Le rapport (stage ou autre) Pourquoi et comment ?

Le rapport (ou mémoire) de stage (ou de projet) a pour objectif de rapporter votre travail ou vos recherches, d’en rendre compte, soit pour être évalué, soit pour transmettre à d’autres vos résultats. Par conséquent, il doit être compréhensible par le plus grand nombre et ne doit pas relater votre vie…

Prenons connaissance de ses parties dans l’ordre.

1. La page de garde

La page de garde est une page qui permet de garder à l’esprit qui a écrit le rapport ou mémoire, quand, pour quoi et dans quel contexte. Elle peut comporter une image ou un schéma qui rend le travail plus personnel. Elle doit comporter

– le ou les logo(s) de l’établissement universitaire

– le ou les logo(s) de l’entreprise dans laquelle le stagiaire aura effectué son stage, s’il s’agit d’un rapport de stage.

– le titre de votre rapport (votre sujet de stage, parfois en plus court)

– votre prénom et votre NOM (votre PRÉ-nom devance votre NOM)

– le prénom et le NOM de vos enseignants tuteurs et tuteurs d’entreprise.

 2. Le sommaire

Le sommaire représente la somme du contenu du rapport. Il doit être rédigé dans la même police que le reste du rapport. Il ne faut pas le confondre avec le plan.

L’introduction et la conclusion de votre rapport ne doivent pas porter de numéro. En effet, ces deux passages ne sont pas des « parties » à proprement parler ; ni l’introduction ni la conclusion font réellement partie de l’essentiel du travail rapporté ou du raisonnement global abordé dans le stage ; elles doivent au contraire, l’une, introduire les parties constituant le rapport, l’autre, conclure ces parties, c’est pour cela qu’elles sont essentielles malgré tout.

Pensez toujours que vos lecteurs ou auditeurs, parfois, n’écoutent ou ne lisent que l’introduction et la conclusion… il est bon d’avoir cela à l’esprit lorsque vous rédigez ces parties.

Le sommaire doit être généré automatiquement grâce à la fonction « Style et mise en forme » (choisir un niveau de titre pour chaque titre) et « Insertion, Table et Index, Table des matières » (si vous ne savez pas faire, demandez à votre prof-maman ou votre prof-papa préféré…)

 3. Les remerciements

Les remerciements s’adressent au début du rapport, tandis qu’à l’oral, ils se font en fin d’exposé, et ne doivent pas être écrits sur votre diapositive.

Ils se situent en début de rapport pour éveiller la bienveillance des lecteurs avant la lecture.

MAIS ils se situent en fin de soutenance orale pour (r)éveiller la bienveillance des auditeurs avant qu’ils ne vous interrogent et ne vous évaluent.

Vous devez remercier les gens les plus proches (tuteurs et aide à la rédaction), avant de remercier les responsables de service, en particulier quand ils ne sont pas amenés à lire votre travail.

4. L’introduction

À quoi sert-elle ? L’introduction sert, comme son nom l’indique, à introduire, soit présenter, le travail qui va suivre. Elle doit permettre, tel un entonnoir, de guider le lecteur vers le sujet précisément abordé dans le mémoire ou le rapport. Pour remplir cette fonction de guide, elle est généralement composée de 3 mouvements :

– une accroche destinée à interpeller l’attention du lecteur sur un sujet en rapport avec celui du mémoire. L’accroche doit naturellement conduire au thème du rapport ;

– la problématique, généralement énoncée sous la forme d’une question à laquelle le rapport est destiné à répondre ;

– l’annonce du plan, qui propose une première série de réponses synthétiques et globales à la problématique qui précède et qui permet au lecteur de savoir comment l’auteur a organisé sa pensée afin d’y répondre. Vous annoncez de quelles parties se compose votre rapport (et non pas se décompose, comme vous l’écrivez parfois maladroitement).

Dès l’introduction, le lecteur peut donc évaluer les qualités rédactionnelles de l’auteur, sa capacité à situer son travail dans un contexte plus vaste (accroche et thème), à formuler la problématique et à montrer, par l’annonce du plan, que son travail a bien pour objectif de répondre à cette problématique.

L’introduction, même si elle se place en début de rapport, comme son nom l’indique, doit être rédigée à la fin… c’est seulement à la fin de votre travail que vous aurez le recul nécessaire pour pouvoir le présenter.

5. Le développement

  • 3 parties en progression dynamique :

Des études montrent depuis environ 2500 ans que le cerveau humain retient particulièrement bien un raisonnement en trois étapes. Une étape de stabilisation (contexte / explication), une étape de nœud (le cœur de votre travail, la partie la plus intéressante et la plus difficile, celle où vous montrez que le problème est épineux) et l’étape de résolution ou de dénouement (vous apportez des solutions ou un dépassement du problème, vous montrez que vous êtes capable de prendre du recul).

  • des titres explicites

Vos titres doivent exprimer et résumer le contenu de chaque partie, sous la forme d’une phrase ou d’un groupe nominal.

Si les titres sont « présentation du sujet / hypothèses de solution / solutions définitives », ils sont trop vagues et ne conviennent par conséquent pas à votre rapport en particulier.

La forme syntaxique des titres doit être homogène de part en part du rapport : si vous choisissez des groupes nominaux, il faut conserver des groupes nominaux. Idem pour les autres formes.

6. La conclusion

À quoi sert-elle ?

La conclusion doit comporter un bilan professionnel et un bilan personnel. Avec l’expérience, peut-être cette partie se nommera Bilan. N’oubliez pas de terminer par les points positifs que vous avez à apporter.

Elle doit être rédigée dans la foulée du développement. Vous savez alors à ce moment sur quels points vous souhaitez vous attarder et quels éléments de votre travail vous voulez mettre en valeur.

Pensez qu’il s’agit de la dernière occasion de défendre votre travail et envisagez la possibilité que le lecteur ne lise que l’introduction et la conclusion. Il est donc très important de soigner ces parties.

 

Plan et sommaire : à ne pas confondre !

Les 7 commandements du PLAN

(ou la stratégie de communication, l’organisation de votre pensée)

  • Il se comprendre comme un plan d’attaque, une stratégie.
  • Il répond à la problématique, qui est souvent une question.
  • Il présente le fil conducteur de votre raisonnement.
  • Il doit montrer votre esprit de synthèse.
  • Sa formulation (même au brouillon) doit être homogène (soit des verbes, soit des groupes nominaux, mais pas un mélange des deux).
  • Sa formulation doit être précise (évitez les titres « fourre-tout » du type : projet, objectifs, résultats : si les titres conviennent à tout rapport, ils ne conviennent à aucun…)
  • Le plan ne doit pas dépasser 3 parties : imaginez que vous vous apprêtez à raconter quelque chose à quelqu’un. Vous n’allez pas énumérer d’abord toutes les parties de ce que vous comptez lui raconter ; vous allez au contraire tâcher d’être synthétique et de présenter l’ensemble en deux, trois, maximum quatre points…

Le plan peut se concevoir ainsi :

  1. Les FAITS (ce qui est établi, donné, l’entreprise, le matériel, le contexte)
  2. Les MÉFAITS (ou plus exactement les problèmes, ce à quoi il va falloir trouver une solution. Montrer en quoi c’est épineux et difficile, rappelez-vous qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire… mais tout n’est qu’une histoire de communication…)
  3. Les PARFAITS (c’est-à-dire vos solutions, vos résultats…)

Soigner vos titres ! Pas de fourre-tout ! Pas de valise ! mais de la précision !!

LE SOMMAIRE EST DANS UN RAPPORT !

Le sommaire représente la somme du contenu du rapport. Il doit être rédigé dans la même police que le reste du rapport. Il ne faut pas le confondre avec le plan.

L’introduction et la conclusion de votre rapport ne doivent pas porter de numéro. En effet, ces deux passages ne sont pas des « parties » à proprement parler ; ni l’introduction ni la conclusion font réellement partie de l’essentiel du travail rapporté ou du raisonnement global abordé dans le stage ; elles doivent au contraire, l’une, introduire les parties constituant le rapport, l’autre, conclure ces parties, c’est pour cela qu’elles sont essentielles malgré tout.

Pensez toujours que vos lecteurs ou auditeurs, parfois, n’écoutent ou ne lisent que l’introduction et la conclusion… il est bon d’avoir cela à l’esprit lorsque vous rédigez ces parties.

