Serrez à gauche !

Évitez la gauche identitaire !

(Tant pis si vous êtes un chaton…)

 Travailleuses ! Travailleurs ! Peuple de gauche !

Ça vous faisait rire ? ça vous rappelle encore quelque chose ?

Nous, avec ma dulcinée, on s’est carrément rencontrés sur un site internet d’extrême gauche ! Sur fond d’Internationale ! C’est pour dire si on a le cœur rouge !

Et puis un matin, à force de « en même temps« , on a commencé à se demander si on pouvait encore se dire de gauche… J’ai toujours confondu ma droite et ma gauche il faut le dire, alors comme j’ai pris l’habitude de réfléchir à la main qui écrit, je vais tâcher de faire une petite mise au point, pour moi-même et peut-être pour vous…[1]

Le contexte d’origine de quelques sales gauchistes que nous fûmes / sommes encore (?)

A l’origine, je me disais de gauche pour désigner rapidement mon attachement à un ensemble de projets visant l’égalité du genre humain dans son intégralité devant l’accès aux droits et aux devoirs afférents. Qui que tu sois, tu AS (tu devrais avoir) les mêmes droits et les mêmes devoirs. Et la justice – créée selon l’appréciation de la communauté humaine du moment – doit être aveugle.

Parmi ces projets, il y avait également un espoir placé dans les progrès de la science – c’est-à-dire l’ensemble des connaissances non encore réfutées – dont l’un des rôles était à mes yeux de fournir les prémisses irréfutables – en tout cas non encore réfutées[2] – pour argumenter à la fois CONTRE les croyances imbéciles (racisme, sexisme, superstition, religions) et POUR une meilleure gestion des ressources, responsable et solidaire.

Bref, solidarité, égalité, science et laïcité (i.e. un espace commun où l’on aurait le droit à la fantaisie personnelle, après tout, dans la mesure où cela ne dérange personne…)

Je vais tâcher de montrer une partie des raisons qui morcellent, handicapent ou obèrent notre projet (ne pas rire) qui se trouve dès lors dévoyé, personnalisé, confondu… libre à vous de réagir.

Premiers émois face à l’égalitarisme (de gauche)

Un premier choc : les cercles de femmes non-mixtes et l’égalitarisme !

J’avais été invitée dans un cercle de féministes (de gauche), non-mixte, parce que j’avais osé m’insurger – gentiment, car je suis toujours polie et souriante 🙂 – contre ce procédé que je datais naïvement des calendes grecques et de leur gynécée : non-mixte… DONC ça veut dire « pas de mecs » !? Zut ! 🙁 Mais pourquoi pas de mecs ? Qu’a-t-on à dire qui nécessiterait une ambiance de secret ? Et pourquoi ce groupe, qui s’appelait, en toute simplicité, « Groupe Femmes« , souhaitait-il se regrouper entre femmes pour en réalité ne parler que d’une chose : des hommes ! Enfin pardon ! Des problèmes imputables aux hommes ! (oui les hommes ne sont pas réductibles à « une chose ») et de tout ce qu’ils font subir aux femmes au nom de leur sexe agressif !! Un « Groupe Femmes » interdit aux hommes, où on leur adresserait des reproches, comme à des divinités absentes et présentes à la fois. Je ne comprenais pas bien. On allait m’expliquer, on me proposait donc d’y aller !

Je n’ai rien compris, il faut le dire. En revanche, j’ai découvert une drôle de forme d’égalitarisme… aux forceps. Alors même que les hommes, objets de tous les opprobres, étaient absents et par conséquent, privés de droit de réponse, nous, les femmes, devions nous astreindre à un temps limité et considéré comme égal pour chacune d’entre nous. Ainsi, tour à tour, nous avons mesuré approximativement le temps de parole de nos camarade.e.s (ah ben oui dis, comment on fait pour dire que les camarades suscitées n’étaient que des femmes ?? Enfin pardon : qu’il n’y AVAIT QUE des femmes ?) et avons pris soin d’interroger coûte que coûte celles qui n’avaient rien à dire. Qui se ridiculisaient donc un peu en marmonnant un « je ne sais pas, je suis de la même opinion qu’une telle en fait… ahah 😀 » et de sourire gentiment, comme on nous l’a appris, nous la gente féminine bien élevée.

Moi qui parle sans arrêt et qui coupe la parole à tout le monde parce que ce que j’ai à dire est hyper important, tellement passionnant et instructif et essentiel, j’en suis partie extraordinairement frustrée ! Une dictature ! Tout ça pour que les femmes timides prennent l’habitude de s’exprimer en présence d’hommes…? Qui, dois-je le rappeler, étaient absents, parce qu’exclus. Moi, j’en avais mal au bide tellement je m’étais retenue ! Beaucoup souffert de me voir bridée dans la parole, moi qui n’ai justement aucun problème à couper la parole à tout le monde, femme, homme, gorille, chien, film, radio…

Un groupe de femmes où je ne pouvais pas m’exprimer librement… pour cause de temps de parole égal !??

C’est là que j’ai commencé à voir se dessiner un premier renversement : je ne suis pas si égocentrique, pas si dictateur que ça ?? (ah… on me dit à l’instant que si !) Je veux bien que tout le monde puisse s’exprimer ! Mais il y a une différence entre le droit pour tous de s’exprimer librement et l’obligation faite à tous de s’exprimer – obligation d’ailleurs impossible puisque, nous n’étions qu’un échantillon qui ne représentait ni toutes les femmes, ni tous les humains. Bref.

