qu’ils font subir aux femmes au nom de leur sexe agressif !! Un « Groupe Femmes » interdit aux hommes, où on leur adresserait des reproches, comme à des divinités absentes et présentes à la fois. Je ne comprenais pas bien. On allait m’expliquer, on me proposait donc d’y aller !

Je n’ai rien compris, il faut le dire. En revanche, j’ai découvert une drôle de forme d’égalitarisme… aux forceps. Alors même que les hommes, objets de tous les opprobres, étaient absents et par conséquent, privés de droit de réponse, nous, les femmes, devions nous astreindre à un temps limité et considéré comme égal pour chacune d’entre nous. Ainsi, tour à tour, nous avons mesuré approximativement le temps de parole de nos camarade.e.s (ah ben oui dis, comment on fait pour dire que les camarades suscitées n’étaient que des femmes ?? Enfin pardon : qu’il n’y AVAIT QUE des femmes ?) et avons pris soin d’interroger coûte que coûte celles qui n’avaient rien à dire. Qui se ridiculisaient donc un peu en marmonnant un « je ne sais pas, je suis de la même opinion qu’une telle en fait… ahah 😀 » et de sourire gentiment, comme on nous l’a appris, nous la gente féminine bien élevée.

Moi qui parle sans arrêt et qui coupe la parole à tout le monde parce que ce que j’ai à dire est hyper important, tellement passionnant et instructif et essentiel, j’en suis partie extraordinairement frustrée ! Une dictature ! Tout ça pour que les femmes timides prennent l’habitude de s’exprimer en présence d’hommes…? Qui, dois-je le rappeler, étaient absents, parce qu’exclus. Moi, j’en avais mal au bide tellement je m’étais retenue ! Beaucoup souffert de me voir bridée dans la parole, moi qui n’ai justement aucun problème à couper la parole à tout le monde, femme, homme, gorille, chien, film, radio…

Un groupe de femmes où je ne pouvais pas m’exprimer librement… pour cause de temps de parole égal !??

C’est là que j’ai commencé à voir se dessiner un premier renversement : je ne suis pas si égocentrique, pas si dictateur que ça ?? (ah… on me dit à l’instant que si !) Je veux bien que tout le monde puisse s’exprimer ! Mais il y a une différence entre le droit pour tous de s’exprimer librement et l’obligation faite à tous de s’exprimer – obligation d’ailleurs impossible puisque, nous n’étions qu’un échantillon qui ne représentait ni toutes les femmes, ni tous les humains. Bref.

Je me rendais compte que l’enjeu n’était plus D’AVOIR une part égale mais D’ÊTRE une part égale. Or, si l’on peut mesurer l’avoir, comment mesurer l’être ? Voilà le jeu de piste sur lequel je me suis lancée alors…

Les croyances individuelles (« ça marche pour moi ») et les expériences personnelles

Dans le même temps, je découvrais par ma dulcinée un autre monde, celui des néo-ruraux, issus de la gauche hein ! bien sûr ! On fréquente pas n’importe qui quand même ! (alors on me demande de préciser qu’il s’agit des néo-ruraux issus de l’écologie prétendue radicale de Reporterre et Pierre Rabhi).

Moi qui croyais que les croyances stupides (enfin… celles dont on n’a aucune preuve scientifique, voire dont on a une preuve scientifique d’inefficacité…) avaient disparu, je découvrais que d’autres étranges objets d’adulation avaient fleuri… pendant que je m’énervais contre le voile, le carême ou les opus dei… La Mère Nature s’était dressée dans l’herbe et sur les plateaux ! Cette force surnaturelle, cette figure hypostasiée digne d’une caricature du pire de Bourdieu[3], une entité qui serait bienveillante, qui serait bien faite (hein ! la nature est bien faite quand même !) et qui pourrait même être reconnaissante ou vengeresse ! Ça me rappelait soudain certains auteurs du XVIIè qui expliquaient non sans rire que les moutons portaient la laine pour que l’on puisse se confectionner des pulls, nous qui n’avions point de pelure suffisante…[4]

C’est alors que je tombais à la renverse de Charybde en Scylla, de ma naïveté première dans une inquiétude grandissante. Un magnétiseur ? De la biodynamie ? L’homéopathie ?

Alors pourquoi pas… je n’ai rien contre les fantaisies personnelles, j’ai moi-même d’excellentes fantaisies personnelles… Et je n’ai rien contre les gens qui s’amusent à faire des messes noires ou des massages énergisants… mais quand ils se réunissent pour organiser la mise au pilori de la science, je m’inquiète.

Que s’est-il passé ? Pourquoi d’un coup, à gauche où la science devait nous sauver de l’obscurantisme – sur lequel, je le rappelle, les seigneurs s’appuyaient pour nous cravacher comme des tarés et grâce auquel ils nous expliquaient qu’on irait cuire en enfer si on ne bossait pas à en crever ! – pourquoi la gauche se détourne-t-elle de cet appui pourtant formidable, à portée universelle – la science est la même pour tous et partout sur la planète, c’est pas génial ça ? – au profit de petites croyances personnelles ?

Attention, je n’ai rien contre les croyances personnelles, j’ai moi-même d’excellentes croyances personnelles…

Possible que les grands groupes industriels aient tellement abusé des recherches, aient tellement corrompu certains de nos scientifiques que tous sont victimes d’anathèmes ou, du moins, fortement soupçonnés… Mais faut-il alors tout balancer à la poubelle ?

Et tout de même, si des humains scientifiques sont malhonnêtes, n’accusons pas la science – qui n’est personne (Contrairement à la nature ! ahahahah !) d’être malhonnête ! On dirait que tout le monde a oublié ce qu’est la science… ni bonne ni méchante, ni bienfaisante, ni malfaisante, elle n’est que théorie du monde objectivé, hypothèses sur les relations de cause à effet que l’on croit observer, vérification d’hypothèses, mise en place de protocoles qui permettent leur validation etc (cf l’excellent article de Virginie Tournay[5]). C’est ce qu’on fait de la science qui peut être néfaste. Restons vigilants[6]. Bref, rien de très magique… alors que s’est-il passé ?

Prenez un chewing-gum, Emile !

Moi, j’émets une hypothèse et me demande si le marketing, qui préfère mentir mille fois à mille personnes plutôt qu’une fois à mille personnes, s’est mis à s’adresser aux individus plutôt qu’aux humains. Pour servir le grand capital… pardon, pour que le marketing soit efficace, il semble nécessaire de casser un repère collectif aussi puissant que la science, tout en l’utilisant pour optimiser les produits et leur vente. Créons alors l’individu unique, flatté dans son ego jusqu’à se croire irremplaçable…[7]

Regardons un peu la publicité qu’on nous fait de notre ego. C’est notre personnalité formidable qu’on nous vend sans cesse. Chaque produit est un nouveau miroir. Il ne vous a pas échappé à quel point le marketing, parfois promoteur, est également suiveur… suiveur des dernières lubies à la mode. (Voilà venu le steak veggie de MacDo !!!… hein ? et moi en tant que carniste, j’aimerais manger de la salade de bœuf… )

Dès lors, beaucoup de choses peuvent s’expliquer… Mais laissons donc ma formidable personnalité tranquille et creusons plus loin dans l’égarement droite / gauche.

Les vilains privilégiés et la suite de l’égalitarisme

Je découvre alors par ma dulcinée une nouvelle théorie, qui confond encore davantage ÊTRE et AVOIR.

Comment s’appelle-t-elle ? La théorie des privilèges, qui consiste à examiner de quels privilèges vous êtes doté, dans votre vie, examen à partir duquel on pourrait… on pourrait quoi ? Demander de rétablir une grande égalité ? Une plus grande justice ? Ah je sens qu’on revient à l’égalitarisme du départ…

Cette théorie vous explique que si vous êtes un homme, blanc, grand, riche, hétérosexuel… ((ici un rapide topo historique)) vous êtes un privilégié. On vous accorde même des points ici pour estimer votre niveau de privilèges. Oui car on n’est pas un homme en réalité, dans cette nouvelle façon de voir les choses : on a le privilège d’être un homme. Et c’est bien différent.

Extrêmement gênant lorsque votre ami noir que vous admirez pour ses qualités intellectuelles et qui est plus riche et plus diplômé que vous, et que vous enviez peut-être un peu parce qu’il est beau et brillant, se voit affublé d’un score ridicule par rapport au vôtre. Un peu gênant… et c’est là qu’on se rend compte de l’effet pernicieux du truc, qui voudrait au départ mesurer les différences, premier pas vers l’élaboration d’un système de culpabilisation, débouchant idéalement sur un système de… compensation… !? De compensation, de quoi ?

Mais de quelle situation parle-t-on ? Parce qu’enfin, on n’est pas supérieur ou inférieur dans l’absolu ! Qui oserait sortir un truc aussi con ? Outre le fait qu’être un homme blanc n’est pas du tout un privilège en soi, n’est pas du tout un privilège absolu, il faudrait définir en quoi il demeure un privilège relatif : pour véritablement estimer le privilège que cela représente, on devrait effectuer des tests

dans toutes les situations sociales possibles sur cette planète où l’on est amené à faire un choix, où l’on est mis en concurrence… bref, faire un test scientifique avec un protocole pour prouver qu’être blanc et homme, c’est dans tous les cas de figure mieux qu’être noir et femme… de surcroît, je ne sais pas d’où viennent ces points attribués et sur quelle base ils sont calculés… Pas besoin d’en rajouter, regardez par exemple ce tableau et faites vous votre propre opinion.

Capacité d’étonnement au secours !

J’espère que vous avez conservé la capacité saine de vous étonner, et même à voix haute, et de dire « Mais WTF ? » J’espère également que tout le monde remarque l’effet pervers d’un tel calcul : cela nous conduit à penser que les privilèges auxquels auraient accès seuls les grands, hommes, blancs resteraient parfaitement inaccessibles aux autres. Cela, en fait, essentialise l’avoir… la maison ou la voiture que l’homme blanc grand a acheté n’est plus un avoir : il EST cette maison (ou cette voiture – dès lors, on comprend mieux que des imbéciles pas très beaux se sentent obligés de se maquiller avec d’énormes SUV bien plus rutilantes que leur petite personne.) Ce système parachève la grande confusion entamée entre être et avoir. Tellement happé par des préoccupations consuméristes, il pourrait même n’être plus rien sans son gros AVOIR.

Or justement, si l’on sépare d’un côté L’ÊTRE blanc, noir, grand, petit, femme, lesbienne… et de l’autre, L’AVOIR, en mettant au centre, accessible à tous le droit d’avoir et le devoir de faire, tout est plus clair. Non ?

