La lune et la mystique lunaire (2)

La lune et la mystique lunaire (2)

Cet article est une simple recension d’extraits du Traité d’histoire des Religions – Mircea Eliade*

Ce traité est une synthèse des éléments qui constituent les religions primitives comme récentes ; l’organisation n’est ni chronologique ni fonction des grands courants religieux que, a posteriori, nous dessinons aujourd’hui (les polythéismes, les monothéismes etc…). Chaque chapitre propose une synthèse des symboles ou éléments communs aux mythes, croyances et légendes du monde entier, et qui constituent bien souvent le substrat des religions qui, aujourd’hui encore, perdurent.

Vous lirez ici une synthèse de la seconde moitié du chapitre La lune et la mystique lunaire, (les 6 dernières parties)

Symbolisme lunaire

Le serpent est associé symboliquement aux puissances de fécondité, de régénération, d’immortalité par métamorphose, de par son destin lunaire. Mais il faut bien comprendre que loin d’être juxtaposées, ces valeurs sont une : « Saisi à travers les expériences religieuses, le monde se révèle comme une totalité. »

La Lune et la Mort

La lune symbolise également la régénération ; « de nombreuses divinités lunaires sont en même chtoniennes et funéraires (Mên, Perséphone, probablement Hermès, etc. »

Chez les indiens, on trouve l’idée que les morts les plus valeureux s’en vont dans la lune.

Chez les pythagoriciens, la notion d’empyrée uranien est rendue célèbre : « c’est dans la lune que se trouvaient les Champs Elysées, où se reposaient les héros et les Césars (ref. dans Cumont, 184, n.4). « Les îles des bienheureux » et toute la géographie mythique de la mort furent projetées sur les plans célestes : lune, soleil, voie lactée. »

La Lune est cependant perçue comme une étape dans l’attente d’une nouvelle vie.

Nous retrouvons la conception de la lune comme séjour des âmes des morts dans plusieurs témoignages iconographiques assyro-babyloniens, phéniciens, hittites, anatoliens.

« Le symbole funéraire de la demi)lune est fréquent dans l’Europe entière (ibid.213 sq). Cela ne veut pas dire qu’il a été introduit en même temps que les religions romano-orientales à la mode sous l’Empire ; car, en Gaule, par exemple (ibid., 217), la lune était un symbole autochtone utilisé bien avant le contact des romains. La « mode » s’est contentée de ramener à l’actualité des conceptions archaïques en formulant une tradition préhistorique en termes neufs. »

La Lune et L’initiation

La mort n’est pas définitive.

« Une foule de mythes parlent du « message » transmis par la lune aux hommes par l’intermédiaire d’un animal (lièvre, chien, lézard, etc.) et dans lequel elle assure que : « tout comme je peurs et ressuscite, ainsi tu mourras et reviendras à la vie ». Soit pas stupidité, soit par méchanceté, le « messager » communique exactement le contraire et assure que l’homme, à la différence de la lune, ne revivra plus une fois mort. »

Ce mythe est répandu en Afrique et dans les îles Fidji, en Australie etc.

La croyance en la résurrection se retrouve également dans le cadre de l’apologétique chrétienne. Les initiations consistent parfois à simuler une mort (« expérimenter une mort rituelle ») après laquelle l’homme est un « homme nouveau ». Les initiés devaient avoir passé, parfois, 4 jours dans la forêt où leur sont révélés les secrets rituels.

Osiris, une fois mort, est enfermé dans un cercueil et caché. Seth, alors qu’il chassait, le découvre une nuit de lune ; il partage alors le cadavre d’Osiris en 14 morceaux qu’il répand sur tout le territoire égyptien (De Iside, 18).

Symbolisme du « devenir » lunaire

Le « devenir » est la norme lunaire. Qu’il soit observé dans ses moments dramatiques – naissance, plénitude et disparition de l’astre, – ou mis en valeur comme un « fractionnement », une « numération », ou perçu par intuition comme le « chanvre » dont sont ourdis les fils du destin, cela dépend sans doute des capacités mythiques et raisonnantes des diverses peuplades, ainsi que leur niveau culturel. »

« Que la lune « mesure » et « partage », non seulement les étymologies mais encore les classifications archaïques le prouvent. »

Cosmobiologie et physiologie mystique

« Ces homologations ne remplissent pas seulement une fonction classificatrice. Elles ont été obtenues par un effort d’intégration totale de l’homme et du Cosmos dans le même rythme divin. »