Je me rendais compte que l’enjeu n’était plus D’AVOIR une part égale mais D’ÊTRE une part égale. Or, si l’on peut mesurer l’avoir, comment mesurer l’être ? Voilà le jeu de piste sur lequel je me suis lancée alors…

Les croyances individuelles (« ça marche pour moi ») et les expériences personnelles

Dans le même temps, je découvrais par ma dulcinée un autre monde, celui des néo-ruraux, issus de la gauche hein ! bien sûr ! On fréquente pas n’importe qui quand même ! (alors on me demande de préciser qu’il s’agit des néo-ruraux issus de l’écologie prétendue radicale de Reporterre et Pierre Rabhi).

Moi qui croyais que les croyances stupides (enfin… celles dont on n’a aucune preuve scientifique, voire dont on a une preuve scientifique d’inefficacité…) avaient disparu, je découvrais que d’autres étranges objets d’adulation avaient fleuri… pendant que je m’énervais contre le voile, le carême ou les opus dei… La Mère Nature s’était dressée dans l’herbe et sur les plateaux ! Cette force surnaturelle, cette figure hypostasiée digne d’une caricature du pire de Bourdieu[3], une entité qui serait bienveillante, qui serait bien faite (hein ! la nature est bien faite quand même !) et qui pourrait même être reconnaissante ou vengeresse ! Ça me rappelait soudain certains auteurs du XVIIè qui expliquaient non sans rire que les moutons portaient la laine pour que l’on puisse se confectionner des pulls, nous qui n’avions point de pelure suffisante…[4]

C’est alors que je tombais à la renverse de Charybde en Scylla, de ma naïveté première dans une inquiétude grandissante. Un magnétiseur ? De la biodynamie ? L’homéopathie ?

Alors pourquoi pas… je n’ai rien contre les fantaisies personnelles, j’ai moi-même d’excellentes fantaisies personnelles… Et je n’ai rien contre les gens qui s’amusent à faire des messes noires ou des massages énergisants… mais quand ils se réunissent pour organiser la mise au pilori de la science, je m’inquiète.

Que s’est-il passé ? Pourquoi d’un coup, à gauche où la science devait nous sauver de l’obscurantisme – sur lequel, je le rappelle, les seigneurs s’appuyaient pour nous cravacher comme des tarés et grâce auquel ils nous expliquaient qu’on irait cuire en enfer si on ne bossait pas à en crever ! – pourquoi la gauche se détourne-t-elle de cet appui pourtant formidable, à portée universelle – la science est la même pour tous et partout sur la planète, c’est pas génial ça ? – au profit de petites croyances personnelles ?

Attention, je n’ai rien contre les croyances personnelles, j’ai moi-même d’excellentes croyances personnelles…

Possible que les grands groupes industriels aient tellement abusé des recherches, aient tellement corrompu certains de nos scientifiques que tous sont victimes d’anathèmes ou, du moins, fortement soupçonnés… Mais faut-il alors tout balancer à la poubelle ?

Et tout de même, si des humains scientifiques sont malhonnêtes, n’accusons pas la science – qui n’est personne (Contrairement à la nature ! ahahahah !) d’être malhonnête ! On dirait que tout le monde a oublié ce qu’est la science… ni bonne ni méchante, ni bienfaisante, ni malfaisante, elle n’est que théorie du monde objectivé, hypothèses sur les relations de cause à effet que l’on croit observer, vérification d’hypothèses, mise en place de protocoles qui permettent leur validation etc (cf l’excellent article de Virginie Tournay[5]). C’est ce qu’on fait de la science qui peut être néfaste. Restons vigilants[6]. Bref, rien de très magique… alors que s’est-il passé ?

Prenez un chewing-gum, Emile !

Moi, j’émets une hypothèse et me demande si le marketing, qui préfère mentir mille fois à mille personnes plutôt qu’une fois à mille personnes, s’est mis à s’adresser aux individus plutôt qu’aux humains. Pour servir le grand capital… pardon, pour que le marketing soit efficace, il semble nécessaire de casser un repère collectif aussi puissant que la science, tout en l’utilisant pour optimiser les produits et leur vente. Créons alors l’individu unique, flatté dans son ego jusqu’à se croire irremplaçable…[7]

Regardons un peu la publicité qu’on nous fait de notre ego. C’est notre personnalité formidable qu’on nous vend sans cesse. Chaque produit est un nouveau miroir. Il ne vous a pas échappé à quel point le marketing, parfois promoteur, est également suiveur… suiveur des dernières lubies à la mode. (Voilà venu le steak veggie de MacDo !!!… hein ? et moi en tant que carniste, j’aimerais manger de la salade de bœuf… )

Dès lors, beaucoup de choses peuvent s’expliquer… Mais laissons donc ma formidable personnalité tranquille et creusons plus loin dans l’égarement droite / gauche.

Les vilains privilégiés et la suite de l’égalitarisme

Je découvre alors par ma dulcinée une nouvelle théorie, qui confond encore davantage ÊTRE et AVOIR.

Comment s’appelle-t-elle ? La théorie des privilèges, qui consiste à examiner de quels privilèges vous êtes doté, dans votre vie, examen à partir duquel on pourrait… on pourrait quoi ? Demander de rétablir une grande égalité ? Une plus grande justice ? Ah je sens qu’on revient à l’égalitarisme du départ…

Cette théorie vous explique que si vous êtes un homme, blanc, grand, riche, hétérosexuel… ((ici un rapide topo historique)) vous êtes un privilégié. On vous accorde même des points ici pour estimer votre niveau de privilèges. Oui car on n’est pas un homme en réalité, dans cette nouvelle façon de voir les choses : on a le privilège d’être un homme. Et c’est bien différent.

Extrêmement gênant lorsque votre ami noir que vous admirez pour ses qualités intellectuelles et qui est plus riche et plus diplômé que vous, et que vous enviez peut-être un peu parce qu’il est beau et brillant, se voit affublé d’un score ridicule par rapport au vôtre. Un peu gênant… et c’est là qu’on se rend compte de l’effet pernicieux du truc, qui voudrait au départ mesurer les différences, premier pas vers l’élaboration d’un système de culpabilisation, débouchant idéalement sur un système de… compensation… !? De compensation, de quoi ?