Ça paraît simple, vu comme ça… mais en réalité, ça fait des millénaires que certains, de plus en plus nombreux, se battent pour que le droit soit L’AVOIR de tous, peu importe ce qu’il EST. On s’en fout en fait !

Le sexe et ses atours

Retour sur les féministes tirées par les cheveux et leurs pièges

Ah les féministes… dont je suis pourtant (mais c’est désormais comme une vaste famille où tout le monde se déteste on dirait), comme je suis de gauche… Ne revenons pas encore sur les polémiques MeToo et Balance ton porc.

Moi j’ai vu avec horreur fleurir les mots féminicide, manterrupting, manspreading… (Enfin je mens… en vrai, j’étais hilare). Si vous tuez votre femme, ce n’est pas parce que vous êtes un gros con lâche et violent, c’est parce que vous êtes un homme et qu’elle est une femme : c’est un féminicide. Si vous vous disputez avec elle, ce n’est pas parce que vous êtes un gros nul en communication, c’est parce que vous êtes misogyne. Si vous lui coupez la parole, c’est pas parce que vous êtes grossier, c’est du manterrupting. D’ailleurs, si vous êtes grossier et que vous ne savez pas vous tenir, si vous n’avez aucune conscience de votre corps et de la place qu’il prend, notamment dans les transports au commun, c’est du manspreading : vous le faites exprès parce que vous êtes un homme.

L’homme serait-il, par essence, un bourreau de femmes par misogynie intrinsèque ou un éternel gros con lâche et violent, nul en communication, grossier et qui n’a aucune conscience de son corps ? Je ne sais pas moi, je pose la question ? !

Mais revenons à l’éternel féminin (fake qui dure depuis une éternité…). Sur les plateaux télé, il faut désormais interroger les femmes à égalité car, par essence, la parole des femmes serait représentative d’une autre parole étiquetée féminine. Et dois-je poursuivre avec l’écriture inclusive dont j’ai déjà longuement parlé (Contre l’abus d’inclusivité dans l’écriture) : Si vous êtes une femme auteur, il faut aussi l’écrire « auteurE » et d’ailleurs… il existe même des sujets de thèse sur l’écriture féminine… Il y a vingt ans, quand j’ai découvert ça, j’étais déjà outrée! Je sentais que cela signifiait « il y a une pensée universelle, et au sein d’elle, il y a une pensée différente, féminine« . Ou encore : une femme ne peut pas penser autrement qu’en tant que femme. Une femme fait une science de femme, des récits de femme… Une femme est une femme avant d’être un humain ! C’est ce que je n’aime pas dans l’écriture inclusive. Que dirait-on si on étudiait l’écriture des gens noirs… ??? Le renvoi à une nature dite « féminine ». Moi, j’avais envie de faire une thèse sur l’écriture masculine, de chanter le mystère et l’éternel masculin. Malheureusement, je manquais de temps à perdre à l’époque (Alors que revoilà la sous-préfette… : Lire encore ça et ça)

Certain.e.s person.nes (ahahah) voudraient voir dans l’éternel féminin d’éternelles victimes (du patriarcat pour ne pas le nommer) et se présentent désormais à tout bout de champs comme des victimes, se drapant dès lors dans une nouvelle identité, un habit qui devrait attirer sur elles la commisération de tous les autres. Soit parce qu’elles (je parle des personnes hein !) s’en veulent d’être au fond tellement privilégiées (si t’es pas d’accord, c’est que tu n’as pas passé le test au-dessus, espèce de blanc riche et dominant…!) qu’il faut bien trouver des raisons de se plaindre, soit parce qu’elles n’assument pas du tout d’avoir fait un choix un peu bête ou d’avoir trop bu ou d’avoir manqué de répartie… bien sûr je ne parle pas des viols, qui sont des crimes. Je parle par exemple des relations sexuelles, dont, après coup, on n’est pas très fier (accord avec ON impersonnel), et qu’on regrette… alors on se demande si on était vraiment consentent.

Je crois qu’on devrait surtout se poser cette question passionnante du consentement quand on se précipite comme un débile sur le dernier I Phone hyper cher… était-on vraiment consent ? De faire cet achat polluant et qui n’apporte pas à grand chose, finalement…? Des victimes, oui, du marketing…

En regardant les débats qui fleurissent partout, et croyez-moi, j’en ai vu, d’abord parce que j’adore les débats, ensuite parce que j’adore les débats de femmes, parce que nous les femmes… nous le charme…

(à poil Juglio…) 

ensuite parce que, bizarrement, quand ça parle de femmes, je me sens concernéE. Je me suis demandée si je n’y retrouvais pas le même biais : sous couvert de recherche d’égalité, on assiste (encore) à un processus d’essentialisation. Qui êtes-vous ? Une femme. Et surtout et avant tout une femme. D’ailleurs, le marketing vous le répète : vous vend des crèmes de femmes, des vêtements de femmes, des chaussures de femmes… On ne cesse de vous le répéter sans cesse : vous êtes AVANT TOUT une femme. Mais moi, je ne sais pas vraiment ce qu’est être une femme, et je n’y pense pas toute la journée, à part quand je regarde dans ma culotte, mais je ne fais pas ça à longueur de temps.

Qu’est-ce que c’est être une femme ? Est-ce être un non-homme ? Est-ce que c’est être autre ? Le deuxième sexe ? Et les humains se divisent-ils en toute occasion en deux genres ?

Binaire et non-binaire

L’écriture inclusive me dérange avant toute chose parce qu’elle veut que je présente visiblement mon sexe AVANT (ou en même temps que – selon la formule jupitérienne) toute autre information, et trimballent dans son sac en –e toutes les représentations qui vont avec. Je suis écrivaine ? ça veut dire écrivain + femme. Ah bon ? ça vaut cocktail pertinent ? J’écris comme une femme, c’est ça ?

Alors loin de moi l’idée de nier des différences. J’ai moi-même d’excellentes différences personnelles. D’ailleurs, pour tout dire, le point de vue scientifique des études en biologie sur la question me laisse parfaitement tranquille. Quand je vois ici (TED Franck Ramus, à 8’48) ce que montre la science au sujet de nos différences, au lieu de râler, réjouissez-vous d’être des femmes.

Néanmoins, depuis longtemps, comme je parle de cul, comme je coupe la parole, comme j’ai une sexualité libérée, on me dit « mais toi t’es un vrai mec… » ah bon. J’encaisse. J’en apprends ainsi davantage sur la personne qui m’assène de tels jugements. OK : c’est ce que ça veut dire pour mon interlocuteur. Quand il me dit ça, il me dit « Pour moi, un vrai mec, c’est quelqu’un qui parle de cul, qui coupe la parole et a une sexualité libérée. »

J’ai toujours accueilli avec beaucoup de moqueries les remarques du genre « Oh tu as peur d’une araignée, tu es bien une fille ! » « Oh tu es une infidèle chronique, t’es un vrai (connard de) mec ! ». Cela m’a appris très tôt à quel point c’était ridicule et à quel point je ne voulais pas accorder d’importance à ces catégories simplistes.

 

Mais qu’est-ce qui me gêne là-dedans ? Je veux dire dans le fait qu’on me dise « T’es une fille, c’est pour ça que tu mets du rose. Mais quand tu dis des gros mots, t’es plutôt un mec. » Exactement la même chose que ce qui me gêne dans l’écriture inclusive : ça n’a aucun intérêt.

En fait, je ne me sens pas toujours « femme » ! C’est même assez souvent le dernier de mes soucis. Attention, je ne me sens pas homme pour autant ! Juste, je me fous de mon sexe la plupart du temps ! Je me sens femme quand on me complimente en tant que femme ou qu’on m’insulte en tant que femme – ce qui n’arrive pas très souvent – on ne me dit pas souvent « Pour une femme, tu es belle ! » ni même « Pour une femme, tu es assez stupide ». Je me sens femme – parfois – quand je fais l’amour avec un homme (un vrai hein…^^). Sorti de là, je n’y pense pas souvent.

Moi qui ai pu avoir des relations sexuelles avec des femmes (avec lesquelles je me sentais femme ou de sexe sans importance) ou avec des couples hétérosexuels (avec lesquels… pareil), je ne me sens pas vraiment appartenir à un genre… Et si ce sentiment de non appartenance permanente à un genre était justement celui en vertu duquel les humains se sentent tous ensemble concernés par la lutte pour obtenir l’égalité des droits pour TOUT LE MONDE ? Car bien avant de se sentir homme ou femme, ne nous sentons-nous pas surtout des êtres humains ?

Je ne me suis jamais sentie contrainte de correspondre à un genre. Je sais que j’ai le droit, à égalité avec les hommes, de porter des robes et du rouge à lèvre. C’est pas de ma faute si la grande majorité d’entre eux ne souhaite pas user de ce droit…^^

Et vous, vous êtes QUEER ?

C’est alors que ma dulcinée – décidément Muse Égérie – me montre encore une nouvelle théorie, une nouvelle façon de voir le monde, émanant des études de genre (gender studies) et provenant des États-Unis (ici le même rapide topo historique, au cas où vous l’auriez sauté !

)

Pour sortir de cet étroit carcan homme/femme, Mars/Vénus, ces théories proposent une multitude de genres possibles. Le principe est clair : il faut réussir à distinguer le sexe du genre. S’il n’existe que deux sexes en biologie – bon, bien sûr il y a les hermaphrodites, hein !? Mais on va rester simple – on pourrait tout de même se « sentir » homme alors même qu’on a un sexe de femme, et « femme » tandis qu’on a un sexe d’homme. Enfin… j’écris « qu’on A » : le verbe AVOIR est sûrement inopportun. Le « tandis que » implique aussi qu’il y a une opposition. Bref, ma formulation est maladroite. Elle est maladroite parce qu’elle dessine un monde binaire : certains se sentent tout autre chose… en réalité, le panel est énorme et je vous laisse le découvrir. (Merci FM 😉 Quand j’ai découvert ces théories, il m’a semblé qu’elles provenaient au départ d’une envie désespérée (et que je trouve juste !) de s’extirper de ce choix binaire : être homme ou être femme, puisque à l’option « être homme » correspondrait toute une série d’injonctions sociales et biologiques, tandis qu’à l’option « être femme » correspondrait… justement !? Quoi ? S’agit-il des injonctions sociales et biologiques inverses ? Opposées ? être une femme, est-ce avant tout ne pas être un homme ? Ou bien est-ce être tout autre chose ?