Le tissu et le tisserand – « La lune « relie » ensemble, par son mode d’être, une foule immense de réalités et de destins. Harmonies, symétries, assimilations, participations, etc., coordonnées par les rythmes lunaires, constituent un « tissu » sans fin, un « réseau » […] Ce sont des déesses séléniques qui ont inventé la profession de tisserand (comme la divinité égyptienne Neith), ou qui sont célèbre dans l’âge du tissage (Athéna châtie Arachné qui a osé rivaliser avec elle) »

« Evidemment, nous avons affaire à des formes complexes, ayant cristallisé mythes, cérémoniaux et symboles appartenant à des ensembles religieux différents, et qui ne sont pas toujours directement issues de l’intuition de la lune en tant que normes des rythmes cosmiques et support de la vie et de la mort. Par contre, nous trouvons présente les synthèses Lune-Terre-Mère avec tout ce qu’elles signifient (ambivalence bien-mal ; mort-fertilité ; destin). »

Attention, d’autres sont associés et assemblés dans ce réseau.

La lune et le destin

La lune est souvent représentée par une énorme araignée, car tisser ne signifie pas seulement prédestiner, mais aussi réunir ensemble.

« Les Moirai, qui filent les destins, sont des divinités lunaires » Klothô est la fileuse.

« Ce furent probablement, à l’origine, des divinités de la naissance, mais la spéculation ultérieure les a élevées jusqu’à la personnification du destin. »

Fileuse et cueilleuse – « Bien entendu, dans les cultures où les Grandes déesses ont cumulé les vertus de la Lune, de la Terre et de la Végétation, le fuseau et la quenouille avec lesquels elles filent les destins des hommes deviennent, parmi tant d’autres, leurs attributs.

Pensons aussi à Kâla, qui signifie le temps, terme proche de Kâli. Kâla signifie aussi « noir », « assombri », « taché ». « Le temps est noir parce qu’il est irrationnel, dur, sans pitié. Qui vit sous la domination du temps est soumis à des souffrances de toute sorte… » Pour les indiens, nous sommes actuellement dans le kaliyuga, l’âge de Kali.

Métaphysique lunaire

Une vue d’ensemble sur toutes ces hiérophanies lunaires :

  1. a) fertilité (eaux, végétation, femme ; « ancêtre » mythique)
  2. b) régénérateur périodique (symbolisme du serpent et de tous les animaux lunaires ; « homme nouveau », survivant d’une catastrophe aquatique causée par la lune ; mort et résurrection initiatiques ; etc.)
  3. c) « temps » et « destin » (la lune « mesure », « tisse » les destins, « relie » entre eux les plans cosmiques distincts et les réalités hétérogènes)
  4. d) changement, marqué par l’opposition lumière-obscurité (pleine lune-nouvelle lune ; « monde supérieur » et « monde inférieur » ; « frères ennemis », bien et mal) ou par la polarisation être-non être, virtuel-actuel (symbolisme des « latences » : nuit sombre, obscurité, mort, semences et larves).

Dans tous ces thèmes, l’idée dominante est celle du rythme réalisé par la succession des contraires, du « devenir » par la succession des modalités polaires (être-non-être…)

Ainsi arrive-t-on par quantités d’exemples au mythe de l’éternel retour. L’homme se contemple et s’observe dans la lune.

« Si la modalité lunaire est par excellence celle du changement, des rythmes, elle n’en est pas moins celle du retour cyclique ; destin qui blesse et console à la fois, car si les manifestations de la vie sont assez fragiles pour se dissoudre d’une manière fulgurante, elles sont cependant restaurée par « l’éternel retour » que dirige la lune. […] dans certaines tantriques, on poursuit l' »unification » de la lune et du Soleil, c’est-à-dire le dépassement de la polarité, la réintégration dans l’Unité primordiale. »

D’autres mythes « constituent la première tentative faite par l’homme pour dépasser son « mode d’être lunaire ».

Extraits du Traité d’histoire des religions de Mircea Eliade, Chapitre IV, pp. 139 à 164. (Payot)

*Le travail de Mircea Eliade est d’une extrême densité ; une multitude d’exemples variés rendent impossible – et peu pertinent – le simple résumé. Par ailleurs, lorsqu’il décide de rassembler et synthétiser ses idées, cela est écrit d’une façon tellement limpide que je n’ai pas souhaité le paraphraser inutilement ou encore synthétiser une remarque déjà synthétique.

Publié par

laetitia

Écrivain, formation en Lettres Classiques et Docteur en linguistique, prof de communication et de FLE, je souhaite ici mettre à disposition de tous des cours, des avis et Compte-rendu de lecture, des extraits de mes romans, des articles de linguistique, des recherches en mythologie et religion…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *