Ce livre m’a été offert par ma mère, qui est ce qu’on appelle « pied-noir ». Elle me dit que j’y trouverais des questions… intéressantes, des informations sur ce qu’avait pu vivre mon grand-père, corrézien d’origine, étant parti vivre en Algérie et s’étant engagé dans l’armée de libération de la France, lors de la seconde guerre mondiale. Je le lis donc avec une grande curiosité. Des questions, j’en ai trouvé !
Mais également de bonnes réponses. Le livre est écrit par un narrateur qui est en train de se noyer. Il se souvient alors des conseils de Marc Aurèle, tellement bons qu’il me plait de vous les rapporter :
« Vivez une bonne vie. S’il y a des dieux et qu’ils sont justes, alors il ne se soucieront pas de savoir à quel point vous avez été dévots, mais ils vous jugeront sur la base des vertus par lesquelles vous avez vécu. S’il y a des dieux mais qu’ils sont injustes, alors vous ne devriez pas les vénérer. S’il n’y a pas de dieux, alors vous ne serez pas là, mais vous aurez vécu une vie noble qui continuera d’exister dans la mémoire de ceux que vous avez aimés. Je n’ai pas peur. » (p. 218)
Voici une morale qui m’est chère et familière. En voici la version plus pratique et brève :
R.E.S.C.A.P. R pour Raison de vivre E pour État d’esprit positif permanent S pour Se maîtriser C pour Calculez vos risques A pour Analysez rationnellement les actions à mener P pour Pensée non conventionnelle ! […] Le cerveau crée, paraît-il, les substances chimiques capables de nous faire réussir, mais à condition de « penser positif ». Pas de paroles tristes, dire l’espoir, refuser la négation, jusque dans la tournure des phrases. Cultiver l’humour ! » (p. 215)
Pensée non conventionnelle ? Bon, une fois n’est pas coutume, j’ai lu un roman.
Un homme en train de se noyer, donc, se remémore la vie de son père, de sa famille entière, des pieds noirs espagnols d’Algérie. Le livre s’ouvre sur une question : qu’est-ce qu’un « vrai » pied-noir ? Ou plutôt sur une accusation paternelle qui le laisse sans voix : « Mais toi, tu n’es pas un vrai pied-noir… » Mais qu’est-ce qu’un vrai pied-noir ?
Dans sa ville natale, Bel-Abbès, et sans doute dans toute l’Algérie, c’est plutôt l’hostilité qui règne, malgré l’entr’aide réelle et visible.
« A Bel-Abbès, les colons n’auraient jamais fait entrer dans leur famille un fils ou une fille d’Espagnols, quel que fût son statut dans la société. Ils se mariaient strictement entre eux ou avec des officiers de la Légion, le lustre de l’armée compensant l’opprobre de la naissance. Avec les Arabes, ceux qu’ils appelaient « ratons », « melons », ou « merles » quand il s’agissait de leur tirer dessus, cela n’était même pas envisageable. Les Juifs aussi se mariaient entre eux, les Espagnols et les Italiens, pareil. Idem pour tous les autres. Chacune de ces catégories cultivant avec la même hargne l’orgueil de sa propre ascension sociale. Des histoires d’argent, de race et de préjugés absurdes, vieilles comme le monde, mais qui reproduisaient un schéma identique dans toutes les couches de la population. » (p. 209)
Mais finalement, le rejet et la haine du différent, la famille du narrateur la retrouve à son arrivée en métropole, après la guerre d’indépendance de l’Agérie. (p.255) Le père, Manuel, héros du livre, Manuel, chirurgien en Algérie, ne trouve pas de travail dans sa branche. Les directeurs d’hôpitaux n’en veulent pas. Ils arguent explicitement de son origine « pied-noir » pour ne pas l’embaucher. Manuel se convertit finalement à la médecine généraliste et s’installe avec sa femme. Il se rappelle que, couché sur la liste noire des français, il était aussi sur une liste noire, en Algérie :
« Ton père était déjà sur la liste noire des deux camps : condamné à mort par les fellaghas, parce qu’il soignait les blessés de l’OAS, et par l’OAS parce qu’il soignait également les fellaghas qu’on lui amenait à l’hôpital. » (p. 277)
C’est alors que sa mère résume la situation et le contexte à son fils – le narrateur – en quelques phrases.