Le sommaire doit être généré automatiquement grâce à la fonction « Style et mise en forme » (choisir un niveau de titre pour chaque titre) et « Insertion, Table et Index, Table des matières ». (si vous ne savez pas faire, demandez à votre enseignant préféré le plus sympathique… et s’il ne sait pas faire, moquez-vous…)

LE PLAN EST DANS UN DIAPORAMA !

On lui consacre même une diapositive spécifique et obligatoire qui suit la ou les diapositives proprement introductives.

Vous présenterez donc votre plan (qui n’est pas un sommaire, donc n’écrivez pas bêtement « sommaire » sur cette page) qui propose les réponses à la question que vous venez de poser en problématique (c’est souvent votre sujet). Cette diapositive doit exposer en 3 (ou 4 points) votre travail sous la forme cohérente de groupes nominaux, phrases courtes, questions ou autres (mais pas un mélange de tout).

Faites en sorte que l’on y perçoive rapidement votre raisonnement global.

Les fautes fréquentes… jetez y un œil !

Quelles questions puis-je me poser ?

a) Syntaxe (la phrase quoi…)

Est-ce que chacun de mes verbes est précédé d’un sujet ?

Est-ce que CE QUE je crois être une phrase comporte bien un verbe et un sujet ?

Est-ce que cette unité a vraiment un sens ?

Mes phrases ne sont-elles pas trop longues ?

Ne puis-je pas reformuler ce pavé indigeste par une énumération logique ?

Ne puis-je pas remplacer le verbe FAIRE fourre-tout (répugnant…) par un vrai verbe :  « je vais vous faire une présentation… » deviendrait « Je vais présenter » (inutile d’écrire VOUS)

Pensez donc à séparer par des virgules vos compléments circonstanciels :

« Après avoir réalisé la FAO, on génère le programme que l’on convertit au format ISO. »

Pour le placement des virgules, relisez votre rapport à voix haute.

ET & AUSSI :

ATTENTION / On ne commence pas une phrase par ET, encore moins par AUSSI.

(AUSSI en début de phrase requiert (= exige, demande) une inversion du sujet et du verbe et signifie « par conséquent»)

Et ma mamie est arrivée. Aussi elle avait un panier de bonbons.

NON !!!!!! écrivez plutôt (mais pas dans votre rapport ;) 

Ma grand-mère est arrivée et portait un panier de bonbons.

 

b) Grammaire : 

Commencez par vérifier l’orthographe des sons en é :

  • les verbes et les participes passés:
    • été ou était ? penser ou pensé ? attention à créer : il crée mais il a été créé / elle a été créée.
  • Les pluriels et les féminins (noms et adjectifs)
  • Confusion entre a et à

Employez un lexique précis

(= plus efficace et persuasif) digne d’un « scientifique »… ne restez pas dans le flou. Remplacez : (utilisez la fonction Word « remplacer »)

Faire par exécuter, produire, effectuer, accomplir, agir, procéder, fabriquer, pratiquer

Il faut par il est nécessaire, indispensable, utile, important

Ceci a des avantages par ceci présente des avantages.

« Nous avons eu des problèmes, des difficultés » par « nous avons rencontré des problèmes ».

« Nous avons bénéficié d’aides. Nous avons obtenu des résultats. »

Quelques exemples de fautes courantes :

(utilisez la fonction Word « remplacer »)

Expressions courantes :

« En fait, » est suivi d’une virgule et ne prend pas de E. (comme « le fait de »)

« faire partie de » prend un E ; prendre « le parti de » n’en prend pas : pour une fois, c’est logique !!

« tout d’abord, » est suivi d’une virgule et s’écrit comme ça… et pas autrement.

Orthographe

« Arrête » signifie « cesse » (du verbe arrêter)

Arête d’une figure ou d’un poisson ne prend qu’un R.

Châssis

Dysfonctionnement

Cotes, cotations et dimensionnements (et non la côte, dure, que vous monterez sûrement si vous parvenez un jour à vous exprimer parfaitement !…)

L’envie prend un E (sauf en poésie du XVIIème siècle)

Si le besoin s’en fait sentir (et non sans fait)

L’entretien ne prend que deux T… mais au milieu.

VOIRE prend un E dans les expressions « je ne t’aime pas, voire je te hais. »

On écrit peaufiner (qui affine la peau, qui fait la peau fine, telle est l’origine de l’expression)

A fortiori, a posteriori, a priori

et encore…

Un envoi et il envoiE

Un emploi et il emploiE

Un essai et il essaiE

Un travail et il travaiLLE

J’ai dû prend toujours un accent circonflexe pour être facilement distingué de « du lard ou du cochon »… la preuve, une fois accordé, due, dus, dues perd son chapeau…

 

AJOUTEZ en commentaire VOS PROPRES NOTES concernant vos propres fautes !! Et ne parlez plus comme une vache espagnole…

L’introduction

À quoi sert-elle ? L’introduction sert, comme son nom l’indique, à introduire, soit présenter, le travail qui va suivre. Il est donc inutile d’introduire l’introduction… sous peine de passer pour un psychopathe maniaque…

Elle doit permettre, tel un entonnoir, de guider le lecteur vers le sujet précisément abordé dans le rapport ou la soutenance, à l’écrit comme à l’oral. Pour remplir cette fonction de guide, elle est généralement composée de 3 mouvements :

– une accroche destinée à interpeller l’attention du lecteur sur un sujet en rapport avec celui du mémoire. L’accroche doit naturellement conduire au thème du rapport ;

– la problématique, généralement énoncée sous la forme d’une question à laquelle le rapport est destiné à répondre ;

l’annonce du plan, qui propose une première série de réponses synthétiques et globales à la problématique qui précède et qui permet au lecteur de savoir comment l’auteur a organisé sa pensée afin d’y répondre. Vous annoncez de quelles parties se compose votre rapport (et non pas se décompose, comme vous l’écrivez ou le dites parfois maladroitement).

Bon à savoir…

JUGÉ EN UN CLIC !!! Il ne faut que quelques lignes ou quelques minutes au lecteur ou à l’auditeur pour se faire une idée du travail de l’étudiant et le juger… Vous avez la même attitude envers un youtubeur ou, tout simplement, quelqu’un qui s’adresse à vous.

Dès l’intro, le lecteur ou l’auditeur va donc juger des qualités rédactionnelles ou organisationnelles de l’auteur, sa capacité à situer son travail dans un contexte plus vaste (accroche et thème), à formuler la problématique et à montrer, par l’annonce du plan, que son travail a bien pour objectif de répondre à cette problématique : c’est par conséquent le moment de montrer le fil conducteur de votre travail ! de montrer que vous êtes cohérent ! 🙂

RÉDIGÉE À LA FIN, mais placée au début, bien sûr. L’introduction, même si elle se place en début de rapport, comme son nom l’indique, doit être rédigée à la fin… c’est seulement à la fin de votre travail que vous aurez le recul nécessaire pour pouvoir le présenter.

À L’ORAL et pour les soutenances de STAGE : mieux vaut présenter l’entreprise dès l’introduction, en guise d’accroche (pourquoi pas ?) de façon à laisser toute la place nécessaire au déroulement de votre travail. Je vous conseille fortement d’accrocher votre public avec un objet issu de votre travail.

Écrit-on ou non le titre « Introduction » ?

OUI À L’ÉCRIT, OUI SUR LE RAPPORT : Le lecteur est seul avec votre rapport, il doit trouver l’introduction qui se trouve sur une page à part et qui porte le titre « introduction ».

– NON À L’ORAL, NON SUR LE DIAPORAMA : Dès que vous parlez, vous êtes dans l’introduction ; en fait, vous ÊTES l’introduction, vous mimez l’accroche ! Il est inutile de préciser que vous allez « faire l’introduction » comme il est inutile de préciser que vous allez « dire bonjour ».

Normes et bureautique (rapport & diaporama)

 

Ces normes ne proviennent pas du caprice de Mme Pille, elles sont issues des exigences universitaires nationales.

LE RAPPORT

Mise en page générale

– Numéroter de toutes les pages (sauf la page de garde)

– Utiliser la fonction « Saut de page » pour changer de page (menu « Insertion »)
– Justifier tous les paragraphes (aligner sur la gauche comme sur la droite) avec la fonction « Justifier le texte » prévue par les outils de mise en forme.

