Homo Sapiens, une brève histoire de l’humanité

Voici le livre à lire de toute urgence !

D’abord, parce qu’il aborde l’humanité de ses débuts à aujourd’hui, adoptant d’emblée une vision du monde en la dépouillant de certaines croyances qui emprisonnent ou aveuglent, croyances dont la définition – large – sera développée tout le long.

« Il y a environ 13,5 milliards d’années, la matière, l’énergie, le temps et l’espace apparaissaient […] Voici près de 70 000 ans, des organismes appartenant à l’espèce Homo Sapiens commencèrent à former des structures encore plus élaborées : les cultures. Le développement ultérieur de ces cultures humaines est ce qu’on appelle l’histoire. »

Avec beaucoup d’ironie, de petites histoires et d’analogies particulièrement stimulantes, percutantes et pertinentes, l’auteur nous raconte cette histoire qui conduit cet « animal insignifiant » à Frankenstein…

Son point de vue sur la Révolution agricole puis la Révolution scientifique présente des pistes d’explications et d’interrogations sur les étapes de la formation de cette humanité dont nous faisons partie aujourd’hui et qui passe par son unification, probablement nécessaire à sa survie. Il retrace ce que l’anthropologie est en mesure d’expliquer sur ce qui nous a conduit jusqu’à aujourd’hui en passant par des détours anecdotiques jubilatoires.

La théorie du commérage (p.35), la nécessité de mentir ou de parler de choses qui n’existent pas, par exemple, pourraient expliquer le développement du Langage.

« Le secret réside probablement dans l’apparition de la fiction. De grands nombres d’inconnus peuvent coopérer avec succès en croyant à des mythes communs. »

En passant par l’histoire de Peugeot – ou plutôt le mythe Peugeot revisité, l’auteur explique comment les humains se sont réunis en communauté autour de leurs amis, ennemis imaginaires et inventions…

« Pourtant, aucune de ces choses n’existe hors des histoires que les gens inventent et se racontent les uns aux autres. Il n’y a pas de dieux dans l’univers, pas de nations, pas d’argent, pas de droits de l’homme, ni lois ni justice hors de l’imagination commune des êtres humains. » (p. 40)

C’est l’histoire que nous raconte cet auteur. Mais il précise qu’une réalité imaginaire n’est pas un mensonge et elle existe bel et bien :

« Personne ne mentait quand, en 2011, les Nations unies exigèrent du gouvernement libyen qu’il respecte les droits de l’homme de ses concitoyens, alors même que les Nations unies, la Libye et les droits de l’homme sont des fictions nées de notre imagination fertile. » (p. 45)

Poursuivant ce fil directeur, vous y trouverez de belles explications sur le passage d’une société de fourrage à l’agriculture et le lien avec les problèmes d’obésité que certains rencontrent aujourd’hui. Le « gène de la goinfrerie » (p. 56) aurait guidé nos instincts durant 60 000 ans : un arbre gorgé de fruits doit être rapidement englouti par la tribu avant d’être englouti par une bande de macaques concurrente. Alors aujourd’hui, comment pourrait-on se débarrasser de 60 000 ans de goinfrerie lorsque nous nous retrouvons plantés dans un supermarché surabondant ?

Vous y apprendrez comment l’humanité peut se qualifier de serial killer écologique… avant la révolution agricole, l’homo sapiens avait déjà causé la disparition de la très grande majorité des espèces de sa planète.

À propos de cette Révolution agricole, qualifiée par l’auteur de « la plus grande escroquerie de l’histoire », vous nuancerez ou changerez peut-être votre point de vue : Les fourrageurs disparaissent… « Tout changea voici environ 10 000 ans, quand les Sapiens se mirent à consacrer la quasi-totalité de leur temps et de leurs efforts à manipuler la vie d’un petit nombre d’espèces animales et végétales. De l’aurore au crépuscule, ils se mirent à semer des graines, à arroser les plantes, à arracher les mauvaises herbes et à conduire des troupeaux vers des pâturages de choix. Un travail qui, dans leur idée, devait leur assurer plus de fruits, de grains et de viande. »

En réalité, la mortalité augmente. Mais elle est compensée par un grand essor de la natalité. Naquit avec la révolution agricole l’illusion de la propriété (le blé nécessite du travail et il se stocke, donc il peut être volé), mais également la croyance selon laquelle, plus tu travailles, plus tu as, et donc, plus tu es heureux. Les sapiens deviennent esclaves de cette croyance.

A la faveur d’une telle croyance, ce sont des élites autoproclamées qui s’autorisent à ne pas travailler la terre.