Pour brouiller les pistes, en outre, ces théories expliquent volontiers qu’il n’existe pas vraiment de fondements biologiques à l’être femme ou l’être homme. Chacun aurait le droit d’être ce qu’il veut… femme, homme le lendemain, chat, tigre…

Après tout, le changement, n’est-ce pas… Héraclite disait déjà, non pas le changement c’est maintenant… mais le changement, c’est tout le temps !!!

"Une seule chose est constante, permanente, c'est le changement".

Et moi ça me va bien !

Mais pour se définir « non-binaire », ou « gender fluid » – c’est-à-dire variablement homme, femme ou autre – ne doit-on pas justement s’appuyer sur une définition de base de ce qu’est une femme, un homme… ? Alors moi, j’aimerais savoir ce que c’est. Il me semble que pour se dire « non-binaire », il faut au contraire vraiment avoir intégré une sorte de binarité homme / femme, celle justement contre laquelle ces théories semblent lutter, et qui, à mon avis, n’a guère plus d’intérêt que « les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus », manuel de vie en commun pour les imbéciles qui auraient du mal à communiquer simplement.

Moi, personnellement, alors que je suis rousse et plutôt pulpeuse, à l’intérieur de moi, figurez-vous que je me sens plutôt blonde aux cheveux courts avec un corps androgyne et musclé. Bizarre non ? Mais après tout, beaucoup de brunes se sentent blondes… et se décolorent… beaucoup de gros se sentent minces et font des régimes… beaucoup se sentent bruns et sont bruns… certains se sentent blancs et sont noirs… certains ne pensent pas toute la journée à leur couleur de peau… certains sont des hommes et se sentent lesbiennes : c’est-à-dire qu’ils se sentent femmes et homosexuelles. En affinant un peu, on pourrait d’ailleurs tâcher de distinguer se sentir de se vouloir autre que ce à quoi notre apparence nous assigne, aux yeux des autres, dans les catégories sociales héritées par l’histoire. Certains, comme moi, se sentent légèrement autre, mais ont appris à s’accepter parce que finalement, leur apparence était aimée et désirée des autres. C’est plus facile. Je soutiens les autres dans leur lutte de se faire accepter tels qu’ils souhaitent être et je bénis la science de parfois pouvoir leur permettre de changer de sexe.

Finalement, je reprends ma question de départ : ne serait-ce pas justement en vertu de cette sensation plus ou moins forte de frontière artificielle entre les genres que la lutte pour une égalité des droits est possible ?

« Je me suis enfin sentie femme » ?

Bien sûr, nous sommes heureuses qu’aujourd’hui personne ne nous oblige à porter des robes – tandis que les hommes, eux, subissent encore une pression sociale importante qui les empêche d’en porter !! Nous pouvons jouer au foot comme à la barbie. Et nous devons faire taire ceux qui nous traitent de « garçon manqué » – cette immonde expression qui implique qu’un sexe serait comme l’autre, mais en raté – à coup de pelles, même si ce serait peu « féminin ».

Attention : si on vous dit homme et que vous vous sentez une femme au fond de vous, suffira-t-il de porter une robe pour l’être vraiment ? Je veux dire : avoir l’apparence d’une femme, c’est suffisant ?

Je persiste donc : je ne sais pas trop quoi mettre derrière « se sentir femme », par exemple. Et pourtant je suis une femme. Est-ce que le « se sentir femme » pour une femme est équivalent au « se sentir femme » pour un homme qui se sentirait une femme ? J’ouvre juste un débat, j’aimerais des réponses. Car j’ai bien peur qu’on revienne immanquablement sur les clichés liés aux deux sexes que justement ce phénomène ou ces théories queer cherchaient à évacuer. (ici une excellente critique) et pour en savoir plus sur les raisons biologiques du pourquoi éventuellement on pourrait se sentir comme ci ou comme ça)

1) Pourquoi deux sexes ?

D’abord, d’où ça vient cette partition du monde en deux ?

En réalité, ce serait une vraie révolution que de la mettre à bat ! Sachez que le monde divisé en deux l’est depuis fort longtemps. Je n’enfoncerai pas des portes ouvertes avec le yin et le yang, le lingam et yoni… et leur complétude devant l’éternel. Je parlerai plutôt des listes d’opposés (appelées sustoichiai) établies par nos ancêtres les grecs… qui opposaient invariablement le sec à l’humide, la droite à la gauche, le soleil à la lune, le blanc au noir… et je vous le donne Emile, l’homme à la femme !!

Bien sûr, l’opposition lumière vs ténèbres et bien vs mal bien plus ancienne et répandue sur la planète, est venue mettre son grain de sel. Et les valeurs morales avec… et devinez  de quel côté on a mis femme vs homme ? Et bien pas respectivement en tout cas. Or, c’est justement là qu’il faut lutter : le principe analogique qui remplace tout effort de rigueur intellectuelle et érige de façon illogique ou sophistique des valeurs…

Mais avant de vouloir briser ces colonnes d’opposés, il faudrait bien circonscrire l’utilité réelle de la partition binaire du monde, et bien la ramener à ce qu’elle est aujourd’hui : faire des prévisions économiques, marketing, évaluer combien auront besoin d’un gynécologue, combien de cancer du sein probables etc. Il est aussi probable qu’il n’y ait pas de volonté malfaisante d’un ordre supérieur quelconque… juste la simple nécessité d’équiper, de pourvoir correctement ou à peu près, de prédire peut-être les crèches etc.

Mais ce n’est pas gênant qu’il ait deux sexes ou 47… Admettons qu’il n’y ait que deux sexes et trente six mille genres (c’est quand même un peu ce que la science semble montrer, il y a majoritairement deux sexe) l’important c’est de ne pas attribuer à l’un ou l’autre, de valeur supérieure, de droits plus grands ou plus puissants.

C’est ce que Franck Ramus explique très clairement à la suite de cet article ici.

2) Le rejet

Le deuxième point, c’est le rejet. Bien entendu, comme je le disais, mon sentiment d’être androgyne, et le fait que je ne le sois pas du tout en apparence, ne m’a jamais causé aucun problème ni même aucun sentiment de rejet. C’est bien plus facile d’accepter son image quand les autres semblent l’apprécier. J’aurais pu non seulement me sentir autre, mais également haïr mon apparence et l’effet que je produis sur les autres. J’aurais pu aussi, indépendamment de tout cela, être frappée de paranoïa et penser que les autres me haïssent à cause de ce que je me sens. Il est fort probable que dévastée par un tel sentiment de rejet de la part des autres, une sourde colère aurait nourri ce projet d’aller inventer de nouvelles catégories. Car enfin, ne sont-ce pas de nouvelles cases dans lesquelles moi, par exemple, je ne me retrouve pas… mais je m’en moque.

C’est plutôt chouette de pouvoir se teindre les cheveux, suivre un régime ou changer de sexe. Et si d’un côté la société riche dans laquelle nous vivons peut prendre en compte comment vous vous sentez, d’un autre côté, elle peut même vous foutre la paix quant à la sexualité à la quelle vous aspirez – en sachant que ces deux paramètres peuvent varier au fil du temps… – c’est pas formidable ? C’est plutôt chouette de vivre dans un pays où votre sexualité peut être librement exprimée, assumée, vécue.

Mais au-delà de tout cela, n’est-ce pas simplement un problème de confusion entre ÊTRE et AVOIR, comme je le suggérais en haut? Car enfin, qui empêche qui d’être qui ? Personne ne peut vous empêcher d’être ce que vous êtes ! Et vous êtes les seuls à savoir ce que vous voulez être !

Demander le droit égal de porter des robes, des pantalons, du maquillage, des cheveux noirs ou un pénis. Le même droit pour tous… dans la limite de la science disponible – et défendue pour ce qu’elle est et ce qu’elle nous apporte… OK ! Et là, j’en profite pour rappeler que OUF la science est là pour aider ce qui souhaitent changer de sexe. (Et OUF la richesse est là aussi dans nos pays de privilégiés, mais j’y reviendrai…)

Bref. Les théories queer offrent une telle variété de choix d’être au monde qu’on a envie de dire : « bah oui ! Vous êtes en effet un être particulier ! Oui, en effet, vous êtes différent du voisin ! Personne n’a d’ailleurs jamais prétendu le contraire ! Mais va-t-on créer 9 milliards de cases pour que chacun ait la sienne ? Et surtout : pour quoi faire ? »

Avec l’émergence et la revendication de telles préoccupations personnelles – du genre, je me sens une licorne, je me sens un hobbit – on risque de perdre de vue le projet d’égalité des droits (et des devoirs).

Entendons-nous bien, je n’ai rien contre les préoccupations personnelles ! J’ai moi-même d’excellentes préoccupations personnelles…

Mais pour qu’une économie de marché fonctionne bien, il y a peut-être un grand intérêt à ce que d’une part les voix universalistes de la science soient fortement contestées, et que d’autres part, les voix individuelles de l’être, qui se revendiquent si fortement autre et ayant le droit d’être autre, aient besoin de consommer (du média, du cheveu bleu, du sexe pas pareil…) pour se sentir exister. Soit trimballer fièrement et customiser leur être si particulier.

Mais alors quels rapports avec droite / gauche ? J’y viens…

 

1) Identitarisme et droit au particularisme (le séparatisme…) versus universalisme

Alors voilà que les revendications de reconnaissance de particularismes, qu’ils soient sexuels, religieux, régionaux, culinaires… m’apparaissent comme autant de déclinaisons de l’identitarisme qui ne fascinait pourtant que la droite, en principe… L’universalisme est-il devenu ringard ? C’est ce que cet article excellent se demande.

 

2) DOXA versus LOGOS

C’est là qu’il faudrait rappeler les frontières qui ont pourtant bien été délimitées et définies il y a plus de 2000 ans, entre le terrain de l’épistémè et la doxa, la doxa étant l’opinion (personnelle, particulière, non scientifique), l’épistémè étant le terrain de la science, de ce qui a vocation à être partagé sur le plan universel. Faire la différence entre ce que je pense dans mon coin, ce à quoi j’aspire, mes rêves et mes fantaisies, et après tout, j’ai bien le droit de prier le père noël… et l’espace public, partageable, de la pensée à vocation objective, universelle. Le vieux rêve de la science en somme… en admettant que bien entendu, on se trompe sans cesse. L’histoire de la science nous apprend que des savoirs autrefois considérés comme irréfutables et universels (le Soleil tourne autour de la Terre qui est plate, en outre) sont aujourd’hui relégués au rang des vieilles lunes. La vocation universelle de la science ne pourra être remise en cause et taxée de « masculine, blanche et occidentale » que lorsque les femmes noires, par exemple, transportées en avion, en tomberont… ou que leur téléphone ne fonctionnera bizarrement pas dans leur main. (Ah… on me dit que c’est de la technologie, pas de la science… mais la technologie, c’est juste l’application concrète des théories scientifiques dans le monde réel. Leur vérification en quelque sorte.)