 

Police et ponctuation

– Choisir et conserver une police identique pour tout le document (Times ou Calibri), taille 12 pour le corps du texte, 14 ou 16 pour les titres.

– Espacer les mots par UNE espace[1], et non pas deux ou trois.

– Ne pas négliger la ponctuation : les points, les virgules et les points de suspension (…) ne sont pas PRECEDES d’une espace mais sont SUIVIS d’une espace. Les deux points, le point virgule, le point d’exclamation et le point d’interrogation sont précédés et suivis d’une espace. Les parenthèses sont précédées d’une espace à l’ouverture seulement et suivies d’une espace à la fermeture (sauf si elles sont directement suivies d’un point).

– Espacer les paragraphes de 1,5. Le retrait (ou alinéa) n’est plus obligatoire.

Les titres

– Si vous souhaitez centrer les titres, le faire avec la fonction « Centrer le texte » prévue par les outils de mises en forme (et non pas avec des flèches ou la barre d’espacement).

– Utiliser la taille 14 ou 16, en gras (Bold). Le soulignement des titres n’est plus obligatoire.

Ne laisser aucun titre en bas de page.

LE DIAPORAMA

  • Numéroter toutes les pages : cela permet au public de revenir rapidement sur un passage, un schéma, un tableau etc.
  • Inscrire votre NOM ou votre Prénom NOM ou votre adresse mail (si et seulement si elle permet la lecture aisée de votre Prénom NOM) : l’auditoire doit pouvoir retrouver votre nom, voire le moyen de vous joindre, surtout en entreprise.
  • Utiliser une Police sans serif (Arial ou Calibri)
  • Ne pas descendre en deçà de 18 – y compris pour les tableaux et schémas -c’est illisible.

 

 

 

 

 

  • Ne pas écrire trop de texte : privilégiez les mots clés et les expressions courtes. N’écrivez aucune phrase !

Pour en savoir davantage sur le rapport et le diaporama, n’oubliez pas d’aller voir :

[1] Une espace est, en typographie, un caractère particulier qui permet d’insérer un espacement blanc dans le texte. L’espace sert le plus souvent de séparateur de mots. Une espace est souvent appelée un blanc. (Wikipedia, Espace (typographie) https://fr.wikipedia.org/wiki/Espace_(typographie))

Masculin par défaut, féminin par qualité [1/2]


Partie [1/2] Cinglons des mouches !

 Le masculin est le grand oublié de la langue française !

Le masculin ne l’emporte pas sur le féminin… Le masculin, c’est par défaut qu’il l’est !

A vrai dire, quand il y a un homme, c’est flou ! Un seul homme dans un groupe, et tous les sexes disparaissent. Mais le sien n’apparaît jamais ! Regardons plutôt…

Cet homme est achevé, il n’est pas aimé.

É est la marque du participe.

Si c’était la marque du masculin, alors ÉE serait la marque d’un masculin doté d’un E ; le féminin serait le masculin et un supplément… d’âme… féminine ?

Où est la marque de l’homme ? C’est l’absence de marque qui nous indique que c’est un homme. C’est un homme… par défaut !

Où sont les hommes ? Le masculin brille par son absence.

N’est-ce pas un scandaleux procès d’intention que véhicule la langue depuis quelques siècles que nous ne parlons plus latin ?

Cette femme est heureuse.

Là oui, on sait que c’est une femme : la langue s’allonge pour saisir le féminin : –se !

Je propose donc, pour une totale égalité, qu’on rajoute un signe ressemblant à ce qui les distingue de nous, le dessin d’un sexe masculin : o!o

Cet homme est achevéo!o, il n’est pas aiméo!o. Cette femme est aimée.

Chacun sa marque. Jusqu’ici tout va bien, mais…

Il y a des gens cinglés.

Là, on ne sait pas s’il n’y a des hommes ! Et si quelques femmes se cachaient là-dedans ? En tout cas, ils sont plusieurs.

Nous pourrions donc avoir 3 écritures sans ambiguïté :

Il y a des gens cinglé-e-o!o- s. (des femmes et des hommes le sont)

Il y a des gens cinglé-e-s. (des femmes le sont)

Il y a des gens cinglé-o!o-s. (des hommes le sont)

 On sait qu’il y a des hommes et des femmes.

Oui, mais combien ? Peut-être les hommes cinglés sont-ils plus nombreux que les femmes ? Peut-être sont-elles en minorité ? Il faudrait le préciser :

Ecrivons leur nombre :

Il y a des gens cinglé-5e-3o!o-s

 Zut, il y a plus de femmes. En outre, Robert, qui est un gros masculiniste, a une couille plus grosse que l’autre et il tient à ce que ça se sache. Mais c’est le seul. Celui qui a trois couilles préfère que cela n’apparaisse pas dans l’écriture. Et ma foidéfaillante, il a droit à cette discrétion. Ce qui donne :

Il y a des gens cinglé-5e-2o!o+1o!O-s

Toutefois, il nous reste un problème d’interprétation : Cingler, c’est au sens figuré qui veut dire « fou » ou au sens propre qui veut dire « frappé » avec des ceintures, des baguettes ou des… verges ?

On peut le préciser avec un pr pour propre et fig pour figuré. Pas de problème.

Il y a des gens cinglépr-5e-2o!o+1o!O-s

 Oh, mais je ne l’avais pas vu ! IL Y A pire : IL Y A « il y a » !! et « il nous reste », et « Il faut »… pourquoi cet impersonnel usurpe-t-il le « Il » en principe masculin ? Le masculin est-il l’égal de l’impersonnel ? Du flou ? De l’indéterminé ? C’était déjà masculin par défaut… voilà que c’est rien ou masculin ou neutre ou impersonnel ou indéterminé… tout ceci étant considéré comme équivalent… le masculin est noyé. Corrigeons :

Je propose que IL l’indéterminé soit marqué d’un phallus barré ilo!o tandis que Ilo!o sera la marque de IL=garçon. Oui, on peut lire Lolo… ce qui n’est pas hyper viril.

Ilo!o y a des gens cinglépr-5e-2o!o+1o!O-s

La suite sans rire 

Masculin par défaut, féminin par qualité [2/2]

Partie [2/2] : Soyons un peu sérieux… ou : si l’on veut cesser de cingler des mouches…

 

  1. D’où vient cette absence de masculin ?

Un peu d’étymologie et quelques nouvelles des peuplades ancienne-o!o-s (oui car elles étaient constituée-o!o-s d’hommes aussi…)

La forme « aimé » vient du latin amatus (où le masculin -us est bien visible) ou amata (où le -a féminin est bien visible). Il existe même le neutre amatum, où le neutre en -um est bien visible.

La finale (-us ou –a ou -um) est tombée avec le temps et c’est amat– seul qui a donné aimé.

Aimé n’est donc pas vraiment la forme du masculin à proprement parler… c’est la forme du participe passé. Elle n’indique le masculin que par défaut du féminin : comme nous ne marquons pas le masculin, c’est masculin par défaut.

On va m’objecter que –us, c’est deux lettres tandis que -a, c’en n’est qu’une ? Que -ος en grec, c’est également deux lettres tandis que -η ou – α n’en sont qu’une. Mais il s’agissait souvent de voyelles dites longues, comptant ainsi deux temps. En outre, cette finale du féminin a une très longue histoire, bien plus longue que la finale du masculin, tellement brève que d’ailleurs, elle a disparu, comme nous l’avons noté.

Dans les langues anciennes comme le latin, le grec ou le sanskrit, où tout est détaillé et précisé, sans équivoque, genre, nombre, cas… où l’on accorde parfois avec le nom le plus proche, l’on peut cependant rappeler à notre souvenir la place des hommes… omnipotents, omniprésents, qui avaient droit de vie et de mort sur leur épouse et leurs enfants etc.