Mais de quelle situation parle-t-on ? Parce qu’enfin, on n’est pas supérieur ou inférieur dans l’absolu ! Qui oserait sortir un truc aussi con ? Outre le fait qu’être un homme blanc n’est pas du tout un privilège en soi, n’est pas du tout un privilège absolu, il faudrait définir en quoi il demeure un privilège relatif : pour véritablement estimer le privilège que cela représente, on devrait effectuer des tests

dans toutes les situations sociales possibles sur cette planète où l’on est amené à faire un choix, où l’on est mis en concurrence… bref, faire un test scientifique avec un protocole pour prouver qu’être blanc et homme, c’est dans tous les cas de figure mieux qu’être noir et femme… de surcroît, je ne sais pas d’où viennent ces points attribués et sur quelle base ils sont calculés… Pas besoin d’en rajouter, regardez par exemple ce tableau et faites vous votre propre opinion.

Capacité d’étonnement au secours !

J’espère que vous avez conservé la capacité saine de vous étonner, et même à voix haute, et de dire « Mais WTF ? » J’espère également que tout le monde remarque l’effet pervers d’un tel calcul : cela nous conduit à penser que les privilèges auxquels auraient accès seuls les grands, hommes, blancs resteraient parfaitement inaccessibles aux autres. Cela, en fait, essentialise l’avoir… la maison ou la voiture que l’homme blanc grand a acheté n’est plus un avoir : il EST cette maison (ou cette voiture – dès lors, on comprend mieux que des imbéciles pas très beaux se sentent obligés de se maquiller avec d’énormes SUV bien plus rutilantes que leur petite personne.) Ce système parachève la grande confusion entamée entre être et avoir. Tellement happé par des préoccupations consuméristes, il pourrait même n’être plus rien sans son gros AVOIR.

Or justement, si l’on sépare d’un côté L’ÊTRE blanc, noir, grand, petit, femme, lesbienne… et de l’autre, L’AVOIR, en mettant au centre, accessible à tous le droit d’avoir et le devoir de faire, tout est plus clair. Non ?

Ça paraît simple, vu comme ça… mais en réalité, ça fait des millénaires que certains, de plus en plus nombreux, se battent pour que le droit soit L’AVOIR de tous, peu importe ce qu’il EST. On s’en fout en fait !

Le sexe et ses atours

Retour sur les féministes tirées par les cheveux et leurs pièges

Ah les féministes… dont je suis pourtant (mais c’est désormais comme une vaste famille où tout le monde se déteste on dirait), comme je suis de gauche… Ne revenons pas encore sur les polémiques MeToo et Balance ton porc.

Moi j’ai vu avec horreur fleurir les mots féminicide, manterrupting, manspreading… (Enfin je mens… en vrai, j’étais hilare). Si vous tuez votre femme, ce n’est pas parce que vous êtes un gros con lâche et violent, c’est parce que vous êtes un homme et qu’elle est une femme : c’est un féminicide. Si vous vous disputez avec elle, ce n’est pas parce que vous êtes un gros nul en communication, c’est parce que vous êtes misogyne. Si vous lui coupez la parole, c’est pas parce que vous êtes grossier, c’est du manterrupting. D’ailleurs, si vous êtes grossier et que vous ne savez pas vous tenir, si vous n’avez aucune conscience de votre corps et de la place qu’il prend, notamment dans les transports au commun, c’est du manspreading : vous le faites exprès parce que vous êtes un homme.

L’homme serait-il, par essence, un bourreau de femmes par misogynie intrinsèque ou un éternel gros con lâche et violent, nul en communication, grossier et qui n’a aucune conscience de son corps ? Je ne sais pas moi, je pose la question ? !

Mais revenons à l’éternel féminin (fake qui dure depuis une éternité…). Sur les plateaux télé, il faut désormais interroger les femmes à égalité car, par essence, la parole des femmes serait représentative d’une autre parole étiquetée féminine. Et dois-je poursuivre avec l’écriture inclusive dont j’ai déjà longuement parlé (Contre l’abus d’inclusivité dans l’écriture) : Si vous êtes une femme auteur, il faut aussi l’écrire « auteurE » et d’ailleurs… il existe même des sujets de thèse sur l’écriture féminine… Il y a vingt ans, quand j’ai découvert ça, j’étais déjà outrée! Je sentais que cela signifiait « il y a une pensée universelle, et au sein d’elle, il y a une pensée différente, féminine« . Ou encore : une femme ne peut pas penser autrement qu’en tant que femme. Une femme fait une science de femme, des récits de femme… Une femme est une femme avant d’être un humain ! C’est ce que je n’aime pas dans l’écriture inclusive. Que dirait-on si on étudiait l’écriture des gens noirs… ??? Le renvoi à une nature dite « féminine ». Moi, j’avais envie de faire une thèse sur l’écriture masculine, de chanter le mystère et l’éternel masculin. Malheureusement, je manquais de temps à perdre à l’époque (Alors que revoilà la sous-préfette… : Lire encore ça et ça)

Certain.e.s person.nes (ahahah) voudraient voir dans l’éternel féminin d’éternelles victimes (du patriarcat pour ne pas le nommer) et se présentent désormais à tout bout de champs comme des victimes, se drapant dès lors dans une nouvelle identité, un habit qui devrait attirer sur elles la commisération de tous les autres. Soit parce qu’elles (je parle des personnes hein !) s’en veulent d’être au fond tellement privilégiées (si t’es pas d’accord, c’est que tu n’as pas passé le test au-dessus, espèce de blanc riche et dominant…!) qu’il faut bien trouver des raisons de se plaindre, soit parce qu’elles n’assument pas du tout d’avoir fait un choix un peu bête ou d’avoir trop bu ou d’avoir manqué de répartie… bien sûr je ne parle pas des viols, qui sont des crimes. Je parle par exemple des relations sexuelles, dont, après coup, on n’est pas très fier (accord avec ON impersonnel), et qu’on regrette… alors on se demande si on était vraiment consentent.