D’un côté la doxa, de l’autre, l’épistémè, ou le LOGOS, qui, parmi ses multiples sens, signifie aussi DISCOURS. Oui, pour parler ensemble, penser ensemble, il faudrait parvenir à distinguer et isoler en tant que telle la DOXA qu’on nourrit en nous.

3) Liberté versus égalité ?

Moi j’ai longtemps pensé qu’un être de droite croyait à la méritocratie et à la responsabilité individuelle, qui vont de pair : chacun a le sort qu’il mérite, ceux qui ont moins de chance n’ont qu’à faire des efforts pour s’en sortir. Un être de gauche croit plutôt que chacun subit un peu les conditions de son environnement. On peut essayer de pourvoir au moins la santé, l’éducation de qualité pour tous… pour compenser les inégalités de naissance et d’environnement.

Macron a dit à des enfants « La gauche lutte pour l’égalité, la droite pour la liberté ». Quelle blague soit dit en passant… la liberté de qui ? L’égalité de quoi ? En filigrane, on pourrait aisément penser : les mecs de gauche sont débiles de lutter pour que les humains soient égaux ! C’est impossible ! Et qui souhaiterait un monde uniforme ? Quant à la liberté… de quoi faire ? De nuire ? D’empoisonner ? D’exploiter ?

4) Libre arbitre vs Déterminisme

Alors finalement ? Bref. Être de gauche, ce serait par exemple commencer par accepter les blessures narcissiques successives que la science nous a infligées : nous ne sommes pas le centre de l’Univers, nous descendons du singe, nous ne maîtrisons pas nos pulsions… et il n’y a pas d’âme, mais une forme de déterminisme.

Toute la question est de parvenir à reconnaître l’existence du déterminisme (d’un point de vue scientifique) sans pour autant cesser de se battre pour des idéaux, plus de justice, d’égalité et de liberté (celle qui permet justement de se battre… par exemple, et qui n’aliène pas dans les carcans de groupe)

Attention, si les choses s’enchaînent telles qu’elles ne peuvent s’enchaîner autrement, cela ne signifie pas, ni qu’elles poursuivent un dessein quelconque, ni même que vous êtes prisonnier d’un destin. En effet, comme vous ne pourrez jamais mesurer – ni même connaître – l’ensemble des paramètres qui font de vous ce que vous êtes, calmez-vous ! Vous conserverez toujours l’illusion de choisir de porter une robe ou un pantalon. Mais sachons que la liberté dont se vantent certaines personnes, liberté-chérie grâce à laquelle ils se gargarisent et s’enorgueillissent d’avoir réussi, se baladent dans un gros SUV… cette liberté est une illusion.

Être de gauche pourrait donc revenir à choisir de lutter POUR – enfin, croire (et assumer la croyance ) qu’on choisit de lutter POUR :

– un partage des richesses et des ressources dans le cadre d’une gestion raisonnable (Res publica)

– une distribution équitable en fonction des besoins établis scientifiquement (et non en fonction des envies) (égalité)

– une égalité des droits et des devoirs indépendante de la diversité de base pour préserver – justement – cette diversité (liberté)

– un renvoi aux fantaisies et goûts personnels les croyances (en médecine comme en religion)

– une vocation universelle (Logos / Epistémè) qui empêche toute revendication communautaire ou identitaire…

 

Faites comme moi, fuyez la nouvelle gauche identitaire !

(Ah oui au fait, ma dulcinée, mon égérie, c’est un homme, un « vrai » ! Mais qu’est-ce donc ?)

 

 


 

 

 

[1] Donc il n’y aura pas trop de références à des maîtres à penser parce que… ni dieu ni maître, bordel ! 😀

[2] Selon la définition de Karl Popper « Tant qu’une théorie réfutable n’est pas réfutée, elle est dite « corroborée ». Pour Popper, la corroboration remplace la vérification. Le but est de s’approcher de connaissances aussi vraies que possible. Cette approche du vrai ou  » vérissimilitude » remplace la Vérité absolue. » (https://philosciences.com/Pss/philosophie-et-science/methode-scientifique-paradigme-scientifique/112-karl-popper-et-les-criteres-de-la-scientificite)

[3] Pour Bourdieu, tellement caricaturé qu’on en vient à se méfier, cf Le Danger sociologique.

[4] C’est la version champêtre de la téléologie selon Leibniz, pourtant réfutée depuis des siècles…

[5] HuffPost du 25 février : https://www.huffingtonpost.fr/virginie-tournay/ne-nous-reposons-pas-sur-nos-lauriers-en-france-la-culture-scientifique-est-a-reconquerir_a_23369215/

[6] Pour contrebalancer, je renvoie aussi à cet excellente interview de Frédéric Lordon où, à l’occasion de la présentation de son livre Capitalisme, désir et servitude. il explique à quel niveau il peut être censé, aussi, de se méfier de la science… je pourrais aussi renvoyer à ma thèse sur l’idéologie dans les discours scientifiques (et en mathématique en particulier, et depuis l’antiquité en sus, mais ce serait beaucoup trop long, et il faut attendre qu’elle soit publiée… et en outre, j’aime bien Lordon 😉 https://www.youtube.com/watch?v=u_CgyMe6Qd4&t=1232s

[7] Cette hypothèse me vient de l’Ere du vide, de Lipovetsky, que j’ai eu la chance de lire très jeune et qui m’a continuellement marquée

[8] Allez passer le test sur http://www.checkmyprivilege.com

[9] http://knowyourmeme.com/memes/check-your-privilege

[10] D’ailleurs, on comprend mieux dès lors que des imbéciles pas très beaux se sentent obligés de se maquiller avec d’énormes SUV bien plus rutilantes que leur petite personne.

[11] J’auto-promeus mes propres articles…

[12] Le cerveau a-t-il un sexe, Franck Ramus : https://www.youtube.com/watch?v=jXUS0MRcFWM

[13] https://fr.wikipedia.org/wiki/Théorie_queer et pour aller plus loin http://interligne.co/faq/que-signifie-le-terme-allosexuel-queer/

[14] Voici un excellent article : https://rebellyon.info/Critique-du-genre-et-de-la-theorie

[15] Et pour en savoir plus sur les raisons biologiques sur pourquoi éventuellement on pourrait se sentir comme ci ou comme ça : La tronche en biais : Biologie et orientation sexuelle. https://www.youtube.com/watch?v=h6L7-7zLgkg

[16] Voici un très bon article : http://www.scilogs.fr/ramus-meninges/ecueils-debat-differences-cognitives-cerebrales-sexes

[17] https://usbeketrica.com/article/universel-est-il-ringard

[18] Il faudrait approfondir, ensemble (j’adore le collectif) les points bien précis suivants :

* être libéral et croire au libre arbitre (Max Weber / le mérite et le protestantisme)

* être anti-libéral mais responsable : est-ce possible ? (déterminisme)

* être anti-libéral et libre : est-ce possible ?

 

Peggy Sastre, Comment l’amour empoisonne les femmes…

« Non non non ! je ne marie pas, ni avec un prince, ni avec un roi ! »

D’aussi loin que je me souvienne, dès l’âge de 6 ans, je précisais fièrement à qui voulait bien l’entendre que jamais, au grand jamais, je ne me marierai… Pour moi, dans le couple, il y avait un petit et un grand, un faible et un fort. Un Laurel et un Hardy. Je voyais bien qu’immanquablement, la femme devait être le petit faible. Je prenais littéralement ombrage de cette perspective : il faudrait que je choisisse un homme pour qu’il soit mon parèdre, en plus grand, plus fort, plus riche…?

Pourtant dans mon entourage direct, ma mère, ma tante, mes grands-mères, c’étaient elles qui décidaient de tout et administraient sans erreur le quotidien et la trajectoire de chacun. Mon père lui-même recommandait d’acquérir avant tout sin indépendance financière. D’où venait donc ma crainte ?

Le livre de Peggy Sastre aborde précisément cette question : on pourrait d’ailleurs lui reprocher un titre, certes accrocheur, mais faussement évocateur. Elle aurait dû l’intituler :

Comment les femmes s’empoisonnent elles-mêmes

En choisissant d’être le petit faible…

Car enfin, il n’est que très peu question d’amour dans ces quelques pages. Si ce n’est pour l’aborder d’un point de vue hormonal qui, alors, bombarde autant les hommes que les femmes… empoisonne tout autant les porteurs de pénis que les porteuses de vagin.

Le féminisme de Peggy Sastre m’a plu car il ne prend pas les femmes pour des connes. Ni pour les éternelles victimes de méchants garçons qui seraient plus forts que nous et auraient gagné la bataille… et puis d’ailleurs, quelle bataille ?

Peggy Sastre promeut un autre point de vue sur les femmes. Elles ne seraient pas les éternelles victimes que certains se plairaient à voir en elles. Elles ne seraient pas non plus tombées en servitude volontaire.

Son hypothèse est la suivante : elles auraient trouvé des avantages à la situation de couple – ce truc qui me fai.sai.t (Ah finalement cette écriture inclusive, c’est pratique ! 😀 ) horreur. Ce livre regroupe des arguments biologiques & statistiques qui étayent cette hypothèse (renversante pour certain.e.s).

