Trilogie Newyorkaise, 1. Cité de verre de Paul AUSTER

Je ne me souviens plus de l’autre roman d’Auster que j’ai lu, dans lequel se promenait également un long jeune homme à l’appartement étrange, aux meubles faits de livres… mais l’incipit était à la hauteur de celui-ci :

« C’est un faut numéro qui a tout déclenché, le téléphone sonnant trois fois au cœur de la nuit et la voix à l’autre bout demandant quelqu’un qu’il n’était pas. Bien plus tard, lorsqu’il pourrait réfléchir à ce qui lui était arrivé, il en conclurait que rien n’est réel sauf le hasard. Mais ce serait bien plus tard. Au début, il y a simplement eu l’événement et ses conséquences. Quant à savoir si l’affaire aurait pu tourner autrement ou si elle avait été entièrement prédéterminée dès le premier mot qui sortit de la bouche de l’étranger, ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est l’histoire même, et ce n’est pas à elle de dire si elle a un sens ou pas.

Pour ce qui est de Quinn, peu de choses nous retiendront. Qui il était, d’où il venait et ce qu’il faisait n’ont pas grande importance. Nous savons, entre autres, qu’il avait trente-cinq ans. Nous savons qu’il avait jadis été marié, qu’il avait un jour été père et qu’à présent sa femme et son fils étaient tous les deux morts. Nous savons aussi qu’il écrivait des livres. Pour être précis, nous savons qu’il écrivait des romans policiers. »

p. 7 édition Le Livre de Poche n°13518

Et bien le « quelqu’un » qu’il n’était pas est un certain Paul Auster. Amusant non ? Mais bien plus tard, il en rencontre un autre, de Paul Auster, qui se révèlera être l’ami du narrateur. Un vrai méli-mélo d’identités croisées, usurpées…

Daniel Quinn, notre héros, utilise un pseudonyme – William Wilson – pour ses romans à succès, dans lesquels il fait intervenir un inspecteur, Max Work.

« Dans cette trinité que formait désormais Quinn, Wilson avait un peu la fonction de ventriloque, Quinn servait de marionnette et Work était la voix pleine qui donnait un but à l’entreprise. […] Et, petit à petit, Work était devenu une présence dans la vie de Quinn, son frère intérieur, son camarade de solitude. »

p. 11

De nombreux jeux sur les personnalités, nos diverses personnalités et les identités, celles que nous endossons ou n’endossons pas.

Quinn finit par se faire passer pour le fameux Paul Auster, puisqu’on insiste au téléphone, puisqu’on le demande. Dans cette nouvelle peau, il se sent libre.

« Le fait qu’il y eût à présent une raison d’être Paul Auster donnait une sorte de justification morale à cette mascarade et le déliait de l’obligation de défendre son mensonge. Car se prendre pour Auster était devenu synonyme, dans sa tête, de faire le bien dans le monde. »

p. 73

Et l’auteur a dû tellement rire à ce moment. ^^

« Il parcourait donc la gare comme s’il était dans le corps de Paul Auster, en attendant de voir paraître Stillman. »

p. 73

Peter Stillman est le père de… Peter Stillman. C’est le second qui le contacte par le truchement de sa femme Virginia Stillman pour lui demander de retrouver le premier avant qu’il n’assassine le second… pas simple !

Je ne vous en dis pas davantage… prenez le temps d’avoir le plaisir de lire ce livre.

Quant au sort ou au hasard, il en sera question :

« Le sort, donc. Peu importait l’opinion qu’il en avait, peu importait son désir qu’il en allât autrement, il n’y pouvait rien. Il avait répondu oui à une proposition et il était maintenant impuissant à défaire ce oui. Ce qui signifiait une chose seulement : qu’il devait aller jusqu’au bout. Il ne pouvait pas y avoir deux réponses. C’était l’un ou l’autre. Et c’était ainsi, que ça lui plût ou non. »

p. 154

Chez Auster, il y a aussi ces petites choses qui lui sont propres : ces personnages hésitants dont on ne sait pas grand chose…

« Elle portait un uniforme blanc d’infirmière et tenait un sac de papier brun, plein de provisions, dans ses bras. En voyant Quinn elle laissa tomber le sac et poussa un hurlement. Ou bien elle hurla d’abord et laissa tomber le sac. »

p. 173

On l’imagine en film… ou des délires du genre dont je me délecte et que je vous encourage à rencontrer si ce n’est déjà fait :

« Ses besoins se réduisirent de plus en plus au fil du temps, car il apprit que manger n’apportait pas forcément de solution au problème de l’alimentation. Un repas n’était qu’un bien faible rempart contre l’inéluctabilité du repas suivant. La nourriture ne pourrait jamais répondre à la question de la nourriture ; elle ne faisait que retarder le moment où cette question devrait être posée pour de bon. Le plus grand danger était donc celui de trop manger. »

p. 159

Publié par

laetitia

Écrivaillounette de romans et de chansons, de formation en Lettres Classiques, Docteur en linguistique, prof de Français Lettres Classiques, actuellement d'expression écrite et orale… et de FLE, je souhaite mettre à disposition de tous des cours, des avis et Compte-rendu de lecture, des extraits de mes romans, des articles de linguistique, des recherches en mythologie et religion… et les liens vers la chaine "La Boule Athée" que je co-crée avec mon compagnon et ami.

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