Je crois qu’on devrait surtout se poser cette question passionnante du consentement quand on se précipite comme un débile sur le dernier I Phone hyper cher… était-on vraiment consent ? De faire cet achat polluant et qui n’apporte pas à grand chose, finalement…? Des victimes, oui, du marketing…

En regardant les débats qui fleurissent partout, et croyez-moi, j’en ai vu, d’abord parce que j’adore les débats, ensuite parce que j’adore les débats de femmes, parce que nous les femmes… nous le charme…

(à poil Juglio…) 

ensuite parce que, bizarrement, quand ça parle de femmes, je me sens concernéE. Je me suis demandée si je n’y retrouvais pas le même biais : sous couvert de recherche d’égalité, on assiste (encore) à un processus d’essentialisation. Qui êtes-vous ? Une femme. Et surtout et avant tout une femme. D’ailleurs, le marketing vous le répète : vous vend des crèmes de femmes, des vêtements de femmes, des chaussures de femmes… On ne cesse de vous le répéter sans cesse : vous êtes AVANT TOUT une femme. Mais moi, je ne sais pas vraiment ce qu’est être une femme, et je n’y pense pas toute la journée, à part quand je regarde dans ma culotte, mais je ne fais pas ça à longueur de temps.

Qu’est-ce que c’est être une femme ? Est-ce être un non-homme ? Est-ce que c’est être autre ? Le deuxième sexe ? Et les humains se divisent-ils en toute occasion en deux genres ?

Binaire et non-binaire

L’écriture inclusive me dérange avant toute chose parce qu’elle veut que je présente visiblement mon sexe AVANT (ou en même temps que – selon la formule jupitérienne) toute autre information, et trimballent dans son sac en –e toutes les représentations qui vont avec. Je suis écrivaine ? ça veut dire écrivain + femme. Ah bon ? ça vaut cocktail pertinent ? J’écris comme une femme, c’est ça ?

Alors loin de moi l’idée de nier des différences. J’ai moi-même d’excellentes différences personnelles. D’ailleurs, pour tout dire, le point de vue scientifique des études en biologie sur la question me laisse parfaitement tranquille. Quand je vois ici (TED Franck Ramus, à 8’48) ce que montre la science au sujet de nos différences, au lieu de râler, réjouissez-vous d’être des femmes.

Néanmoins, depuis longtemps, comme je parle de cul, comme je coupe la parole, comme j’ai une sexualité libérée, on me dit « mais toi t’es un vrai mec… » ah bon. J’encaisse. J’en apprends ainsi davantage sur la personne qui m’assène de tels jugements. OK : c’est ce que ça veut dire pour mon interlocuteur. Quand il me dit ça, il me dit « Pour moi, un vrai mec, c’est quelqu’un qui parle de cul, qui coupe la parole et a une sexualité libérée. »

J’ai toujours accueilli avec beaucoup de moqueries les remarques du genre « Oh tu as peur d’une araignée, tu es bien une fille ! » « Oh tu es une infidèle chronique, t’es un vrai (connard de) mec ! ». Cela m’a appris très tôt à quel point c’était ridicule et à quel point je ne voulais pas accorder d’importance à ces catégories simplistes.

 

Mais qu’est-ce qui me gêne là-dedans ? Je veux dire dans le fait qu’on me dise « T’es une fille, c’est pour ça que tu mets du rose. Mais quand tu dis des gros mots, t’es plutôt un mec. » Exactement la même chose que ce qui me gêne dans l’écriture inclusive : ça n’a aucun intérêt.

En fait, je ne me sens pas toujours « femme » ! C’est même assez souvent le dernier de mes soucis. Attention, je ne me sens pas homme pour autant ! Juste, je me fous de mon sexe la plupart du temps ! Je me sens femme quand on me complimente en tant que femme ou qu’on m’insulte en tant que femme – ce qui n’arrive pas très souvent – on ne me dit pas souvent « Pour une femme, tu es belle ! » ni même « Pour une femme, tu es assez stupide ». Je me sens femme – parfois – quand je fais l’amour avec un homme (un vrai hein…^^). Sorti de là, je n’y pense pas souvent.

Moi qui ai pu avoir des relations sexuelles avec des femmes (avec lesquelles je me sentais femme ou de sexe sans importance) ou avec des couples hétérosexuels (avec lesquels… pareil), je ne me sens pas vraiment appartenir à un genre… Et si ce sentiment de non appartenance permanente à un genre était justement celui en vertu duquel les humains se sentent tous ensemble concernés par la lutte pour obtenir l’égalité des droits pour TOUT LE MONDE ? Car bien avant de se sentir homme ou femme, ne nous sentons-nous pas surtout des êtres humains ?

Je ne me suis jamais sentie contrainte de correspondre à un genre. Je sais que j’ai le droit, à égalité avec les hommes, de porter des robes et du rouge à lèvre. C’est pas de ma faute si la grande majorité d’entre eux ne souhaite pas user de ce droit…^^

Et vous, vous êtes QUEER ?

C’est alors que ma dulcinée – décidément Muse Égérie – me montre encore une nouvelle théorie, une nouvelle façon de voir le monde, émanant des études de genre (gender studies) et provenant des États-Unis (ici le même rapide topo historique, au cas où vous l’auriez sauté !