Dans la langue chinoise, « elle » et « il » se disent tous deux ! Parfaite égalité. Ils s’écrivent différemment cependant : le signe pour tâ 她 « femme » comporte deux signes « humain-féminin », le signe pour 他 « homme » contient « humain-masculin » ! Parfaite égalité. Mieux ! Le fameux « bonjour » chinois nihaô nǐ 你hǎo 好inscrit le signe féminin dans le dessin  » beau, bon »… « Bonjour » évoque le bien fait féminin. On aurait donc pu imaginer qu’à force de désigner indifféremment par des femmes et des hommes, les locuteurs chinois auraient acquis par conditionnement une parfaite vision égalitaire des sexes. Voire une légère préférence pour les femmes, sculptée qu’elle serait par l’image du féminin toujours positif dans le « bonjour » répété quotidiennement… Qu’en est-il réellement des femmes dans la société chinoise ?

Y a-t-il vraiment un lien à cet endroit de la langue, entre la langue et la pensée, le fonctionnement de la société ?

  1. Les formes dites féminines…

Que veut dire « femme » ? d’où vient ce mot ? Il signifie littéralement « qui allaite » (racine indo-européenne *dhe-). Or, aujourd’hui, n’est pas non-femme qui n’allaite pas… une telle signification explicite au vu et su de tous serait scandaleuse ! Heureusement, tout le monde ou presque a oublié l’étymologie de « femme ». Cependant, au nom de ce passé, doit-on s’appeler « humaine » ? Par souci de stricte égalité ? Ou doit-on envisager la possibilité de l’oubli de cette première signification… et que le signe désormais passé en langue ne véhicule plus vraiment l’idéologie qui s’y accollait jadis ?

N’oublions pas dans notre grande générosité que vir, qui signifie « homme » en latin au sens sexué du terme, et qui a donné viril en français, implique la notion de force. Autrement dit, les faiblards sont bannis du genre. Est-ce là aussi bien juste ? Parlons des couillus, justement.

Les langues véhiculent des idéaux. Quand elles véhiculent des tabous ou des formes de dénigrements, ça saute aux yeux. Par exemple, un couillon est un imbécile. Ça vient de « couille », qui sont de petites sacoches[1] tandis que « testicules » sont les témoins (testis). Témoin de quoi ? de la virginité. Cela conduit certains chercheurs à supposer que coexistèrent dans l’antiquité deux formes d’une même langue, celle des femmes et celle des hommes. Pour les femmes grecques, la couille est une ὄρχις, « ce qui est distant », voire « ce qui pendouille » (*or-ghi, *er- « être relâché, être distant ») – on le retrouve dans orchidée. Suivant la même hypothèse, en grec, le sein μαζός (mazos) ou μαστός (mastos) aurait été créé du point de vue de la femme, la mère nourrice tandis que les hommes le désignent du nom de στηνίον (stênion) ou στῆθος (stêthos, que l’on retrouve dans stethoscope) qui signifient « gonflement »…[2]

Dans son article « Les catégories du genre et les conceptions indo-européennes », Meillet remarque que les langues indo-européennes distinguaient un genre animé d’un genre inanimé – et c’est tout ! Par la suite, dans le déploiement de ces catégories animé / inanimé, on note que bien souvent, l’animé est devenu féminin. Par exemple, udan désigne l’eau en tant qu’élément physique tandis que le mot âpah « eau » en sanskrit renvoie à l’eau en tant qu’élément divin, magique. La nature sacrée, le féminin créateur etc.

Pour nous faire encore plaisir à nous, les femmes… notons également que les noms d’action (indo-européen en -ti) sont pour la plupart dès l’origine des noms féminins. Les femmes portent en leurs noms la création, la procréation, l’ajout / le supplément (uxor « épouse » en latin [3]) ou le nourrissage, ainsi que l’action… ce qui est loin d’être dévalorisant dans une société de chasseurs-cueilleurs telle qu’elle dut être durant des millénaires… ce qui était bien plus essentiel à la survie que d’aller faire le guignol en assemblée ou de se coller des plumes dans les poils pour faire le paon.

Dans notre monde – heureusement souvent profane, nous nous offusquons de la portée symbolique d’éléments hérités de l’histoire de notre langue en oubliant son histoire et comment elle s’est formée.

Or, il peut être bon de garder une trace de ce passé sexiste, c’est-à-dire où chacun avait un rôle assigné selon son sexe et d’avoir à l’œil ce témoignage pour ne pas oublier d’où nous venons et pour éviter d’y retourner !

  1. Un peu d’explication sur l’écriture

Une chose est la langue, une autre est son écriture. Or, dans ce domaine, personne n’a jamais fait compliqué quand on peut faire simple.

Les choix d’écriture de nos langues ont répondu à ce besoin de simplification et de rapidité. Le devanagari, qui a permis de noter le sanskrit, avait occulté les voyelles dans ses premières formes, tout comme l’écriture de l’hébreu ou de l’arabe. C’est à cause des risques de confusion pour interpréter les textes religieux que l’on a cherché le moyen de les faire apparaître.

En français moderne, c’est l’appendice masculin qui a sauté (désolée messieurs) : soit c’est féminin et on note, soit c’est masculin et on ne le précise pas. Pourtant, s’il y a une langue qui aime conserver des traces et des traces (et les TH et les PH), c’est bien le français !! Alors quid du phallus ?

 

Conclusion

On ne peut pas modifier une langue par décret. On peut obliger des enfants à l’écrire de telle ou telle façon, mais ils rencontrent déjà de grandes difficultés dans cet apprentissage. Quand on voit émerger les systèmes d’abréviation… les sms… on constate que les locuteurs souhaitent par dessus tout aller vite en laissant le soin au contexte de décrypter les ambiguïtés.

On peut en revanche obliger à voter des lois qui garantissent l’égalité des hommes et des femmes devant la loi, devant leurs droits et leurs devoirs.

La politesse et le respect ne résident pas dans ces écritures hésitantes et compliquées de l’identité sexuelle. Il paraît qu’on a plein de sexes d’ailleurs… comment les représenter tous ?

C’est le vœu fou de faire correspondre exactement le signe et le signifié… ce qui est un doux rêve absurde.

 

[1] « Couille » vient de l’occitan colha, provenant du latin coleus (culleus) « bourse, petit sac ».

[2] Revue des études arméniennes, 1984, pp. 317-325, Le langage des femmes en indo-européen d’après les isoglosses arméniennes, grecques et albanaises, de Knobloch,

[3] Revue philologique, LVII, 1983, pp.13-19, Une hypothèse sur uxor, Pierre Flobert.

Pour mémoire, mon mémoire de DEA sur la racine *Gen (engendrer) et les racines liées à la famille ici.

Quelques extraits de lectures recueillis par Lidia Lebas sur la collaboration essentielle au développement humain…

Ces extraits contribuent à défendre l’idée, développée notamment par Albert Jacquard, selon laquelle les humains se sont développés grâce à la collaboration plutôt qu’à la compétition.

François Flahault, « Pour une conception renouvelée du bien commun », revue Études, juin 2013.

Aristote : En dehors de toute société, l’homme n’est pas un homme.

Les différentes recherches scientifiques (en primatologie, en paléoanthropologie et en psychologie du développement) aboutissent à la même conclusion : l’état de nature de l’homme c’est l’état social. Confirmation des idées d’Aristote et de Thomas d’Aquin, ainsi que celles de la plupart des cultures non occidentales.

C’est seulement dans un cadre de coexistence socialisée que le nouveau-né peut trouver sa place en tant qu’être humain. Le fait d’être à plusieurs, de coexister, précède l’existence de soi.

La société étant logiquement antérieure à ses membres, il existe un lien entre le bien de chacun et le bien commun. L’une des fonctions du politique est donc de favoriser les relations humaines.

Les idées propagées par les économistes « mainstream » contemporains (ex. Hayek et Friedman) sont conformes à la conception de l’homme et de la société occidentalocentrée, diffusée par les Lumières.

Premier présupposé : les hommes sont des individus auto-existants, logiquement antérieurs à la société. La notion chrétienne d’âme, en se sécularisant, est devenue le self, support et assurance d’être dont chacun jouit de manière innée. Une telle conception de l’être humain conduit à souligner la valeur des droits individuels, qui à leur tour la renforce. Une telle anthropologie s’accompagne logiquement d’une conception utilitariste de la société.

Second présupposé : le désir humain n’est pas problématique ; son déploiement ne tend pas à s’effectuer aux dépens des autres. Il n’y a pas à redouter l’illimitation du désir : sur la base de l’intérêt bien compris se développent nécessairement des relations humaines harmonieuses.