D’ailleurs, comme une affreuse opportuniste, à la fin de ma lecture, je l’avoue, j’ai pensé : voici enfin des excuses biologiques pour ne pas sortir les poubelles (enfin… je ne l’ai jamais fait en vrai) et pour hurler à la mort au moindre insecte un peu moche…

Bon j’avoue, je pensais y trouver – comme le titre semble le promettre – une recette pour être moins empoisonnée par l’amour (cf le titre explicite), ne plus attendre un texto mignon par exemple, ou une soirée romantique comme j’avais imaginée, et par la même occasion, ne plus empoisonner mon chéri par des exigences surréalistes… ce n’est pas ce que j’ai trouvé. En revanche, j’ai trouvé des conseils que je m’applique déjà depuis mon refus de me marier, à savoir :

  1. Ne pas à tout prix être un cordon bleu et une fée du logis pour espérer « garder son mec ». J’ai toujours dit : « Mais je ne veux pas « garder mon mec » grâce à de telles qualités ! Qu’il se casse donc ! Moi, je n’aurai pas ces qualités. »
  2. Ne pas réclamer une parité folle qui m’obligerait à faire des vidanges, changer des pneus, tenir la porte trop lourde, couper du bois, ouvrir des pots de confiture, écraser des bestioles immondes…
  3. N’épouser personne. Ne surtout pas épouser un plus gros salaire que le mien.
  4. Se détourner des bad boys et autres catégories de connards.
  5. Travailler pour n’avoir besoin d’aucun mec. Mais conserver le plaisir de fréquenter qui je veux et gratuitement…

Reprenons dans l’ordre :

  1. Accepter la saleté pour cesser d’être esclave

D’après les statistiques et la biologie relevés par Peggy Sastre, les femmes seraient naturellement portées à prendre soin de leur environnement, à en conserver la propreté, par intérêt primaire : elles sont plus facilement sujettes à chopper des merdes… (biologie). Assumer cette hyper sensibilité (faite d’une plus grande vulnérabilité à la saleté et d’une plus grande perception de cette saleté) permet en même temps de se dédouaner du partage injuste des tâches dégueulasse de la société… en effet, la proportion des femmes éboueurs est mince. (D’ailleurs, on ne les a pas entendues se battre pour dire éboueuse…)

(61) "Lorsque la charge pathogénique est trop importante pour être atténuée par leurs petits bras, les femmes se détournent des activités les plus risquées pour leur organisme et celui de leur descendance. Ainsi, aux Etats-Unis, entre 2010 et 2014, si les femmes constituaient 46,2% de la population active, elles ne représentaient que 30% des professionnels du nettoyage. Des chiffres encore plus bas à mesure que les professions gagnent en densité de malpropreté : dans le secteur du ramassage et du traitement des déchets, seuls 14,4% des professionnels sont des femmes ; parmi les personnes qui entretiennent les égouts, elles constituent 13,8% de la main-d'œuvre, tandis qu'elles ne sont que 4,5% à travailler dans des stations d'épuration et 4,7% dans la lutte contre les nuisibles, comme la dératisation."

 

  1. Ne pas trop hurler pour accéder à une totale parité, hein !

Ce qui conduit au second point : les études statistiques montrent qu’une majorité de femmes choisissent les métiers où l’on doit faire montre d’aptitudes artistiques, sociales ou conventionnelles, tandis que les hommes préfèreraient le réalisme et l’investigation… Même (et peut-être surtout) dans les pays où l’égalité des droits est acquise ! Pourquoi faire mentir ces statistiques ? Et pourquoi les femmes semblent blessées de ce fait ?

J’ajouterais moi, que personne n’est obligé de penser que le réalisme et l’investigation ont une valeur supérieure aux aptitudes sociales, artistiques ou conventionnelles. Par exemple, pour la survie de la société, qu’est-ce qui est le plus important ? Celui qui aide et gère les aspects humains de la communauté ou celui qui part à la recherche de nouvelles baies peut-être mortelles ? Mais P.S. prend garde de rappeler qu’en aucun cas les statistiques ne figent personne dans aucun rôle.

(69) "Mais ce compartimentage n'a évidemment rien d'une frontière infranchissable dans un sens comme dans l'autre, foi de femme pas loin d'être révulsée par une bonne part de la pâte humaine qui peut se mouler dans les catégories d'intérêts statistiquement les plus adaptées à son sexe. Ce qui ne m'empêche pas de concevoir que d'autres femmes, même en nombre, puissent être satisfaites de poursuivre des intérêts conformes" à leur genre sans que cela relève d'un péril mortel pour l'égalité en droits de tous les individus."

Ce qui importe, c’est de conserver le choix, le même droit pour tout le monde. Foutons la paix aux femmes qui préfèrent être infirmières, médecins, prof plutôt que traders ou banquier, plutôt que de faire le coq important déguisé en pingouin toute la journée…

(73) "Oui, il existe de nombreuses femmes obsédées par le ménage, et les soins à apporter à leurs enfants. Pourquoi ? Parce qu'une telle configuration cognitive leur a été avantageuse durant les centaines de milliers d'années où diminuer sa charge pathogénique et s'assurer que sa descendance ne meure pas de faim allaient leur permettre de mieux perpétuer leurs gènes par rapport à celles qui s'en moquaient. […] La majorité des féministes a beau trépigner en affirmant que ces différences n'ont "rien d'inné", leur base biologique est aujourd'hui indéniable. […] Alors mesdames, au lieu de jouer au gendarme du quotidien […] pourquoi ne pas vous policer vous-mêmes et envisager de vous libérer de vos hormones ?"

Oui… alors là réside l’un des rares conseils en rapport direct avec le titre, si tant est que l’on confonde volontiers mariage (ou vie commune) et amour, ce qui n’est pas mon cas.

"une telle configuration cognitive leur a été avantageuse"

Il peut être difficile de prouver cela… c’est une hypothèse provenant de la théorie évolutionniste. Je partage cet hypothétique point de vue sur le monde, mais comment en prouver la validité ?

Je trouve en tout cas cette hypothèse plaisante car il est plus séduisant de penser que les femmes ont été plus malignes que les hommes… plutôt que bêtement asservies.

  1. Se marier avec des gentils moins riches

Mais P.S. va plus loin. Sa critique du mariage accusent les femmes de trouver un intérêt à vivre à la charge de leur mari… en optant volontairement pour l’hypergamie (77)… (= le mariage au-dessus : le goût du plus vieux, du plus riche, du plus diplômé, le couple étant perçu alors comme un ascenseur social…)

Des femmes chercheraient dans l’homme « ce qu’elles pensaient ne pas avoir par elles-mêmes » (78)

(78) "Parce qu'elles les transforment à la fois en monnaie et en produit de leur propre échange, l'hypergamie et la dépendance qui lui est intrinsèquement associée imposent aux femmes une indispensable retenue."

Ce choix d’hypergamie les entraînerait en effet à devenir de prudes dames : comme elles dépendent de leur mari, il leur devient nécessaire que toutes les femmes fassent de même. Celles qui seraient par trop indépendantes pourraient mettre en péril leur propre équilibre (combine)… Voilà pourquoi P.S. pense que les femmes sont les premières à se montrer conservatrices (et religieuses)… et c’est un peu vrai, malheureusement.

P.S. ajoute l’hypothèse de Mikhail Stern puis la commente :

(108) "L'amour n'est qu'un besoin physiologique qu'il faut satisfaire, aussi simplement que la soif et la faim." Chez les femmes, rien n'enfreint peut-être autant les bonnes mœurs que la multiplication des partenaires sexuels en dehors de tout projet conjugal. Une réprobation qui est moins "imposée" d'en haut par un quelconque système patriarcal dont l'existence attend encore d'être attestée qu'elle n'est conduite et justifiée par et pour les femmes elles-mêmes."
  1. Arrêter d’aller vers des cons…

(80) « Les mecs, c’est que des salauds, surtout ceux qui m’attirent. »

Le désir d’hypergamie pousserait les femmes à choisir des connards… le garde du corps viril, peut-être violent et qui gagne davantage.

(80) "C'est un choix matrimonial en lien direct avec le degré de vulnérabilité que les femmes s'assignent, comme le veut l'hypothèse dite du garde du corps, formulée pour la première fois par Wilson et Mesnick."

 

  1. Être indépendante sur le plan financier

Reste que pour P.S., la véritable tragédie, c’est celle de la dépendance financière…

Si vous travaillez pour être indépendante, si vous ne vous liez pas bêtement à un imbécile qui ne fera pas la vaisselle, à vous la sexualité libre et le lavage de vos propres culottes.

 

Conclusion

 

J’ai bien aimé cette lecture qui m’ôte tout complexe lié à mes incompétences notoires en matière de conduite, de bricolage, de mécanique etc. tout en me rendant très fière de constater que je suis parfaitement indépendante et libre d’aimer qui je veux, que j’ai bien réalisé mes rêves d’enfant et très fière de ma fille qui montre un goût très prononcé pour la mécanique et le bricolage ! 🙂

Je regrette un peu que ce livre parle des femmes comme s’il s’agissait de toutes les femmes du monde, alors que dans certains pays, je serais probablement lapidée, moi avec mon mode de vie, tout comme Peggy Sastre elle-même. Là où le droit n’est pas le même pour tout le monde, les conseils de Peggy Sastre ne sont tout simplement pas applicables. J’aimerais qu’on interroge davantage les hommes de ces pays esclavagistes et des raisons pour lesquelles ils ne s’y trouvent pas si mal.

Je me souviens d’étudiants angolais (mâles exclusivement) qui m’expliquaient – à trente d’accords comme un seul homme – qu’ils n’épouseraient jamais une femme au salaire supérieur au leur. Pourquoi ? Parce qu’elle aurait la liberté de partir s’ils déconnaient trop… J’avais alors rétorqué qu’ils risquaient de passer leur vie avec une femme qui ne les aimerait pas vraiment et qui resterait par crainte de connaître la faim. Je les piquais au vif : n’avaient-ils pas un peu plus d’estime d’eux-mêmes ? N’avaient-ils pas un peu plus d’orgueil ? Ne pouvaient-ils imaginer qu’une femme restât à leur côté, amoureuse parce qu’ils étaient des mecs extraordinaires ? C’était quand même un challenge supérieur, non ? Alors messieurs, les forts en investigations et prise de risque, qu’attendez-vous ?

 

Le danger sociologique… est-il un livre dangereux ?

Ce livre écrit en 2017 par Gérald Bronner et Étienne Géhin

(ci-dessous B&G) a pour principal objectif de dénoncer les dérives d’un domaine universitaire, à savoir la recherche en sociologie. A travers divers exemples, les auteurs critiquent notamment les modèles sociologiques de ceux qui passent aujourd’hui encore pour les incontournables maîtres en la matière, à savoir principalement Durkheim et Bourdieu (cf un article : http://laetitia-pille.com/pierre-bourdieu-langage-et-pouvoir-symbolique), mais également quelques autres.

Ils souhaitent aussi apporter à la connaissance du plus grand nombre les dernières découvertes en neuro-sciences dont ils pensent qu’elles devraient apporter une rigueur supplémentaire et des arguments nouveaux à la recherche en sociologie.

La principale dérive de la sociologie que dénoncent B&G réside dans la possibilité de proposer des modèles explicatifs pour des faits dont l’existence n’est pas prouvée au préalable. On retrouve donc tout au long de ce livre la célèbre recommandation de Fontenelle dans la dent d’or (https://www.youtube.com/watch?v=IduaHsRywuw)

Parmi ces faits, dont il faudrait d’abord s’assurer de l’existence avant de les étudier, il y aurait les entités sociales (le pouvoir, le patriarcat, … ) auxquelles, parfois, certains sociologues, comme Bourdieu, auraient donné une importance dépassant largement celle qu’on devrait pourtant accorder à ce qui apparaît comme des allégories ou métaphores. En effet, la façon dont ces entités sociales sont présentées par ces sociologues pourrait laisser croire qu’elles sont dotées d’intention. Souvent Bourdieu écrit « Tout se passe comme si« . Cette vision des activités humaines prête le flanc à la caricature et peut favoriser, voire générer des théories complotistes ; c’est précisément un des dangers que dénonce principalement B&G.