)

Pour sortir de cet étroit carcan homme/femme, Mars/Vénus, ces théories proposent une multitude de genres possibles. Le principe est clair : il faut réussir à distinguer le sexe du genre. S’il n’existe que deux sexes en biologie – bon, bien sûr il y a les hermaphrodites, hein !? Mais on va rester simple – on pourrait tout de même se « sentir » homme alors même qu’on a un sexe de femme, et « femme » tandis qu’on a un sexe d’homme. Enfin… j’écris « qu’on A » : le verbe AVOIR est sûrement inopportun. Le « tandis que » implique aussi qu’il y a une opposition. Bref, ma formulation est maladroite. Elle est maladroite parce qu’elle dessine un monde binaire : certains se sentent tout autre chose… en réalité, le panel est énorme et je vous laisse le découvrir. (Merci FM 😉 Quand j’ai découvert ces théories, il m’a semblé qu’elles provenaient au départ d’une envie désespérée (et que je trouve juste !) de s’extirper de ce choix binaire : être homme ou être femme, puisque à l’option « être homme » correspondrait toute une série d’injonctions sociales et biologiques, tandis qu’à l’option « être femme » correspondrait… justement !? Quoi ? S’agit-il des injonctions sociales et biologiques inverses ? Opposées ? être une femme, est-ce avant tout ne pas être un homme ? Ou bien est-ce être tout autre chose ?

Pour brouiller les pistes, en outre, ces théories expliquent volontiers qu’il n’existe pas vraiment de fondements biologiques à l’être femme ou l’être homme. Chacun aurait le droit d’être ce qu’il veut… femme, homme le lendemain, chat, tigre…

Après tout, le changement, n’est-ce pas… Héraclite disait déjà, non pas le changement c’est maintenant… mais le changement, c’est tout le temps !!!

"Une seule chose est constante, permanente, c'est le changement".

Et moi ça me va bien !

Mais pour se définir « non-binaire », ou « gender fluid » – c’est-à-dire variablement homme, femme ou autre – ne doit-on pas justement s’appuyer sur une définition de base de ce qu’est une femme, un homme… ? Alors moi, j’aimerais savoir ce que c’est. Il me semble que pour se dire « non-binaire », il faut au contraire vraiment avoir intégré une sorte de binarité homme / femme, celle justement contre laquelle ces théories semblent lutter, et qui, à mon avis, n’a guère plus d’intérêt que « les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus », manuel de vie en commun pour les imbéciles qui auraient du mal à communiquer simplement.

Moi, personnellement, alors que je suis rousse et plutôt pulpeuse, à l’intérieur de moi, figurez-vous que je me sens plutôt blonde aux cheveux courts avec un corps androgyne et musclé. Bizarre non ? Mais après tout, beaucoup de brunes se sentent blondes… et se décolorent… beaucoup de gros se sentent minces et font des régimes… beaucoup se sentent bruns et sont bruns… certains se sentent blancs et sont noirs… certains ne pensent pas toute la journée à leur couleur de peau… certains sont des hommes et se sentent lesbiennes : c’est-à-dire qu’ils se sentent femmes et homosexuelles. En affinant un peu, on pourrait d’ailleurs tâcher de distinguer se sentir de se vouloir autre que ce à quoi notre apparence nous assigne, aux yeux des autres, dans les catégories sociales héritées par l’histoire. Certains, comme moi, se sentent légèrement autre, mais ont appris à s’accepter parce que finalement, leur apparence était aimée et désirée des autres. C’est plus facile. Je soutiens les autres dans leur lutte de se faire accepter tels qu’ils souhaitent être et je bénis la science de parfois pouvoir leur permettre de changer de sexe.

Finalement, je reprends ma question de départ : ne serait-ce pas justement en vertu de cette sensation plus ou moins forte de frontière artificielle entre les genres que la lutte pour une égalité des droits est possible ?

« Je me suis enfin sentie femme » ?

Bien sûr, nous sommes heureuses qu’aujourd’hui personne ne nous oblige à porter des robes – tandis que les hommes, eux, subissent encore une pression sociale importante qui les empêche d’en porter !! Nous pouvons jouer au foot comme à la barbie. Et nous devons faire taire ceux qui nous traitent de « garçon manqué » – cette immonde expression qui implique qu’un sexe serait comme l’autre, mais en raté – à coup de pelles, même si ce serait peu « féminin ».

Attention : si on vous dit homme et que vous vous sentez une femme au fond de vous, suffira-t-il de porter une robe pour l’être vraiment ? Je veux dire : avoir l’apparence d’une femme, c’est suffisant ?

Je persiste donc : je ne sais pas trop quoi mettre derrière « se sentir femme », par exemple. Et pourtant je suis une femme. Est-ce que le « se sentir femme » pour une femme est équivalent au « se sentir femme » pour un homme qui se sentirait une femme ? J’ouvre juste un débat, j’aimerais des réponses. Car j’ai bien peur qu’on revienne immanquablement sur les clichés liés aux deux sexes que justement ce phénomène ou ces théories queer cherchaient à évacuer. (ici une excellente critique) et pour en savoir plus sur les raisons biologiques du pourquoi éventuellement on pourrait se sentir comme ci ou comme ça)

1) Pourquoi deux sexes ?

D’abord, d’où ça vient cette partition du monde en deux ?

En réalité, ce serait une vraie révolution que de la mettre à bat ! Sachez que le monde divisé en deux l’est depuis fort longtemps. Je n’enfoncerai pas des portes ouvertes avec le yin et le yang, le lingam et yoni… et leur complétude devant l’éternel. Je parlerai plutôt des listes d’opposés (appelées sustoichiai) établies par nos ancêtres les grecs… qui opposaient invariablement le sec à l’humide, la droite à la gauche, le soleil à la lune, le blanc au noir… et je vous le donne Emile, l’homme à la femme !!