Les institutions, la culture (au sens anthropologique du terme) et la société marchande ont pour fonction, selon cette vision, de répondre aux besoins et aux désirs ; elles n’ont pas à les gérer et à les contenir.

Selon François Flahault, contrairement au premier présupposé, le processus grâce auquel on devient soi et celui par lequel on apprend à être avec les autres ne sont pas deux processus distincts et séparés. Il s’agit d’un seul et même processus. Les modalités d’interaction relationnelles au fil desquelles l’enfant se socialise sont également celles au gré desquelles se constitue sa personne et son sentiment d’exister.

Et contrairement au second présupposé, le désir d’exister, comme Aristote l’avait déjà souligné, est illimité. Cette illimitation va à l’encontre de la coexistence et de la nécessaire limitation que celle-ci implique. Et puisque le fait d’être avec les autres est constitutif de l’existence même de chacun, l’illimitation produit des effets déshumanisants et destructeurs. Ce qui fait que notre humanité ne vient pas uniquement de l’intérieur de nous, mais aussi de ce qui nous maintient dans un cadre de coexistence, de ce qui, en limitant l’expansion de notre désir d’exister, nous permet d’avoir une place parmi les autres.

Michael Tomasello, A Natural History of Human Thinking, Cambridge, Massachusetts, London, England: Harvard University Press, 2014.

Les résultats des recherches comparant les humains (en observant notamment le comportement de jeunes enfants) et les grands singes, menées depuis une vingtaine d’année, confirment que l’interaction sociale coopérative est la clé de la spécificité cognitive de l’espèce humaine. Une fois que nos ancêtres ont réussi à réunir leurs esprits pour poursuivre des buts communs, l’espèce humaine s’est mise sur sa propre voie d’évolution.

Selon Tomasello, nos ancêtre pré-humains, comme les grands singes d’aujourd’hui, étaient des êtres sociaux qui pouvaient résoudre des problèmes grâce à la pensée. Mais ils étaient presque entièrement compétitifs, poursuivant uniquement des buts individuels. Les changements écologiques les ont forcés à trouver des fonctionnements plus coopératifs, en obligeant les premiers humains à coordonner leurs actions et à communiquer leurs idées à leurs partenaires collaboratifs. L’hypothèse d’« intentionnalité partagée » de Tomassello, permet de concevoir la façon dont ces formes de vie plus complexes socialement ont conduit au développement d’une forme de pensée plus complexe conceptuellement. Afin de survivre, les humains ont appris à envisager le monde selon les perspectives multiples (en devenant donc capable de prendre en compte le point de vue d’autrui) et à ajuster leur propre pensée aux standards normatifs du groupe. Le langage et la culture eux-mêmes qui ont surgi du besoin préexistant de coopérer.

Bernard Victorri, Homo narrans : le rôle de la narration dans l’émergence du langage, Langages, n°146, 2002, pp. 112-125.

Le système de communication des hominidés se serait développé par étapes. Les hominidés qui nous ont précédés étaient dotés d’un protolangage, qui était un système de communication plus rudimentaire que le langage proprement dit, servant à communiquer uniquement sur la réalité sensible immédiate, sans rendre possible l’évocation d’événements passés ou imaginaires.

Le passage du protolangage au langage aurait été déclenché par l’émergence d’une nouvelle fonction de communication : la fonction narrative, qui a surgi du besoin de raconter des événements passés. Afin de pouvoir remplir cette fonction, le système de communication de nos ancêtres a dû se complexifier progressivement en se dotant de nouvelles propriétés syntaxiques et sémantiques.

Le contexte de l’apparition de la fonction narrative a été celui d’une dérégulation sociale. Cette dérégulation s’est produite à la suite de l’évolution des hominidés résultant dans l’augmentation de leur intelligence, et entraînant par là même la disparition des instincts biologiques qui permettaient de réguler les comportements agressifs au sein du groupe. [On peut faire le lien avec le « changement écologique » mentionné, par Tomasello.] Cela a fini par mettre en péril la survie de l’espèce, du fait que, en agissant « intelligemment » pour se protéger de rivaux, des individus n’hésitaient pas à s’entretuer, en provoquant la propagation de la violence au sein du groupe. Pour compenser la perte de contraintes biologiques, et pour se protéger, notre espèce a réussi à développer des contraintes sociales, consistant dans des interdits explicites. Cela a été accompli grâce à la narration et à sa ritualisation, permettant aux membres du groupe de se remémorer collectivement des événements dramatiques passés et leurs conséquences désastreuses, en créant ainsi la régulation sociale, via la pression du groupe, des comportements individuels. [Ainsi, on retrouve le facteur « coopératif » et « social » dans cette hypothèse : les humains ont dû coopérer, en se laissant influencer les uns par les autres, pour défendre leur intérêt commun, au détriment des intérêts individuels responsables de comportements menaçant l’intérêt commun.]

Pour une école de l’exigence intellectuelle Changer de paradigme pédagogique Jean-Pierre Terrail La dispute / L’enjeu scolaire, 2016

 

Dès l’introduction, l’auteur commence par un constat qui d’emblée nous saisit :

(p. 11) « On ne discute guère aujourd’hui des missions de notre système éducatif autrement que pour rappeler ses responsabilités dans la préparation des qualifications requises par le marché du travail, ainsi que dans le maintien de la paix sociale et de la cohésion nationale.

Ce livre part d’une autre conviction : celle de l’exigence, dans le monde d’aujourd’hui, d’une éducation scolaire pour tous de haut niveau, une éducation qui ne vise pas d’abord à inculquer des messages, mais à former des capacités instruites de réflexion et d’analyse. »

 

Jean Pierre Terrail s’apprête à remettre en cause l’école, mais par un biais seulement : la culture de l’écrit. Il n’aborde pas le manque de formation manuelle, par exemple, mais il n’y est sans doute pas hostile, puisqu’il cite en exemple, vers la fin du livre, les méthodes Freinet et Montessori.

Il identifie dès les premières pages le cœur du problème : l’entrée des élèves de classes populaires dans la culture de l’écrit – problème auquel les différentes pédagogies nouvellement mises en œuvre au sein de l’éducation nationale depuis les années 80 ne répondraient absolument pas. En effet, il semble que toutes s’appuieraient sur une hypothèse (ou un paradigme) qu’il devient selon lui urgent de remettre en cause : les inventeurs de ces nouvelles pédagogies et des réformes qu’ils promulguent penseraient que les enfants de classes populaires accusent un déficit de ressources langagières et, partant, intellectuelles, inhérent à leurs origines sociales.

C’est le « plan de rénovation de l’enseignement du français à l’école élémentaire » (pp. 70-72) (p. 20) qui aurait sonné le début de la catastrophe.

Ces nouvelles pédagogies suivent une méthode divisée en étapes, dont la première est la découverte, ceci pour éviter l’ancienne pédagogie dite « frontale ». Or ce détour, non seulement serait inutilement chronophage mais en outre, il détournerait l’élève du véritable objectif poursuivi par l’enseignant (pp. 29 et sqq : des exemples).

Ce détour serait fondé sur un préjugé que l’auteur dénonce :

(p. 46) « Les faibles sont censés pouvoir manipuler les moyens, accéder à la logique de la représentation pictographique, les forts, à l’abstraction de la langue écrite. »

C’est ce que l’auteur désigne sous le nom de principe ou paradigme « déficitariste », la « conviction de l’insuffisance des ressources intellectuelles et des capacités d’abstraction des enfants des classes populaires. » (p. 54)

L’auteur interroge l’adhésion du monde éducatif avec pertinence et audace (p. 55)

Pourquoi ? L’appartenance de ses membres aux nouvelles classes moyennes ; ainsi se reconnaissent-ils dans ces nouvelles pédagogies. Mais, curieusement, les enseignants s’occupent souvent eux-mêmes de leurs propres enfants et, pour les mêmes raisons, les classes préparatoires sont très fréquentées par les enfants d’enseignants : or la pédagogie frontale qui y semble de mise n’est jamais remise en question.

Pourquoi personne n’agit contre ces nouvelles pédagogies dévastatrices ?