Plus largement ce livre signale quelques écueils à éviter et quelques conseils à suivre.

Quelles recommandations peut-on tirer de ce livre ? Quels enseignements ?

Pourquoi faut-il le lire ?

S’assurer des faits avant d’élucubrer des théories

D’après B&G, la théorie selon laquelle il existe de « grands corps sociaux », presque doués d’intentions, inciterait ceux qui lisent le monde à travers ce prisme à croire qu’ils sont déterminés par ces mouvements. Il leur serait donc impossible de sortir des prédictions des sociologues et de la sociologie.

Après avoir donné des exemples assez drôles (en début de livre pp.29 etc), dont

– l’astrologie : la thèse d’Elisabeth Tessier soutenue en sociologie et défendant les vérités astrologiques ;

– l’affaire Sokal au cours de laquelle des physiciens ont rédigé des articles fallacieux en sciences humaines et ont réussi malgré tout à être publiés dans de grandes revues scientifiques ; 

– les orixas d’Edgar Morin, qui seraient les grands corps sociaux doués d’une vie indépendante ;

– le jargon pseudo-scientifique qui permet de dissimuler les incompétences et d’inventer des concepts qui ne sont pas ni réfutables, ni vérifiables ;

– les genders et les limites des attaques de féministes radicales ;

B& G s’attaquent aux fondateurs et grands noms fameux de la sociologie : Durkheim et Bourdieu en particulier.

Durkheim (1858-1917) sociologue français, considéré comme l’un des fondateurs de la sociologie. Il définit le « fait social » comme une totalité non réductible à ses parties. Il est notamment à l’origine du concept de conscience collective. Selon sa théorie du déterminisme social, les actions humaines sont les effets de causes extérieures aux acteurs eux-mêmes.

Bourdieu (1930-2002) un des plus grands sociologues du XXè. Il propose une analyse des mécanismes de reproduction des hiérarchies sociales. Il définit des sous-espaces sociaux, appelés champs, qui seraient doués d’une autonomie relative envers la société et ses individus.

L’œuvre de Bourdieu est ainsi ordonnée autour de quelques concepts recteurs : habitus comme principe d’action des agents, champ comme espace de compétition sociale fondamental et violence symbolique comme mécanisme premier d’imposition des rapports de domination.

(https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Bourdieu)

L’habitus est l’ensemble de ce qu’un individu intègre au cours de sa vie et qui contribue à le faire appartenir à une classe. La « violence symbolique » est le moyen par lequel s’impose le système de valeurs de la classe supérieure aux classes qui lui sont inférieures. C’est l’appropriation comme étant le vôtre d’un système de valeur qui pourtant vous nuit.

A Bourdieu comme Durkheim (ou Lahire), B& G reprochent principalement de donner une trop grande part au déterminisme social et l’idée selon laquelle les individus ignoreraient les raisons qui les poussent à agir. Dénonçant Lahire (p.23), B&G écrivent

« Il affirme que le libre arbitre est une illusion, attendu que « chaque individu est trop multisocialisé et trop multisurdéterminé pour qu’il puisse être conscient de ses déterminismes ». »

B&G soulèvent la crainte qu’à force d’expliquer, la sociologie ne finisse par excuser. A trop souligner les déterminismes, les individus ne risquent-ils pas de négliger leur responsabilité ?

Plus précisément par la suite, B&G s’attaquent davantage aux valeurs et aux normes, dont une partie de la sociologie prétend qu’elles influencent irrémédiablement le comportement humain.

Ne pas donner trop d’importance au rôle des valeurs et des normes dans l’agissement des humains

Ce serait LE problème d’une partie de la sociologie et des sociologues :

« La sociologie holistique se plaît toujours à mettre en scène [les créatures étrangères], par exemple en soutenant qu’ils sont déterminés à faire ce qu’ils font par les valeurs et par les normes caractéristiques du contexte culturel dans lequel ils agissent. » (88)

Pour contredire cette vision, le travail de B&G développe (pp88-127) à plusieurs reprises des exemples dans lesquels les valeurs et les normes ne déterminent jamais ou pas toujours le comportement des humains.

Un argument

« Qui donc féliciterait ce fonctionnaire vertueux si sa vertu n’était qu’un effet mécanique des attentes auxquelles son rôle lui prescrit de répondre ? »

(Ne pas choisir entre) déterminisme ou libre arbitre ?

Les ensembles ou structures sociales-sociaux dénoncés :

En filigrane, sous-jacente à la question du déterminisme social comme phénomène défavorisant l’action individuelle, c’est la question du libre arbitre qui revient plusieurs fois au cours du livre, bien que n’en étant pas le sujet principal. Y a-t-il un rapport entre le déterminisme en général et les théories sociologiques « dénoncées » ?

Quel lien peut-on établir entre ce rapport au déterminisme et l’expression d’un libre arbitre ?

Déterminisme vs libre arbitre ?

Au début de leur essai, B & G présentent leur point de vue en termes clairs, après avoir critiqué la tradition sociologique dont nous avons donné les grandes lignes.

« Cette position [qui ne permet ni d’avoir conscience de la forte imprédictibilité de la vie sociale, ni de bien rendre compte des changements qui se produisent au sein d’une société humaine] n’est pas la nôtre, parce qu’il nous semble que les progrès de la neurobiologie et des sciences cognitives ne permettent plus aux sociologues de tout ignorer des ressources d’un « organe » qui est le moyen de la pensée, de l’intelligence, de l’inventivité, du choix et, par là, d’un certain libre-arbitre. » (26)

Mais comment définir ce libre arbitre ? Et par quoi passe-t-il ?

Les circuits préférés du cerveau

Les études du fonctionnement du cerveau mettent en lumière une sorte de balance entre surprises de l’inconscient et routine mentale. La capacité d’imaginer d’autres mondes est la manifestation d’une certaine liberté, ainsi que la capacité de prendre en compte ses erreurs et de se corriger. C’est là que s’exerce une certaine liberté d’agir.

« Le fonctionnement du cerveau est le résultat d’une hybridation entre des dispositions innées et des implémentations acquises. » (173)

Compréhension / intuition / causalité

Pour répondre à une partie des interrogations B & G font appel aux théories de Max Weber.

Cet économiste et sociologue du XIXè est également à l’un des fondateurs de la sociologie. Cependant, contrairement à la tradition marxiste qui explique les actions sociales par les faits extérieurs (les pressions et les mouvements de classe), Max Weber explique les comportements humains de l’intérieur, en cherchant à comprendre les motivations des acteurs sociaux. Il est le fondateur de la sociologie compréhensive, qui tâche de prendre en compte les individus et leur subjectivité. Max Weber met le premier en relation la réforme protestante et l’économie capitaliste. Il propose deux méthodes de connaissance (76) et s’oppose à l’idée d’une cause déterminante extérieure.

« Contrairement à Comte, Durkheim et à toute la tradition positiviste; Weber n’a jamais pensé que, pour être digne du nom de science, la sociologie devait imiter la physique en adoptant le postulat selon lequel un phénomène ne peut être que l’effet de sa cause efficiente, c’est-à-dire un phénomène antécédent de même nature. » (81)

De la même façon que Max Weber le préconisait, B & G encourage la sociologie à prendre en compte les motivations individuelles, de plus en plus perceptibles et analysables grâce à l’imagerie cérébrale.

Sur le libre arbitre, ils mettent en garde le lecteur :

« De tout ce qui précède, on ne doit donc pas déduire que nous tenons à sauver la notion philosophique de « liberté » ou que nous défendons l’idée selon laquelle la personnalité (ou le vrai « moi » d’un individu) serait logée dans son cerveau […] Mais on objectera peut-être que, même conçu comme une fiction intellectuelle, il devrait être réduit à ses déterminants biologiques. Ses pensées ne sont-elles pas, en dernière instance, des phénomènes électrochimiques ? » (177)

Peut-être est-ce une attitude un peu réductionniste ? D’autres questions sont ensuite traitées :

L’organisation neuronale du cerveau est-elle reliée à ses fonctions ? (178)

Pourrait-on parler de probabilisme plutôt que de déterminisme ? (179)

Conclusion : la recommandation de B&G pour le futur de la sociologie ?

Le livre est une exhortation à la prudence, pour que ne disparaissent pas, avec ses fondateurs dépassés, les apports nécessaires de la sociologie :

– appliquer le principe de la dent d’or : s’assurer des faits, de l’existence des entités avant de lancer des études

– prendre en compte les motivations particulières.

En référence à Max Weber, qui a démissionné du comité qu’il avait pourtant fondé, B&G soulignent une opposition idéologique fondamentale entre deux attitudes possibles du sociologues.

« On le voit, ce n’est pas d’hier que ceux qui voient la sociologie comme un sport de combat contre les « structures » et les déterminismes sociaux – comme ce patriarcat dont la sociologue Christine Delphy a fait son « ennemi principal » -, s’opposent à ceux qui pensent qu’elle doit d’abord établir empiriquement des faits (sociaux) dans l’intention de les comprendre. » (223)

Commentaires / Questions (ouvertes) de Laetitia Pille :

Pourrait-on objecter que

– les motivations religieuses dont parle Max Weber sont une autre entité sociale qui pourrait être décrite ainsi par Bourdieu ?

– les imageries cérébrales sont peut-être le bout de la chaine » et non pas l’origine des mouvements (cf Lordon https://www.dailymotion.com/video/xyoc3d) ?

– personne, en réalité, ne félicite un fonctionnaire qui a bien fait son travail…

_______

Voici le résumé de MARIE-NOËLLE GROUSSET, Professeur agrégée de Philosophie.

Le danger sociologique contre lequel mettent en garde B&G consiste à remplacer la complexité d’explications dignes de ce nom des phénomènes sociaux par une méthode qui, pour être simple, n’en est pas moins réductrice et dangereuse (dans la mesure où elle peut conduire sur la pente glissante du complotisme): hypostasier des entités collectives qu’on dote alors d’un pouvoir déterminant d’une manière inconditionnelle et mécanique.