Bien sûr, l’opposition lumière vs ténèbres et bien vs mal bien plus ancienne et répandue sur la planète, est venue mettre son grain de sel. Et les valeurs morales avec… et devinez  de quel côté on a mis femme vs homme ? Et bien pas respectivement en tout cas. Or, c’est justement là qu’il faut lutter : le principe analogique qui remplace tout effort de rigueur intellectuelle et érige de façon illogique ou sophistique des valeurs…

Mais avant de vouloir briser ces colonnes d’opposés, il faudrait bien circonscrire l’utilité réelle de la partition binaire du monde, et bien la ramener à ce qu’elle est aujourd’hui : faire des prévisions économiques, marketing, évaluer combien auront besoin d’un gynécologue, combien de cancer du sein probables etc. Il est aussi probable qu’il n’y ait pas de volonté malfaisante d’un ordre supérieur quelconque… juste la simple nécessité d’équiper, de pourvoir correctement ou à peu près, de prédire peut-être les crèches etc.

Mais ce n’est pas gênant qu’il ait deux sexes ou 47… Admettons qu’il n’y ait que deux sexes et trente six mille genres (c’est quand même un peu ce que la science semble montrer, il y a majoritairement deux sexe) l’important c’est de ne pas attribuer à l’un ou l’autre, de valeur supérieure, de droits plus grands ou plus puissants.

C’est ce que Franck Ramus explique très clairement à la suite de cet article ici.

2) Le rejet

Le deuxième point, c’est le rejet. Bien entendu, comme je le disais, mon sentiment d’être androgyne, et le fait que je ne le sois pas du tout en apparence, ne m’a jamais causé aucun problème ni même aucun sentiment de rejet. C’est bien plus facile d’accepter son image quand les autres semblent l’apprécier. J’aurais pu non seulement me sentir autre, mais également haïr mon apparence et l’effet que je produis sur les autres. J’aurais pu aussi, indépendamment de tout cela, être frappée de paranoïa et penser que les autres me haïssent à cause de ce que je me sens. Il est fort probable que dévastée par un tel sentiment de rejet de la part des autres, une sourde colère aurait nourri ce projet d’aller inventer de nouvelles catégories. Car enfin, ne sont-ce pas de nouvelles cases dans lesquelles moi, par exemple, je ne me retrouve pas… mais je m’en moque.

C’est plutôt chouette de pouvoir se teindre les cheveux, suivre un régime ou changer de sexe. Et si d’un côté la société riche dans laquelle nous vivons peut prendre en compte comment vous vous sentez, d’un autre côté, elle peut même vous foutre la paix quant à la sexualité à la quelle vous aspirez – en sachant que ces deux paramètres peuvent varier au fil du temps… – c’est pas formidable ? C’est plutôt chouette de vivre dans un pays où votre sexualité peut être librement exprimée, assumée, vécue.

Mais au-delà de tout cela, n’est-ce pas simplement un problème de confusion entre ÊTRE et AVOIR, comme je le suggérais en haut? Car enfin, qui empêche qui d’être qui ? Personne ne peut vous empêcher d’être ce que vous êtes ! Et vous êtes les seuls à savoir ce que vous voulez être !

Demander le droit égal de porter des robes, des pantalons, du maquillage, des cheveux noirs ou un pénis. Le même droit pour tous… dans la limite de la science disponible – et défendue pour ce qu’elle est et ce qu’elle nous apporte… OK ! Et là, j’en profite pour rappeler que OUF la science est là pour aider ce qui souhaitent changer de sexe. (Et OUF la richesse est là aussi dans nos pays de privilégiés, mais j’y reviendrai…)

Bref. Les théories queer offrent une telle variété de choix d’être au monde qu’on a envie de dire : « bah oui ! Vous êtes en effet un être particulier ! Oui, en effet, vous êtes différent du voisin ! Personne n’a d’ailleurs jamais prétendu le contraire ! Mais va-t-on créer 9 milliards de cases pour que chacun ait la sienne ? Et surtout : pour quoi faire ? »

Avec l’émergence et la revendication de telles préoccupations personnelles – du genre, je me sens une licorne, je me sens un hobbit – on risque de perdre de vue le projet d’égalité des droits (et des devoirs).

Entendons-nous bien, je n’ai rien contre les préoccupations personnelles ! J’ai moi-même d’excellentes préoccupations personnelles…

Mais pour qu’une économie de marché fonctionne bien, il y a peut-être un grand intérêt à ce que d’une part les voix universalistes de la science soient fortement contestées, et que d’autres part, les voix individuelles de l’être, qui se revendiquent si fortement autre et ayant le droit d’être autre, aient besoin de consommer (du média, du cheveu bleu, du sexe pas pareil…) pour se sentir exister. Soit trimballer fièrement et customiser leur être si particulier.

Mais alors quels rapports avec droite / gauche ? J’y viens…

 

1) Identitarisme et droit au particularisme (le séparatisme…) versus universalisme

Alors voilà que les revendications de reconnaissance de particularismes, qu’ils soient sexuels, religieux, régionaux, culinaires… m’apparaissent comme autant de déclinaisons de l’identitarisme qui ne fascinait pourtant que la droite, en principe… L’universalisme est-il devenu ringard ? C’est ce que cet article excellent se demande.