Parce qu’on préfère toujours faire l’autruche (dixit p. 67), parce que les experts aiment leur expertise, renforcent plutôt leurs techniques en insistant sur la formation des compétences, et préfèrent accuser une mise en pratique trop faible de leurs pédagogies dans les écoles…

La langue en question…

Puisqu’il s’agit apparemment d’un problème de compétences linguistiques, interrogeons la linguistique.

(p. 72) « La thèse du handicap socioculturel est en règle très générale tenue pour une conséquence de l’inégalité des ressources linguistiques et culturelles dont disposent les enfants des différents milieux sociaux face aux exigences des apprentissages scolaires. »

Or quelles sont les véritables ressources des enfants du peuple ? D’après l’auteur, les compétences linguistiques sont égales ; c’est une « acquisition quasi universelle » (p. 73). De fait, puisque « apprendre à parler, c’est apprendre à penser » (p. 73), tous les enfants ont accès à l’abstraction.

Les réponses des travaux fondateurs de la linguistique moderne portent sur trois registres (Saussure, Jakobson, Benveniste) :

– « Celui de l’abstraction d’abord. La langue est le système le plus abstrait de représentation humaine. » (p. 73)

– « Celui de la pensée réfléchie. Les langues humaines permettent de former des phrases susceptibles de décrire et d’interroger tous les objets du monde, et parmi eux, le langage lui-même. » (p. 74)

– « Celui du raisonnement logique. La formation des phrases permet d’interroger les objets du monde et du même coup leurs relations mutuelles, et d’identifier parmi ces dernières celles qui apparaissent dotées d’un lien nécessaire, en distinguant les relations de simple consécution des relations de causalité. « (p. 75)

L’auteur conclut de ces constats que « tous les enfants entrent au CP munis de cet outillage mental. […] Chacun y arrive doté de sa propre histoire et de ce fait d’une intelligence unique, plus ou moins développée et aiguisée sous tel ou tel angle ; mais ils sont égaux dans la disposition du même outillage de base, qui comprend tout ce dont l’école a besoin de trouver chez ses bénéficiaires, en matière de potentiel de pensée rationnelle, pour conduire de façon satisfaisante leur appropriation de la culture écrite. » (p. 75)

Il n’y a donc aucune raison de faire des distinctions entre élèves dans leur plus jeune âge. L’auteur apporte des preuves contre les pédagogies différenciées (p. 77). Il faudrait refuser par exemple les dénivelés d’exigences qu’elles instaurent d’emblée (p. 78).

Quelques exemples et enquêtes montrent que suivre un manuel produit d’excellents résultats (p. 86) tandis que livrer l’élève à trop de liberté produit l’échec : il s’agirait surtout pour eux de la liberté de « perdre pied. » (p. 87)

Comment mettre en place une école de l’exigence ?

L’école a « décidément un besoin crucial de s’assurer du ‘calme renfort de la raison » (formule de Pennac), à l’écart des trépidations extérieures. »

  • L’adhésion : La condition primordiale consiste bien entendu à obtenir l’adhésion des jeunes…

(p. 94) « L’adhésion des jeunes dépendant de deux critères essentiels, une conduite efficace des apprentissages, qui leur donne du sens ; et un comportement des adultes à la fois déterminé et compréhensible, respectueux et dépourvu d’arbitraire comme d’autoritarisme. »

Pour cela, il faudrait considérer « qu’attribuer [aux professeurs] un statut plus autonome et plus responsable, en leur assurant une formation initiale et continue à la hauteur, et en les dotant des moyens d’expérimenter et d’innover, de travailler collectivement, de dialoguer avec les chercheurs, constituerait une condition essentielle de la démocratisation de l’école. » (p. 96)

  • De l’exigence et du temps libre : Il faudrait ne jamais se priver de l’exigence des bons termes, ne pas donner de devoir à la maison – sans quoi on renvoie l’enfant à son contexte familial, et toujours engager le dialogue avec l’élève concerné par des difficultés.
  • Le temps de la fameuse découverte : La pédagogie de la découverte devrait « permettre à l’élève tout à la fois de se poser par lui-même la question à laquelle répond le savoir visé, plutôt que de se contenter d’enregistrer une connaissance dont il ne sait d’où elle vient ni à quoi elle sert ; et de s’essayer à reconstruire par lui-même ce savoir dont on lui fournit les ingrédients essentiels. » (p. 102) Mais la pratique montre que ce déroulement idéal n’a jamais lieu : l’étape de découverte occupe un temps trop important pour construire correctement le savoir. C’est dommage car cette étape « vise à privilégier l’esprit d’investigation » et « engage l’élève dans un véritable travail intellectuel, dans une démarche de recherche pleinement signifiante. » (p. 106)
  • Du plaisir : « Quoi qu’il en soit, le plaisir d’apprendre et de comprendre est la seule motivation, intrinsèque à l’acte d’apprentissage, sur laquelle une pédagogie de l’exigence puisse s’appuyer. […] Ce plaisir est si puissant que ceux qui l’ont goûté véritablement y renoncent difficilement. Une pédagogie qui le place à son principe n’a pas à l’inventer ou à le promettre : son seul problème est de permettre à ses publics d’y accéder effectivement. Et de ne pas en décourager la quête par des échecs répétés, au risque de susciter la crainte de ne plus l’éprouver, qui passe à l’ordinaire pour paresse intellectuelle. » (p. 106)
  • De l ‘autorité : Souvent confondue avec l’autoritarisme, surtout dans le contexte politique actuel dominée par une réaction conservatrice. (p. 111), « L’autorité du maître dont l’action pédagogique ne s’appuie ni sur la force ni sur le droit, ne pourra dans ces conditions paraître légitime que s’il est effectivement perçu comme « l’allié dans la place ». La chose est pourtant rarement reconnue par ceux qui s’intéressent à l’ordre scolaire (p. 114). Le respect à tout prix de la discipline et de l’ordre engendre le mépris de la transmission des savoirs… (p. 116) Dans la réussite des élèves, il ne faut donc pas négliger « le rôle que peut jouer une conduite des apprentissages qui donne aux élèves le sentiment qu’en acceptant l’autorité de ces enseignants, ils apprennent vraiment quelque chose et ne perdent pas leur temps. » (p. 118)

Des pédagogies qui ont fait en partie leur preuve : Freinet et Montessori

Les pédagogies Freinet et Montessori sont en partie analysées pour en montrer les grands avantages (p. 118) et déplorer qu’elles ne reçoivent pas davantage de moyens. Elles présentent toutes deux les points communs suivants :

– elles se sont construites contre l’autoritarisme (mais ne négligent pas l’autorité)

– elles ont banni la concurrence : « Celle-ci est soigneusement évitée, et toute notation dès lors logiquement bannie, chez Freinet, au titre d’un encouragement démocratique à l’entraide et à la solidarité, chez Montessori, dans le souci d’assurer aux élèves les meilleures conditions d’épanouissement psychique. » (p. 121)

« L’intérêt majeur d’une suppression des notes est de recentrer l’activité des élèves sur l’appropriation des savoirs valorisée en elle-même, et celle des maîtres sur une conduite des apprentissages déterminée à ce qu’ils aboutissent pour tous. » (p. 132)

« Cette école sans notes et sans concurrence n’est pas une utopie : c’est ainsi que fonctionnent les écoles Freinet et Montessori, ou l’école fondamentale en Finlande, et sans dommage pour la qualité des apprentissages. Il s’agit ici de tout autre chose que de supprimer les notes en primaire pour ne pas agresser la fragile psyché de nos bambins : il s’agit de subvertir la logique d’ensemble du système éducatif et de rendre impossibles ces anticipations ravageuses de l’échec qui opèrent aujourd’hui dès la maternelle. » (p. 130)

Les obstacles qui empêchent le changement

  • L’effet de reproduction entraîne un effet de légitimation auquel les classes élevées sont attachées.
  • Les zones en difficulté sont moins dotées que les autres.
  • Le système contraint les enseignants à prendre des décisions en dépit du bon sens (redoublement, classe d’âge, notation etc.)