Il ne s’agit pas pour les auteurs de soutenir la thèse – philosophique – du libre arbitre. Je crois au contraire qu’ils sont tout ce qu’il y a de plus déterministes, ce dernier étant le présupposé méthodologique de toute explication scientifique. Mais il y a plusieurs façons d’être déterministe. Et assurément, les faits sociaux ne sont pas déterminés de la même manière que les phénomènes naturels étudiés par la physique classique. C’est uniquement contre un certain déterminisme réductionniste (qui rapporte la complexité des comportements humains à leur seule et unique détermination par le collectif ou le groupe, bref, des entités transcendants les individus – ce qui est le principe de tout racisme et de tout sexisme, je note ça au passage -) que les auteurs portent leur critique. Parmi les déterminants d’une action, il y a non seulement ces entités collectives qui poussent les individus à agir, mais aussi les croyances que ces individus ont. Que ces croyances soient elles-mêmes déterminées, c’est ce que nul ne niera, mais qu’elles le soient mécaniquement par de grandes entités collectives, c’est méconnaître la complexité et le mélange inextricable de causes et de raisons, de mobiles et de motifs qui entrent dans la détermination de nos actes. Il me semble que c’est d’abord pour sauvegarder cette complexité réelle, dans la méthodologie des sciences sociales, qu’écrivent nos deux auteurs. Ensuite pour montrer que la simplification adverse peut vite faire glisser sur la pente de la personnification des entités collectives. Ce qui présente non seulement l’inconvénient de pencher du côté des théories conspirationnistes, mais aussi de verser dans des explications qui n’ont plus rien de scientifiques et qui se donnent les mêmes facilités que le sens commun affirmant par exemple qu’ON (mais qui est donc ce mystérieux « on », qui a fait, soit dit en passant, les délices de Heidegger….!!!) nous manipule, qu’on nous ment. Contre ce recours abusif aux entités collectives expliquant tout, ie en réalité rien, B et G revendiquent un individualisme méthodologique, la seule entité empiriquement constatable étant l’individu.

Ces notes de lecture ont été validées par Gérald Bronner.

 

Masculin par défaut, féminin par qualité [3/3]

Autant en emporte le mâle !

[Troisième volet contre l’écriture inclusive]

 

Et tandis que tous les mercredis depuis le mois de mai 2017, les iraniennes se battent pour ôter le hijab, nous – pardon – certaines d’entre nouEs se battent encore pour rallonger d’un .e [petite queue en forme de tire-bouchon] les mots qui nouEs désignent

Quelques nouveaux arguments à débattre…

Prenons d’abord celui du « C’était mieux avant… »

Oui car il paraît qu’avant (mais quand ?), on disait poétesse, philosophesse, scientifiquesse… et on accordait au plus proche, au plus joli, fût-il féminin, d’ailleurs, le féminin n’est-il pas, par essence, plus joli ?

Non, bien sûr.

Mais revenons un peu à cette période dorée, cette idyllique époque donc, qu’on nouEs dépeint, où un preux chevalier nouEs aurait dit :

« Votre altesse, je vouE envoie de doux baisers et de chastes caresses empreintEs de tact et de légèretéE ! Loin de moi le projet immonde ou le désir frénétique et animal de vouE pilonner à vouE saccager le sarcophage ou vouE ravager jusqu’à l’occiput [1]! Je saurai contenir par devers moi toute ma répugnante virilité, celle qui, passées quelque mille années, détruira pourtant notre planète ^^…[2] « 

Mais bon sang, que lui a-t-elle donc répondu à ce chevalier pour que finalement, alors même qu’il baignait dans cet environnement égalitaire, produit de sa langue, il se rebelle et s’unisse à ses congénères pour… l’emporter – de force – sur le féminin ?? On nouEs dépeint pourtant les hommes de cette époque idyllique comme pétris de bons sentiments à notre égard, si respectueux et emplis jusqu’au fond de leur âme (car ils en avaient une, à l’époque !) de l’esprit d’égalité entre les sexes ! N’est-ce pas ? Alors que s’est-il passé ? Comment a pu-t-on en arriver là ?Comment sont-ils subitement devenus, dans un tel contexte prétendument égalitaire, les horribles machos que nous croisons aujourd’hui, qui répandent leurs cuisses et leurs couilles jusque sur les banquettes de métro, nouEs coupent la parole sans arrêt et tirent à eux sans vergogne la couverture économique pendant qu’on se gèle les pieds ??? (Avez-vouE froid aux pieds la nuit ? ne vous demandez plus pourquoi… c’est le résultat de millénaire de couverture tirée par les hommes, à notre détriment !)

Bref… si l’époque d’avant le vilain Beauzée [3] avait vraiment existé et si la langue, prétendument égalitaire de l’époque, avait vraiment influencé tous les cerveaux qui la pratiquaient, alors pourquoi et comment l’un d’eux, grammairien de surcroît, aurait trouvé la force de tout pervertir en changeant simplement les énoncés ? Comment aurait-il pu imposer cette… chose ? Pardon : ce truc ?

«Le masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle» [4]

En voilà une belle connerie. Vous remarquerez que le « à cause » implique que ledit Beauzée s’appuie sur un fait, une doxa, une opinion visiblement répandue…

Bref. Ne devrions-nous pas, à notre tour, supprimer cette règle fausse ? Ne suffirait-il pas de dire :

« Le masculin n’a pas de marque propre. C’est neutre, masculin par défaut, féminin par qualité… »

Justement, parlons maintenant de la qualité. A l’heure où chacun revendique la liberté de choisir son sexe et où l’on trouve un peu infâmant, voire discriminant de devoir le cocher, F ou M, les mêmes qui revendiquent le genre, plutôt que le sexe, parce qu’elles.ils ne voient pas en quoi le sexe serait, parmi les données physiques, l’aspect le plus pertinent pour différencier et hiérarchiser le masculin et le féminin [5] …

[Et oui ? Et j’en conviens volontiers ! Je suis bien d’accord : En effet, je ne suis pas possesseur d’un ordinateur en tant que femme, je ne suis pas automobiliste en tant que femme, je ne suis pas professeur en tant que femme…]

… les mêmes, dis-je, voudraient nouEs forcer à mettre un signe distinctif ? nous forcer à inscrire notre sexe sur notre figure, sur tous les mots qui nous désignent ? Parce que le monde doit savoir qu’on s’exprime en tant que nouEs ? Parce qu’il y a deux castes, deux façons de voir le monde et qu’elles doivent cohabiter l’une plantée à côté de l’autre ? Parce qu’il y a une façon d’être au monde homme et une façon d’être au monde femme ?

Ne sommes-nous pas en train de faire marche-arrière ?

Il faudrait représenter davantage les femmes qui réussissent… dans les professions jusqu’alors occupées – voire, colonisées !!!! – par ces *** hommes blancs, me dit-on. Mais quid des noir[e]s ? Les noirs-médecins ? Les maghrébins-avocats ? Les noirEs-policières ? Les maghrébines-chercheuses en astrophysique ? N’y a-t-il pas urgence à rendre visibles ces minorités invisibles ?

Ah… on me dira que c’est stigmatisant. Et puis, qu’un avocat soit noir ou blanc, qu’est-ce que cela change à sa profession ? Suis-je en train de signaler que c’est particulièrement bien d’être maghrébin-chercheur et pas maghrébin-voleur ? Suis-je en train de signaler que c’est particulièrement rare d’être noire-ministre et pas noire-femme de ménage? Admettre et souligner que c’est rare et bien, n’est-ce pas laisser entendre que c’est bien que ce soit rare ?

En tout cas, voilà bien deux adjectifs que moi, je n’aimerais pas voir coller à mes fesses quand j’exerce ma profession.

De grâce, changeons l’énoncé stupide et périmé de la règle de Beauzée… le masculin ne l’emporte pas.

UN = homme ou femme ou indifférent

UNE = femme

Il vaudrait mieux inventer un genre supplémentaire pour les français qui n’ont pas la chance d’avoir le trou de l’italien grâce auquel se trouvent véritablement opposés unO à unA. Pas moyen aux hommes français de faire remarquer au monde qu’ils ne sont qu’entre couilles. D’ailleurs, quand cela leur arrive, ne ressentent-ils pas l’impérieuse nécessité de nouEs le faire remarquer ?

Et s’ils sont des vedettes depuis quelques millénaires, nous avons, sans nous ajouter une queue de tire-bouchon, les moyens de rester des altesses.

[1] Oui, car à cette époque-là sans doute, l’homme n’avait pas encore inventé le vagin ^^^  Voilà ci-dessous un article complètement fou…

Le vagin n’est pas un organe sexuel. (Pas plus que l’anus ou la bouche).

[2] Oui car il paraît que le maquillage, les tampons, les serviettes, les gels douche, le shampoing Allô et la mode ne contribuent en rien à la destruction de notre éco-système. Le problème c’est les hommes avec leur voiture et leur sexe. http://www.madmoizelle.com/hommes-ecologie-virilite-872245

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Beauzée.

[4] Grammaire générale de Beauzée (1767)

[5] Delphy 2001, p.243

Conseils de rédaction ou construction (oral / écrit)

 

Par où commencer ? (à l’oral comme à l’écrit)

Vous avez un formidable outil : la page blanche de votre ordinateur ! Vous pouvez écrire et effacer à l’infini… alors ne vous privez pas de commencer à noter toutes vos idées ! Les idées…

Sous la forme de groupe de mots !

Sous la forme d’un schéma !

Sous la forme d’une liste !

Tentez ensuite de structurer vos idées, de les imbriquer les unes dans les autres, par familles jusqu’à obtenir un plan – idéalement en trois parties.

On peut imaginer que la première partie expose les FAITS, la seconde les problèmes (disons les MÉFAITS),  et la dernière la résolution des problèmes, les solutions (les PARFAITS !!).

C’est en réalité un plan – une stratégie – facile à comprendre :

  • commencez par ce qui met d’accord tout le monde (les éléments indéniables) : contexte, contraintes.
  • continuez par les particularités et les difficultés du sujet (car à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire… à méditer !)
  • finissez par les solutions (c’est un retour à l’ordre et au consensus) et les éléments qui vous mettent en valeur.

Une fois ces grandes parties délimitées et nommées (avec des vrais titres qui ne vont qu’à vous et votre travail), essayez de subdiviser jusqu’à trois niveaux !

Cas particulier : au cours de votre stage, SI vous avez effectué diverses tâches qui vous semblent ne pas être en rapport les unes avec les autres. Pensez alors que toutes sont en rapport avec votre formation : essayez de regrouper vos tâches par famille. Inspirez-vous de vos enseignements ! ^^

Si vous parvenez à ce stade, votre rapport est quasi fini !

En effet, 3 puissance 3 font 27… moins d’une page par sous-partie 🙂 🙂

c’est gagné !

Trop d’idées ?

C’est rare… mais ça peut arriver !