« Je t’explique : tu sais où se trouve l’Algérie ? Bien. Au début du siècle dernier, c’était un pays peuplé de tribus berbères gouvernées par des représentants de l’Empire Ottoman, la Turquie actuelle. Je te passe les détails, mais voilà qu’un jour, en 1830, le roi Charles X décide d’envahir leur territoire et de l’annexer à la France. Cela n’a pas été facile, et il y a eu des centaines de milliers de morts, mais le fait est qu’à peine cinq ans plus tard, des Espagnols et des Italiens comme tes arrière-grands-parents sont venus s’y installer pour travailler, nourrir leur famille, etc… » (p. 277)
Et nous arrivons au fond du problème, au cœur des questions, où il faut affronter sans complaisance les temps cruels :
« Pour une étude sur le patrimoine archéologique de l’Algérie, et sans doute, je m’en aperçois maintenant, à cause de ce contact invisible avec le cœur sacrificiel de ma ville natale, j’ai lu nombre de récits, de rapports, de carnets de route rédigés par les militaires français qui ont mené la conquête du pays. Contre toute attente, j’en ai tiré une sorte de respect pour ces soldats d’un âge révolu. Ils sont racistes, certes, mais comme la grande majorité de leurs contemporains ; cruels, bien sûr, mais autant que n’importe qui lorsque le fiel de la guerre nous dévore ; obtus, souvent ; imbéciles, parfois ; imbus d’eux-mêmes, presque toujours, mais jamais ou très rarement déloyaux. Ils ont été les seuls à voir la réalité en face et à prendre la mesure de la résistance berbère. Bugeaud l’a clamé sur tous les tons sans être entendu : « Il n’est pas dans la nature d’un peuple guerrier, fanatique et constitué comme le sont les Arabes, de se résigner en peu de temps à la domination chrétienne. Les indigènes chercheront souvent à secouer le joug, comme ils l’ont fait sous tous les conquérants qui nous ont précédés. Leur antipathie pour nous et notre religion durera des siècles. » (p. 76)
Bugeaud, j’ai souvent entendu son nom. Il se prenait en effet pour les conquérants romains… Jugurtha !
« Quant aux méthodes de guerre de Bugeaud – politique de la terre brûlée, mise à sac des douars, massacres de civils, etc. – elles ne sont pas plus novatrices, ni plus féroces que le modèle dont elles s’inspirent : celui du consul Metellus, durant le conflit qui l’opposa à Jugurtha. » (p. 78)
Cette cruauté, cette injustice, il faut l’avaler. Il faut tâcher de la comprendre, et Manuel s’y attèle. Il essaie de comprendre le point de vue de son père :
« Ce qu’il veut dire, je crois, c’est qu’il y aurait eu là-bas une chance de réussir quelque chose comme la romanisation de la Gaule, ou l’européanisation de l’Amérique du Nord, et que les gouvernements français l’avaient ratée. Par manque d’humanisme, de démocratie, de vision égalitaire, par manque d’intelligence surtout, et parce qu’ils étaient l’émanation constante des « vrais colons » - douze mille en 1957, parmi lesquels trois cents riches et une dizaine plus riches à eux dix que tous les autres ensemble – dont la rapacité n’avait d’égal que le mépris absolu des indigènes et des petits Blancs qu’ils utilisaient comme main-d’œuvre pour leurs profits. » (p. 305)
Et après tout, si on regarde vraiment l’histoire, sans fixer des dates arbitraires de début de colonisation…
« L’histoire des hommes, après tout, n’est faite que de ces ethnocides stratifiés. Se pose-t-on jamais la question pour la préhistoire ? Les hommes de Neandertal sont arrivés quelque part, voici trois cent mille ans, puis d’autres sont venus qui les ont avalés, puis d’autre encore, et ainsi à l’infini. […] Après une Algérie maure, carthaginoise, romaine, byzantine, vandale, arabe, ottomane, pourquoi n’y aurait-il pas eu une Afrique du Nord française, comme il y a aujourd’hui une Amérique du Nord anglo-saxonne ? Une conquête, une spoliation de terres, d’innombrables victimes, puis un lent processus de rééquilibrage conduisant à un président noir ? » (p. 306)
Alors l’auteur, après avoir endossé la vision paternelle, répond à la question : suis-je un vrai pied-noir ?
« Si être pied-noir consiste à faire partie du million de petites gens que le non-respect des accords d’Evian a humiliés, spoliés, chassés de leur terre natale, et qui portent en eux ce déchirement irrémédiable, alors je suis, de fait, un de ceux-là. Si être un « vrai » pied-noir consiste à déplorer que la France ne soit pas allée jusqu’au bout de son « œuvre civilisatrice » à admettre la colonisation comme un péché véniel dont on pourrait s’affranchir au vu des améliorations introduites en Algérie, alors mon père a raison, je n’appartiens pas à cette catégorie. » (p. 308)
Après toutes ses réflexions, le narrateur, qui au début de livre, était en train de faire naufrage, réagit et repart retrouver son père.
Mais revenons sur l’injustice. Je suis toujours épatée par ce mélange de solidarité et de racisme ou, pour le moins, de xénophobie, mais également de barbarie. Dans cette guerre pour libérer la France, où tous luttaient ensemble dans un seul but, notre histoire officielle cache tout de même quelques exactions. Alors parlons-en de l’Italie !