« Jusqu’à la fin des Temps modernes, plus de 90% des hommes étaient des paysans qui se levaient chaque matin pour cultiver la terre à la sueur de leur front. L’excédent produit nourrissait l’infime minorité de l’élite qui remplit les livres de l’histoire : rois, officiels, soldats, prêtres, artistes et penseurs. L’histoire est une chose que fort peu de gens ont faite pendant que tous les autres labouraient les champs et portaient des seaux d’eau. » (p. 129)

Cette élite ne peut émerger qu’à condition que les humains constituent une communauté de croyants volontaires. Diogène qui ne voulait que la lumière du soleil passe pour un original : les cyniques ne bâtissent pas d’empire. Pour les autres,

« Comment amener les gens à croire à un ordre imaginaire comme le christianisme, la démocratie ou le capitalisme ? Premièrement, vous ne voulez pas admettre que l’ordre est imaginaire. Vous protestez toujours que l’ordre qui soutient la société est une réalité objective créée par les grands dieux ou les lois de la nature. Les gens sont inégaux : non parce qu’Hammurabi l’a dit, mais parce qu’Enlil et Marduk l’ont décrété. Les gens sont égaux : ce n’est pas Thomas Jefferson qui l’a it, mais Dieu qui les a créés ainsi. Le marché est le meilleur système économique : ce n’est pas Adam Smith qui l’a dit, ce sont les lois immuables de la nature. » (p. 140)

Pourquoi ? Parce que l’ordre imaginaire est incorporé au monde matériel, parce qu’il façonne nos désirs – nous ne sommes pas libres de désirer ce que nous désirons, parce que cet ordre imaginaire est intersubjectif (ou collectivement subjectif). (pp. 141-146) Et malgré toute cette imagination, l’histoire montre qu’il n’y a pas de justice, pas même de progrès vers la justice (pp. 163-191). En effet, ceux qui se conforment à l’ordre imaginaire ne sont pas nécessairement récompensés.

Pour finir, des ordres imaginaires qui nous gouvernent, le credo capitaliste est le dernier en date et aujourd’hui le plus puissant. L’auteur en démonte les mécanismes profonds.

« La croyance du capitalisme en une croissance économique perpétuelle va contre tout ce que nous savons ou presque de l’univers. Ce serait pure folie pour une société de loups que de croire que l’offre de moutons ne cessera de croître. » (p. 369) … et pourtant… « En 1500, la production mondiale de biens et de services se situait autour de 250 milliards de dollars ; aujourd’hui, elle tourne autour de 60 billions de dollars. » (p. 357) Malheureusement, sans doute à cause du gène de la goinfrerie, cet excédent n’est pas redistribué…

Au détour de cette lecture instructive, notamment au sujet des rapports entre l’impérialisme et le capitalisme, vous apprendrez quelques petites anecdotes amusantes, par exemple :

« La première fois qu’ils arrivèrent [Les Espagnols] au Mexique, des indigènes porteurs de brûleurs d’encens furent chargés de les accompagner dans tous leurs déplacements. Les Espagnols crurent à une marque d’honneur divin. Nous savons par des sources indigènes que les autochtones trouvaient insupportable l’odeur des nouveaux venus. » (p. 343)

Ou encore, la légende (ou l’histoire vraie ?) selon laquelle Amstrong et Aldrin, en 1969 s’apprêtaient à mettre un pied sur la Lune, un indigène américain leur aurait confié un message à transmettre aux esprits de notre satellite… Amstrong et Aldrin ne comprenaient pas cette langue tribale et apprirent par cœur le message sans en saisir le sens. A leur retour, la tâche dûment effectuée, ils firent traduire le fameux message qui disait : « Ne croyez pas un seul mot de ce qu’ils vous racontent. Ils sont venus voler vos terres. » (p. 335)

Alors, chers amis, lisez ce livre !!!!!!

Publié par

laetitia

Écrivain, formation en Lettres Classiques et Docteur en linguistique, prof de communication et de FLE, je souhaite ici mettre à disposition de tous des cours, des avis et Compte-rendu de lecture, des extraits de mes romans, des articles de linguistique, des recherches en mythologie et religion…

Une réflexion au sujet de « Homo Sapiens, une brève histoire de l’humanité »

  1. 70000 ans d’existence déjà… et nous voilà au bout de l’aventure !
    J’ai toujours pensé le travail à l’origine de tous les problèmes.
    Cette confirmation arrive hélas un peu tard pour l’humanité, mais pour moi: message reçu 🙂

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