« Sans doute l’immense majorité des enseignants souhaitent-ils faire progresser tous leurs publics ; mais l’institution qui les emploie leur signifie d’avance qu’ils n’y parviendront pas, et met à leur disposition les moyens d’enregistrer et de valider les échecs plutôt que ceux qui seraient nécessaires pour assurer la réussite de tous. » (p. 127)

Le contexte politique favorise malheureusement la concurrence entre élèves

Enseigner dans la concurrence pourrait constituer, selon l’auteur, le principal problème. Il se nourrit malheureusement du paradigme déficitaire : « L’expérience du dernier demi-siècle le montre à l’envi : des idées de gauche sont tout à fait compatibles, sur le mode compassionnel, avec une conviction déficitariste que les idées de droite, de leur côté, portent assez naturellement à partager. » (p. 124)

Mais cela s’explique : « Les élites dirigeantes conçoivent volontiers l’école, depuis des siècles, comme un moyen de formater le sens commun. Une école démocratique pour sa part ne peut s’assigner pour objectif que de mettre les futurs citoyens en mesure d’appréhender par eux-mêmes ce qui se joue véritablement avec ces questions « socialement vives ». (p. 135)

« Ces luttes sont difficiles pour une raison simple, mais extrêmement puissante ; dans chaque domaine d’activité, la moindre issue démocratique met désormais directement en cause la domination sociale qui a marqué la vie de l’humanité depuis la fin des premières sociétés de chasseurs-cueilleurs. Émancipation démocratique ou barbarie : nous sommes au pied du mur, sans échappatoire. […] C’est une question de choix de société. Une question politique avant d’être pédagogique, même si le refus de l’affronter se pare de conviction déficitariste et d’engagement compassionnel. » (p. 138 FIN).

 

Traité d’Athéologie – Michel Onfray

Que les choses soient claires, moi j’aime bien Onfray… malgré son côté un peu borderline, malgré son amour immodéré pour les méandres de la discussion, ses accumulations presque lyriques d’adjectifs et ses caricatures virulentes pleines d’ironie… Dans ce Traité d’Athéologie, justement, les réflexions nourrissantes autour du terme « athée » – qui implique la présence de ce que le mot nie – et les éléments historiques instruits sont accompagnés d’une véritable satire à l’encontre des religions monothéistes, un pamphlet ou une diatribe parfois véhémente, qui en deviendrait presque hilarante (si l’on n’est pas un cul béni ou une none voilée).

Quelques passages à retenir !

A la recherche des athées d’antan : oui, il y a depuis longtemps des gens qui bataillent contre les dogmes religieux…

Cristovao Ferreira écrit en 1614 la Supercherie dévoilée : « Dans une trentaine de pages seulement, il affirme : Dieu n’a pas créé le monde ; d’ailleurs le monde l’a jamais été : l’âme est mortelle ; il n’existe ni enfer ni paradis, ni prédestination ; les enfants morts sont indemnes du péché originel qui, de toute façon, n’existe pas ; le christianisme est une invention ; le décalogue, une sottise impraticable ; le pape, un immoral et dangereux personnage ; le paiement de messes, les indulgences, l’excommunication, les interdits alimentaires, la virginité de Marie, les rois mages, autant de billevesées ; la résurrection, un conte déraisonnable, risible, scandaleux, une duperie ; les sacrements, la confession, des sottises ; l’eucharistie, une métaphore ; le jugement dernier, un incroyable délire… » (59)

Ça commence fort… et après lui, le miracle : L’abbé Meslier, curé d’Etrépigny dans les Ardennes, écrit un volumineux Testament qui dénonce violemment le christianisme… Puis viennent ensuite : « La Mettrie le furieux jubilatoire, dom Deschamps l’inventeur d’un hégélianisme communaliste, d’Holbach l’imprécateur de Dieu, Helvétius le matérialiste voluptueux, Sylvain Maréchal et son Dictionnaire des athées, mais aussi les idéologues Cabanis, Volney ou Destutt de Tracy habituellement passés sous silence…  » (60)

Alors pourquoi un tel silence sur tous ces travaux ? Onfray explique que pour nos gouvernements actuels, il serait peut-être souhaitable d’enseigner le fait religieux – et non le fait athée – afin de familiariser à nouveau le peuple avec cette conception de la transcendance et du divin, ces hauteurs qui n’ont de compte à rendre à personne… parce que sinon, si l’on voulait vraiment éclairer le fait religieux, il faudrait également montrer du doigt les contradictions internes, par exemple catholiques : la date de la messe de Noël, volée à Sol Invictus, les évangiles apocryphes, la crèche et le concile sur l’iconophilie, la crucifixion impossible de Jésus… (p.87)

Quels seraient des Principes d’athéologie ?

« Déconstruire les trois monothéismes et montrer combien […] le fond demeure le même.

[…] Une série de haines violemment imposées dans l’histoire par des hommes qui se prétendent dépositaires et interprètes de la parole de Dieu – les Clergés : haine de l’intelligence à laquelle les monothéistes préfèrent l’obéissance et la soumission ; haine de la vie doublée d’une indéfectible passion thanatophilique ; haine de l’ici-bas sans cesse dévalorisé en regard d’un au-delà, seul réservoir de sens, de vérité, de certitude et de béatitude possibles ; haine du corps corruptible, déprécié dans le moindre détail quand l’âme éternelle, immortelle et divine est parée de toutes les qualités et de toutes les vertus ; haine des femmes enfin, du sexe libre et libéré au nom de l’Ange, cet anticorps archétypal commun aux trois religions. » (95)

Le pur et l’impur, le licite et l’illicite occupent davantage les musulmans et les juifs que les chrétiens. Néanmoins, c’est par opportunisme que Paul s’est débarrassé de ces interdits : il devait convertir des polythéistes en nombre, des païens. Onfray se moque joyeusement des séries d’interdits et on sourit (110-114)

D’après Onfray, les religions procède de la pulsion de mort : nous avons peur de mourir, alors nous nous y préparons et nous imaginons volontiers que cette vie, qui nous semble refusée avant même de commencer, n’est finalement qu’un passage vers autre chose qui nous serait promis. Excellent levier à exploiter pour ceux qui souhaiteraient asservir les autres. La pulsion de mort comme pulsion des 3 monothéismes est le fil conducteur d’Onfray.

Mais Onfray oublie parfois, à mon humble avis, que les polythéismes ne proposaient guère autre chose que des paradis, des au-delà, des Charon passeurs et des métempsychoses, y compris Pythagore, et une peur ou une haine des femmes, recluse dans leur gynécée et dépendantes toujours de leur père puis de leur mari. Il explique bien qu’Eve, qui pèche par volonté de savoir, est le pendant monothéiste de Pandore… Mais la légende d’Eve, récupérée par le monothéisme, éclot dans un monde polythéiste.

Pour Onfray, le message religieux est le même : il vaut mieux vivre sans savoir mais en croyant plutôt qu’en connaissant la brutalité de notre existence.

L’avorton hystérique : Paul de Tarse, très coupable

« L’amplification et la promotion de cette fable par Paul de Tarse qui se croit mandaté par Dieu quand il se contente de gérer sa propre névrose ; sa haine de soi transformée en haine du monde ; son impuissance, son ressentiment, la revanche d’un avorton – selon son propre terme… – transformés en moteur d’une individualité qui se répand dans tout le bassin méditerranéen ; la jouissance masochiste d’un homme étendue à la dimension d’une secte parmi des milliers à l’époque. » (96)

Accusé au premier chef par Onfray, il n’a pas de mot assez dur pour lui tout au long de son Traité, et plus particulièrement dans un chapitre entier La contamination paulinienne (175 à 185) où l’on découvre un portrait truculent et hilarant (je vous laisse chercher la liste des maladies probables de Paul…)

Sur l’existence de Jésus

Sur l’existence de Jésus, Onfray interroge la fiabilité des trois petites sources que nous possédons : les Antiquités de l’historien Flavius Joseph, les Annales de Tacite, la Vie des douze Césars de Suétone. Il est probable que les moines chrétiens aient recopié ces textes en ajoutant sans scrupule une mention à Jésus ; à l’époque, on n’aborde pas le livre avec le même respect ou souci de l’authenticité. Prosper Alfaric ou Raoul Vaneigem, ultra-rationalistes, soutiennent la non-existence de Jésus. Ce qui est certain, c’est qu’à cette époque, la région familière à Jésus pullule de révoltés, notamment contre l’oppresseur occupant, les romains (Thedeus, Jacob et Simon, Menahem dans le Ier siècle après J.-C.)