Vous pouvez conserver certaines idées pour enrichir votre introduction ou votre conclusion, pour éventuellement dégager une véritable accroche, pour ouvrir votre conclusion sur un point intéressant et qui retiendra l’attention du lecteur ou de l’auditeur.

Pas assez d’idées ?

Avez-vous songé à présenter le contexte : où ? quand ? comment ? pour quoi faire ? pour répondre à quel problème ? à quel besoin ? quel secteur ? quel domaine ?

Avez-vous pensé à mentionner votre planning ? l’organisation de votre travail ? votre rôle ou votre place dans l’entreprise (ou le projet) ? ce que ce travail vous a véritablement apporté ?

Organisez vos idées, hiérarchisez-les !

Pour la soutenance et le diaporama, un exemple de déroulement, cliquez ici.

Pour la rédaction du rapport, c’est ci-dessous :

Organisation, rédaction, vérification !

Structurez votre propos

Pour éviter la narration et le blabla, il faut établir un plan de votre propos jusqu’à 3 niveaux de sous-parties (cf au-dessus !). C’est seulement à partir de ce plan très détaillé que vous pourrez entamer la rédaction. N’hésitez pas à conserver la lisibilité de ce plan préalable en préférant les énumérations aux pavés indigestes pour montrer que vos idées sont claires, articulées et que vous êtes en mesure d’exposer les étapes de votre pensée. Attention néanmoins à ne pas abuser des énumérations.

Rédigez en suivant la méthode proposée et sans vous lancer dans des pavés indigestes. Chaque paragraphe fonctionne comme un entonnoir :

le contexte général > votre idée particulière > vos arguments ou exemples ou explications techniques > une phrase qui résume l’intérêt de ce que vous venez de dire.

Chaque paragraphe doit apporter une idée nouvelle. Ne pensez pas que le blabla et le remplissage vont séduire quiconque. Personne, aujourd’hui, n’a de temps à perdre à lire de la bouillie…

Choisir qui vous êtes ! Toi + Moi + eux…?

Ne choisir JE que lorsque vous n’avez pas le choix.

Trop de JE risque de vous entraîner à un rapport trop narratif, alors qu’il faudrait au contraire être synthétique et analytique.

Ne choisir NOUS (ou ON) que lorsqu’il s’agit de plusieurs personnes dont vous.

Tâcher le reste du temps de rester technique : parler des objets (il y a / l’entreprise dispose), des contraintes (il faut, il est nécessaire), des fonctions (ceci fonctionne avec), des objectifs (il faut).

Énumérer des éléments de même nature

Quand vous énumérez des éléments, il faut qu’ils soient de la même nature : des verbes OU des groupes nominaux… mais pas un mélange de tout.

Donner des titres à vos images, schémas et illustrations

Il est impératif de numéroter et de légender vos images, schémas et illustrations. L’ensemble doit également être référencé dans une table des illustrations à la fin du rapport.

N’oubliez pas de mentionner, rapporter quand c’est pertinent et exploiter :

– le cahier des charges (il faut être précis)

– les schémas cinématiques

– les captures CAO avec légendes

La relecture : rechercher des fautes, c’est plus efficace !

  • du fond

Il est difficile de relire vous-même le fond ; il faudrait faire relire votre travail. Tout le monde doit comprendre votre propos qui doit partir du plus simple (expliquer les éléments) au plus compliqué (ce que vous avez fait et qui vous met en valeur).

  • du français

C’est plus amusant et plus efficace d’utiliser la fonction recherche pour se relire. Entrez les mots qui vous posent souvent problème.

J’ai recueilli ici vos fautes les plus courantes. N’hésitez pas à en rajouter !

  • de la forme

Utilisez la grille de vérification check liste et vérifiez que vous êtes en mesure de cocher toutes les cases.

> ne jamais laisser de titre ou sous-titre en bas de page… sauf si l’on attend un tableau.

La soutenance (ou présentation orale) Pourquoi et comment ?

1. Pourquoi une soutenance ?

La soutenance fait partie des exercices d’exposés classiques, mais ne consiste pas seulement en l’exposition organisée d’idées, de faits ou d’arguments.

Comme son nom l’indique, la soutenance est un exercice oral visant à soutenir un rapport ou un mémoire écrit.

L’objectif d’une soutenance orale n’est pas d’exposer l’ensemble des connaissances et des compétences que vous avez acquises durant votre stage ou votre projet. L’objectif de cette soutenance est de montrer que vous savez prendre du recul et faire preuve d’un esprit de synthèse. Mieux vaut annoncer des éléments dont vous direz que vous serez prêts à les détailler par la suite, une fois la soutenance terminée, dans l’espace réservé aux questions.

Il est même fort judicieux (malin quoi…) de conserver sciemment des points à développer lors de l’entretien.

2. Pourquoi un diaporama ?

Il est préférable de nos jours de s’accompagner d’un support de présentation (Libre office Impress ou Power Point) constitué par un ensemble de diapositives que l’on appelle un diaporama.

Ce diaporama n’est pas une illustration décorative de votre discours ; il n’est pas non plus une feuille de notes ou un pense-bête pour l’étudiant. Idéalement, il doit représenter sous forme d’images ou de schémas la pensée développée à l’oral.

Il peut être judicieux de ne pas répéter le plan de votre rapport ; néanmoins, cela n’est pas toujours possible. Avant tout travail, préparez votre plan et soyez capable de formuler clairement en quelques points (3 ou 4) ce que vous voulez transmettre. Vous éviterez ainsi le plan mille pattes, impossible à saisir, qui donne la sensation que vous êtes brouillon et que vous n’avez pas l’esprit synthétique.

Attention, vous ne présentez pas un diaporama. Le diaporama permet d’illustrer votre propos. Dans l’idéal, vous devriez pouvoir faire la présentation sans diaporama.
Pour la même raison, ne laissez pas votre public croire que vous êtes amoureux de votre diaporama ou que vous avez peur de les regarder…

3. Quelques conseils pour les soutenances de stage

  • Bon à savoir : Rappelez-vous que le jury est censé avoir lu votre rapport : inutile (et même à éviter) de faire un copié-collé du rapport. Si vous devez rendre votre rapport quelques jours avant la fin du stage, faites de cet apparent inconvénient un avantage : parlez de cette fin de stage à l’oral, surtout si vous avez obtenu des résultats en rapport avec votre projet.
  • Il vaut mieux présenter l’entreprise dès l’introduction (qui ne doit pas être annoncée : inutile d’annoncer qu’on va commencer, on commence… c’est tout) et trouver une accroche en relation avec le métier, le domaine ou votre mission. (Pour en savoir plus sur l’introduction, cliquez ici)
  • L’introduction et la conclusion ne font pas partie du « plan » ; par conséquent, elles ne doivent pas être annoncées dans la page consacré au plan.
  • La conclusion est en fait un bilan ou une synthèse de votre travail : elle est la page qui reste affichée pendant les questions et remarques : profitez-en pour vous mettre en valeur. (Pour en savoir plus sur la conclusion, cliquez ici)
  • Pensez que la conclusion constitue la dernière occasion de défendre votre travail et envisagez la possibilité que le jury se réveille à ce moment-là seulement. Il est donc très important de soigner cette partie.
  • N’écrivez jamais « Merci » sur une dernière page : c’est inutile et stupide de perdre cette place… mais n’oubliez pas de remercier à l’oral les gens qui vous ont aidé (Comment remercier ?)
  • Utilisez une police sans serif.
  • N’allez pas en deçà de 18 (taille police)

Exemple de déroulement d’un diaporama : cliquez ici

Les points fautes (ou « mauvais » points)

 Vous méritez un mauvais point lorsque vous écrivez « merci » sur la dernière diapo à la place d’éléments intéressants…

 

 

Vous méritez un mauvais point lorsque vous restez planté devant votre propre diaporama au lieu de regarder des vrais gens… De même, vous ne présentez pas un diaporama… !! (éviter l’effet poster de camion…)

 

Vous méritez un mauvais point lorsque votre plan fait plus de 3 (ou 4) parties…

 

 

 

Vous méritez un mauvais point lorsque vos images n’ont aucun rapport avec ce que vous dites ou que vous n’exploitez pas les images que vous affichez.    

 

Vous méritez un mauvais point lorsque vous dites « je vais présenter d’abord l’introduction »… c’est comme annoncer que vous allez dire « bonjour »…

 

Vous méritez un mauvais point lorsque vous écrivez trop petit sur le diaporama (en dessous de 18 ou 20) ou que vos schémas ou légendes ou figures sont illisibles (y compris sur le rapport) : le public n’a pas (encore) l’œil bionique…

Vous méritez un mauvais point lorsque votre accroche donne envie de dormir… « Je suis étudiant en… j’ai dû faire un stage… je m’appelle Henriette (ou Henri…) etc. »

 

Vous méritez un mauvais point lorsque vous perdez du temps à vous
présenter auprès de personnes qui vous connaissent… soyez naturels… ne racontez pas votre vie non plus, concentrez-vous sur votre travail et vos résultats.

Vous méritez un mauvais point lorsque vous annoncez que vous allez faire l’introduction… bref.

 

 

Vous méritez un mauvais point lorsque vous commencez votre soutenance (ou votre rapport) en disant (ou en laissant entendre) que vous êtes obligé de faire un stage ou de réaliser un projet : « J’ai dû réaliser un stage… »

Vous méritez un mauvais point lorsque vous avez encore confondu PLAN et SOMMAIRE… (et que vous l’avez écrit sur votre diaporama !!!!! >:(

 

Vous méritez un mauvais point lorsque vous vous montrez trop exalté… et excessif… vous avez adoré votre stage et votre entreprise, dans le genre de ce « winner »  !! Les gens sont géniaux ! etc. Restez sobre et pragmatique. Cela n’empêche pas d’exprimer sa gratitude !

Vous méritez un mauvais point lorsque vous vous exprimez mal, avec des fautes, avec des expressions familières…

 

 

Vous méritez un mauvais point lorsque votre diaporama est rempli de texte. Pas de phrase ! c’est pourtant simple… et on évite beaucoup de fautes…

 

Vous méritez un mauvais point lorsque, tel Giscard, vous annoncez la conclusion (surtout dès le début !!) : c’est aussi ridicule que d’annoncer que vous allez dire « Au revoir »…

 

Vous méritez un mauvais point lorsque votre présentation est trop rapide… (on peut faire également le mauvais point « escargot »…)

 

Ne dites pas « hop », « zuip », « et tac » « et tic »… pour expliquer le fonctionnement d’une machine ou d’une manipulation ou pour changer de diapositive…

 

C’est « vachement » moche de dire « vachement » pour exprimer l’importance de quelque chose… il faut TROP éviter de faire ça… 😉