 

2) DOXA versus LOGOS

C’est là qu’il faudrait rappeler les frontières qui ont pourtant bien été délimitées et définies il y a plus de 2000 ans, entre le terrain de l’épistémè et la doxa, la doxa étant l’opinion (personnelle, particulière, non scientifique), l’épistémè étant le terrain de la science, de ce qui a vocation à être partagé sur le plan universel. Faire la différence entre ce que je pense dans mon coin, ce à quoi j’aspire, mes rêves et mes fantaisies, et après tout, j’ai bien le droit de prier le père noël… et l’espace public, partageable, de la pensée à vocation objective, universelle. Le vieux rêve de la science en somme… en admettant que bien entendu, on se trompe sans cesse. L’histoire de la science nous apprend que des savoirs autrefois considérés comme irréfutables et universels (le Soleil tourne autour de la Terre qui est plate, en outre) sont aujourd’hui relégués au rang des vieilles lunes. La vocation universelle de la science ne pourra être remise en cause et taxée de « masculine, blanche et occidentale » que lorsque les femmes noires, par exemple, transportées en avion, en tomberont… ou que leur téléphone ne fonctionnera bizarrement pas dans leur main. (Ah… on me dit que c’est de la technologie, pas de la science… mais la technologie, c’est juste l’application concrète des théories scientifiques dans le monde réel. Leur vérification en quelque sorte.)

D’un côté la doxa, de l’autre, l’épistémè, ou le LOGOS, qui, parmi ses multiples sens, signifie aussi DISCOURS. Oui, pour parler ensemble, penser ensemble, il faudrait parvenir à distinguer et isoler en tant que telle la DOXA qu’on nourrit en nous.

3) Liberté versus égalité ?

Moi j’ai longtemps pensé qu’un être de droite croyait à la méritocratie et à la responsabilité individuelle, qui vont de pair : chacun a le sort qu’il mérite, ceux qui ont moins de chance n’ont qu’à faire des efforts pour s’en sortir. Un être de gauche croit plutôt que chacun subit un peu les conditions de son environnement. On peut essayer de pourvoir au moins la santé, l’éducation de qualité pour tous… pour compenser les inégalités de naissance et d’environnement.

Macron a dit à des enfants « La gauche lutte pour l’égalité, la droite pour la liberté ». Quelle blague soit dit en passant… la liberté de qui ? L’égalité de quoi ? En filigrane, on pourrait aisément penser : les mecs de gauche sont débiles de lutter pour que les humains soient égaux ! C’est impossible ! Et qui souhaiterait un monde uniforme ? Quant à la liberté… de quoi faire ? De nuire ? D’empoisonner ? D’exploiter ?

4) Libre arbitre vs Déterminisme

Alors finalement ? Bref. Être de gauche, ce serait par exemple commencer par accepter les blessures narcissiques successives que la science nous a infligées : nous ne sommes pas le centre de l’Univers, nous descendons du singe, nous ne maîtrisons pas nos pulsions… et il n’y a pas d’âme, mais une forme de déterminisme.

Toute la question est de parvenir à reconnaître l’existence du déterminisme (d’un point de vue scientifique) sans pour autant cesser de se battre pour des idéaux, plus de justice, d’égalité et de liberté (celle qui permet justement de se battre… par exemple, et qui n’aliène pas dans les carcans de groupe)

Attention, si les choses s’enchaînent telles qu’elles ne peuvent s’enchaîner autrement, cela ne signifie pas, ni qu’elles poursuivent un dessein quelconque, ni même que vous êtes prisonnier d’un destin. En effet, comme vous ne pourrez jamais mesurer – ni même connaître – l’ensemble des paramètres qui font de vous ce que vous êtes, calmez-vous ! Vous conserverez toujours l’illusion de choisir de porter une robe ou un pantalon. Mais sachons que la liberté dont se vantent certaines personnes, liberté-chérie grâce à laquelle ils se gargarisent et s’enorgueillissent d’avoir réussi, se baladent dans un gros SUV… cette liberté est une illusion.

Être de gauche pourrait donc revenir à choisir de lutter POUR – enfin, croire (et assumer la croyance ) qu’on choisit de lutter POUR :

– un partage des richesses et des ressources dans le cadre d’une gestion raisonnable (Res publica)

– une distribution équitable en fonction des besoins établis scientifiquement (et non en fonction des envies) (égalité)

– une égalité des droits et des devoirs indépendante de la diversité de base pour préserver – justement – cette diversité (liberté)

– un renvoi aux fantaisies et goûts personnels les croyances (en médecine comme en religion)

– une vocation universelle (Logos / Epistémè) qui empêche toute revendication communautaire ou identitaire…

 

Faites comme moi, fuyez la nouvelle gauche identitaire !

(Ah oui au fait, ma dulcinée, mon égérie, c’est un homme, un « vrai » ! Mais qu’est-ce donc ?)

 

 


 

 

 

[1] Donc il n’y aura pas trop de références à des maîtres à penser parce que… ni dieu ni maître, bordel ! 😀

[2] Selon la définition de Karl Popper « Tant qu’une théorie réfutable n’est pas réfutée, elle est dite « corroborée ». Pour Popper, la corroboration remplace la vérification. Le but est de s’approcher de connaissances aussi vraies que possible. Cette approche du vrai ou  » vérissimilitude » remplace la Vérité absolue. » (https://philosciences.com/Pss/philosophie-et-science/methode-scientifique-paradigme-scientifique/112-karl-popper-et-les-criteres-de-la-scientificite)

[3] Pour Bourdieu, tellement caricaturé qu’on en vient à se méfier, cf Le Danger sociologique.

[4] C’est la version champêtre de la téléologie selon Leibniz, pourtant réfutée depuis des siècles…

[5] HuffPost du 25 février : https://www.huffingtonpost.fr/virginie-tournay/ne-nous-reposons-pas-sur-nos-lauriers-en-france-la-culture-scientifique-est-a-reconquerir_a_23369215/

[6] Pour contrebalancer, je renvoie aussi à cet excellente interview de Frédéric Lordon où, à l’occasion de la présentation de son livre Capitalisme, désir et servitude. il explique à quel niveau il peut être censé, aussi, de se méfier de la science… je pourrais aussi renvoyer à ma thèse sur l’idéologie dans les discours scientifiques (et en mathématique en particulier, et depuis l’antiquité en sus, mais ce serait beaucoup trop long, et il faut attendre qu’elle soit publiée… et en outre, j’aime bien Lordon 😉 https://www.youtube.com/watch?v=u_CgyMe6Qd4&t=1232s

[7] Cette hypothèse me vient de l’Ere du vide, de Lipovetsky, que j’ai eu la chance de lire très jeune et qui m’a continuellement marquée

[8] Allez passer le test sur http://www.checkmyprivilege.com

[9] http://knowyourmeme.com/memes/check-your-privilege

[10] D’ailleurs, on comprend mieux dès lors que des imbéciles pas très beaux se sentent obligés de se maquiller avec d’énormes SUV bien plus rutilantes que leur petite personne.