Le nom Jésus signifie « Dieu sauve, a sauvé, sauvera« . Le nom a-t-il porté l’homme ? ou le nom a-t-il été donné plus tard à l’ectoplasme (dixit) ? Onfray s’interroge « Qui est l’auteur de Jésus ? Marc. » (164). Marc donne à ce personnage tout ce dont il a besoin pour convaincre et surtout séduire un public. Si l’on compare l’histoire de Jésus à celles de Pythagore, Platon ou Socrate, que découvre-t-on ? La mère vierge ou visitée par un dieu, comme celle de Platon, visitée par Apollon, ou Pythagore, qui serait devenu lui-même Apollon. Les miracles et prédictions de Jésus se retrouvent chez Empédocle ou Anaxagore. Socrate est également hanté par un daimon, une voix intérieure. Lui aussi meurt pour ses idées. Lui aussi avait des disciples. Et la résurrection ? Pythagore ressuscite lui aussi, mais il attend 200 ans.

Les évangiles écartés, apocryphes, ne sont pas si contradictoires ; simplement, ils brouillent et empêchent l’impact efficace du monolithe reconstruit de la vie de Jésus. Malgré tout, demeurent des contradictions entre les évangiles synoptiques : aide-t-on oui ou non Jésus à porter sa croix ? apparaît-il à une ou plusieurs personnes après sa mort ? (171) De plus, il est improbable que Pilate ait daigné s’adresser à Jésus : le dialogue est construit (172) ; à cette époque, on ne crucifie pas les juifs, mais on les lapide (172) Même crucifié, les mis à morts de cette façon ne sont jamais conduits dans un tombeau mais rejoignent plutôt la fosse commune après avoir été déchiqueté par les chiens et les rapaces… et enfin, pourquoi les douze apôtres ne se chargent-ils pas eux-mêmes de porter la bonne parole ?

Le pouvoir du Livre sur les livres

« La Torah n’est pas si vieille que l’affirme la tradition ; Moïse est improbable ; Yahvé n’a rien dicté ; sûrement pas dans une écriture inexistante au temps de Moïse ! Aucun évangéliste n’a connu personnellement le fameux Jésus ; le canon testamentaire procède de décisions politiques tardives, notamment quand Eusèbe de Césarée, mandaté par l’empereur Constantin, constitue un corpus à partir de vingt-sept versions, nous sommes dans la première moitié du IVè siècle ; les écrits apocryphes sont plus nombreux que ceux qui constituent le Nouveau Testament. Mahomet n’a pas écrit le Coran ; ce livre existe d’ailleurs en tant que tel seulement vingt-cinq ans après sa mort ; la deuxième source d’autorité musulmane, les Hadith, voit le jour au IXè s, soit deux siècles après la disparition du Prophète. De quoi constater dans l’ombre des trois Dieux la présence très active des hommes…« (p116)

La Bible aurait été écrite entre le XIIè et le IIè selon certains, entre le IIIè et le IIè selon d’autres… (p205) les Evangiles dateraient des années 50, mais aucune copie n’existe avant la fin du IIè ; aucun apôtre n’a écrit son témoignage, aucun évangéliste n’a connu Jésus. Le corpus définitif est fixé en 1546 (Concile de Trente) à partir du texte hébreu traduit au IVè/Vè par Jérôme.

La Torah est fixée dans la forme qu’on lui connait IIIè (206), le Talmud vers 500 puis la Bible hébraïque vers l’an 1000. Onfray de souligner en repères moqueurs les écrits des contemporains, respectivement, Diogène Laërce, Boèce, Avicenne… et de conclure :

« Si l’on retient en amont la datation la plus ancienne (XIIè) pour le plus vieux livre vétérotestamentaire, puis, en aval, la fixation du corpus néotestamentaire au concile de Trente (XVIè), le chantier des monothéismes s’étale sur vingt-sept siècles d’histoire mouvementée. Pour des livres directement dictés par Dieu à ses ouailles, les occasions intermédiaires se comptent par dizaines. Pour le moins, elles appellent et méritent un réel travail archéologique. » (207) Chapitre suivant Onfray s’amuse à égrener les contradictions internes aux fameux trois livres et s’en donne particulièrement à cœur joie p.220-222.

Malheureusement, c’est bien au nom de ces trois livres contradictoires, recopiés, falsifiés, augmentés, rétrécis que ses défenseurs condamnent les autres livres.

Marwan, gouverneur de Médine, détruit les versions existantes du Coran pour éviter confrontation historique et incohérence qui témoignerait trop de la présence humaine.

Paul de Tarse – l’avorton – appelle à brûler tous les livres non-chrétiens. Constantin commence l’œuvre largement. L’Index des livres prohibés date du XVIè et compte : Montaigne, Pascal, Descartes, Kant, Malebranche, Spinoza, Locke, Hume, Berkeley, Rousseau, Bergson…

Pas d’invention ou de découverte scientifique majeure en terre d’Islam… quant aux chrétiens, l’Eglise s’efforce d’étouffer ce qu’on associe aux faux dieux : Euclide, Archimède, Eratosthène, Ptolémée, l’héliocentrisme d’Aristarque par ex…

Elle condamne l’atomisme de Leucippe et de Démocrite (dès le Vè av JC, Démocrite pense l’atome par intuition). Le péché de matérialisme est le plus condamnable : Giordano Bruno (1600) puis Galilée. Pourquoi ? Parce que cela remet en cause la transsubstantiation (ceci est mon corps, ceci est mon sang… non ce n’est pas du pain et du vin…)

« Voilà le danger de l’atomisme et du matérialisme : il rend métaphysiquement impossibles les billevesées théologiques de l’Eglise ! »

Evidemment opposé aux théories de l’évolution, Darwin… et à la médecine : LE livre, c’est ce qui ne doit pas changer !

Quand Onfray se moque des absurdités auxquelles il faudrait croire

Un passage très intéressant et instruit sur la castration et l’excision… qui sont comparés, sans doute à juste titre, comme d’égale mutilation (146-154)

Onfray passe en revue les interdits et les obligations, ainsi que les croyances imposées, comme celles dévolues aux anges : « volailles béates, ils ne connaissent pas la faim et la soif, ils se nourrissent tout de même de manne – l’ambroisie des dieux païens -, mais bien sûr, ne défèquent pas ; joyeux oiseaux, ils ignorent la corruption, la déchéance et la mort. »

Ne parlons pas des descriptions du Paradis ! (p140-143)

Quant aux femmes, ces êtres secondaires, les monothéismes affichent un mépris sûrement salutaire pour l’humanité croyante : sont-elles associées à l’intelligence ? à la tentation ? Elles sont en tout cas perçues comme dangereuses et devant être détruites. Elles sont associées au danger pour que l’homme ne se consacre qu’à Dieu (et donc exclusivement au maître – humain, son représentant sur terre… (142) « Les religions du Livre détestent les femmes : elles n’aiment que les mères et les épouses« . Un bémol là encore, c’est aussi le cas des polythéismes grecs, latins et hindous…

Pour conclure…

Au final, dans ce livre très riche en anecdotes et remarques pertinentes, parfois perclus de satire légèrement caricaturale, on comprend le fil rouge d’Onfray : la religion permet de répandre la pulsion de mort. Elle dévalorise tout ce qui fait le sel de nos vies pour en valoriser tous les aspects morbides. Point par point, il revient en détail sur tous les méfaits collectifs engendrés au nom de croyance en des ectoplasmes et des révélations sans preuve… les hommes aiment-ils le mensonge ? C’est peut-être ce que disait l’admirable Homo Sapiens.

Onfray conclut avec une bibliographie commentée ! C’est original et très appréciable de pouvoir consulter ses propres sources en constatant également quelle fut sa lecture de chaque ouvrage cité.

Malgré les passages un peu abusifs susmentionnés (et d’autres qui comparent volontiers le dictateur Constantin au dictateur Hitler) et le fait qu’il s’agisse davantage d’une diatribe que d’un traité, en tant qu’athée réjouie, je me suis régalée.

« L’ectoplasme [comprenez Jésus] a besoin de l’hystérique [comprenez Paul de Tarse] pour son incarnation, mais c’est le dictateur [comprenez Constantin vs Hitler] qui réalise l’extension du corps de Jésus à l’Empire… » (303)

N’est-ce pas savoureux ?

Traité d’Athéologie – Grasset – Le livre de poche – 2005