[11] J’auto-promeus mes propres articles…

[12] Le cerveau a-t-il un sexe, Franck Ramus : https://www.youtube.com/watch?v=jXUS0MRcFWM

[13] https://fr.wikipedia.org/wiki/Théorie_queer et pour aller plus loin http://interligne.co/faq/que-signifie-le-terme-allosexuel-queer/

[14] Voici un excellent article : https://rebellyon.info/Critique-du-genre-et-de-la-theorie

[15] Et pour en savoir plus sur les raisons biologiques sur pourquoi éventuellement on pourrait se sentir comme ci ou comme ça : La tronche en biais : Biologie et orientation sexuelle. https://www.youtube.com/watch?v=h6L7-7zLgkg

[16] Voici un très bon article : http://www.scilogs.fr/ramus-meninges/ecueils-debat-differences-cognitives-cerebrales-sexes

[17] https://usbeketrica.com/article/universel-est-il-ringard

[18] Il faudrait approfondir, ensemble (j’adore le collectif) les points bien précis suivants :

* être libéral et croire au libre arbitre (Max Weber / le mérite et le protestantisme)

* être anti-libéral mais responsable : est-ce possible ? (déterminisme)

* être anti-libéral et libre : est-ce possible ?

 

Publié par

laetitia

Écrivain, formation en Lettres Classiques et Docteur en linguistique, prof de communication et de FLE, je souhaite ici mettre à disposition de tous des cours, des avis et Compte-rendu de lecture, des extraits de mes romans, des articles de linguistique, des recherches en mythologie et religion…

4 thoughts on “Serrez à gauche !”

  1. Tiens, comment se fait-il que je ne connaissais pas encore ce site ?

    Article intéressant, merci. Je me suis demandé à un moment si l’auteurE n’allait pas se perdre en chemin, mais non, au contraire.

    Je ne vais pas me lancer dans la critique de la critique, d’abord parce que cela impliquerait de faire la critique de la critique de la critique et on en sortirait pas, ensuite parce que je ne serais pas en mesure d’être aussi pertinent que l’auteurE – bon, j’arrête là le /running gag/.

    En revanche, ça n’invalide en rien le propos de l’article, mais je vais un peu laisser libre cours à mon péché mignon, qui consiste à donner des précisions concernant les sciences dites dures et leur histoire.

    Même si le sujet était à chaque fois plus large, j’ai à deux reprises abordé le sujet (Tout est relatif mon cher BRUNO – http://le-bars.net/yoann/fr/2015/09/15/tout-est-relatif-mon-cher-bruno%e2%80%af/ et COPERNIC a-t-il réellement fait la révolution (scientifique) ? – http://le-bars.net/yoann/fr/2018/03/12/copernic-revolution-scientifique%e2%80%af/) : si le géocentrisme était bel et bien le modèle dominant pendant le Moyen-âge dans le monde occidental, les modèles héliocentriques remontent à l’Antiquité. En conséquence, on peut interroger la formulation « savoirs autrefois considérés comme irréfutables et universels ». Plus encore en ce qui concerne l’idée d’une Terre plate, qui était clairement réfutée dès l’Antiquité – je n’ai pas encore rédigé d’article sur ce sujet spécifique, ça pourrait venir, mais pour l’essentiel cette idée ne fera véritablement de nouveau surface qu’après la Seconde guerre mondiale.

    Enfin, sans vouloir relancer un débat insoluble, il est un peu rapide de dire que la science implique le déterminisme. Si par exemple la mécanique newtonienne est clairement déterministe, la mécanique classique – je ne voudrais pas donner l’impression de venir faire ma promotion, mais j’aborderais prochainement le sujet de la mécanique newtonienne et de la mécanique classique sur mon site – mène en définitive vers un déterministe non (totalement) prédictible, c’est-à-dire (en parlant un peu vite) à ce que l’on nomme le chaos. Enfin, au niveau de la matière, la mécanique quantique conduit à conclure qu’il y a intrication (voir par exemple la thèse d’Alain ASPECT), c’est-à-dire que la matière a intrinsèquement un comportement probabiliste – sauf à supposer, pour être complet, des variables cachées globales, mais ce serait un changement de paradigme énorme que, à ma connaissance, rien ne justifie à l’heure actuelle.

    De même, la théorie synthétique de l’évolution inclue une part (certes généralement surestimée par les créationnistes) de hasard. De toute façon, le hasard est souvent mal compris, car contrairement à une idée reçue courante, il conduit souvent à des régularités marquées.

    Je suis pour ma part incapable de dire si le monde est strictement déterministe (encore que ce soit l’hypothèse qui me semble la moins probable), chaotique ou probabiliste. Simplement, il me semble qu’il est aujourd’hui prématuré de prétendre trouver dans la science la possibilité de trancher cette question.

    Au fait, est-ce que j’ai dit que je trouve que cet article est un bon article ?

    1. Je vous remercie beaucoup pour votre longue réponse que je vais reprendre ! C’était justement le but de mon article : que chacun se fende d’un commentaire qui aide à la construction collective du savoir ! ^^ Le sujet du déterminisme me passionne et j’ai besoin d’en parler ! 😉

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