« Quoi qu’en dise mon père, ces crimes l’avaient suffisamment marqué pour qu’il s’en souvienne avec dégoût ; s’étonner d’y avoir été insensible, c’était se reprocher de n’avoir rien fait jadis pour essayer d’y mettre fin. La vérité, pourtant, c’est qu’en matière d’exactions sur les populations civiles, goumiers et tirailleurs n’ont pas été plus sauvages que les GI lors de la libération de la France. Entre trois et cinq mille viols pour le corps expéditionnaire français en Italie, à peu près la même chose pour les soldats américains en France et en Angleterre, les Russes remportant la palme, avec cent-vingt mille femmes violées dans la seule ville de Berlin. Plus qu’une sordide décompensation de soldats épargnés par la mort, le viol a toujours été une véritable arme de guerre. La pire, sans doute, avec le rapt et la torture. On ne blâme pas Ajax d’avoir violé Cassandre lors de la prise de Troie, mais seulement de l’avoir forcée tandis qu’elle agrippait une statue d’Athéna, accident qui transformait sa juste récompense en une fâcheuse profanation. » (p. 147)
Un goumier, c’est un soldat appartenant aux goums, unité d’infanterie légère de l’Armée d’Afrique, composé de troupes autochtones marocaines.
Alors pourquoi le viol de femmes ? Est-ce que tout le monde l’acceptait ?
(p. 139) « Au soir de ce même jour encore, dans le village de Seggiano, Peyrebrune châtia un goumier surpris en train de violer une fillette. Après l’avoir fait déshabiller et attacher à un arbre de la place, il le cravacha lui-même durant de longues minutes jusqu’à le laisser pour mort. »
Ah quand même ! C’est bien fait. Mais tout s’explique… ?
« Comme le général Guillaume, Peyrebrune connaissait ses goumiers depuis la campagne de Tunisie. Courageux jusqu’au sacrifice, irremplaçables en terrain montagneux, ces hommes ne combattaient qu’avec l’espérance d’un butin de guerre. Dans leur esprit, soutenait-il, les femmes relevaient de cette récompense, et somme toute, ils ne faisaient avec elles que ce que les soldats italiens avaient infligé aux leurs en Afrique du Nord. Et puis face aux Boches, il valait mieux passer pour des barbares que pour des dégonflés. » (p. 134)
La dernière phrase résonne. Violer pour passer pour des barbares et non des dégonflés… face à d’autres hommes qui, probablement, violaient eux aussi, des femmes qui passaient donc pour des dégonflées ?
Et puis je tombe sur Jean de Lattre de Tassigny… Des rues Jean de Lattre de Tassigny, en googlelisant, on en trouve à Issoudun, Cannes, Colmar, Autun, Limoges… et qui s’est interrogé sur qui est-ce ?
« Le bellâtre, tout le monde le savait depuis l’Italie, au moins parmi les soldats, c’était Jean de Lattre de Tassigny, dit aussi « le roi Jean » ou « l’excité », dont on moquait moins les manières d’aristocrate que sa façon de s’entourer de jeunes efféminés. Marigny faisait allusion au théâtre, évidemment. Un « pédé », avait dit Petitpoisson, l’air navré, quand on avait appris qu’il remplacerait Juin à la tête de l’armée d’Afrique. » (p. 152)
Wikipedia confirme ce surnom, « le roi Jean ». Né en 1889 et mort en 1952. Il s’est battu, encore jeune officier, lors de la Première Guerre mondiale. Il participe à la guerre du Rif, au Maroc, puis se bat contre l’Allemagne jusqu’à l’armistice du 22 juin 1940.
Parmi ses hauts faits, si j’ai bien compris, il refuse l’ordre de ne pas combattre, ordre donné par le gouvernement de Vichy, et continue à commander à ses troupes de s’opposer aux Allemands. Il est, pour cela, arrêté et condamné à dix ans de prison. Il réussit à s’évader et rejoint la France libre et De Gaulle. Ce dernier lui confie la 1èrearmée. Il réussit à réunir l’ensemble des résistants, de gauche ou de droite, et de tout horizon. Il mène la campagne dite du Rhin et du Danube, contre le Troisième Reich. De Toulon à Colmar. L’armée « invincible », la fameuse 1èrearmée.
Qu’est-ce que c’est que cette campagne du Rhin et du Danube ? C’est cette 1èrearmée qui est parfois surnommée Rhin et Danube ? Pour finir, je vais publier une affiche, faite par ma tante, en hommage à son père, mon grand-père, que j’ai très peu connu, qui résume un peu sa participation à cette guerre.
ou pire : l’attente (naïve ?) d’un rappel, de la mise en application de décisions prises en réunion interminable…
Devant l’ampleur des désastres, d’une radicalisation d’une partie de la population, des menaces de l’État Islamique, de la montée des théories du complot, le préfet
Et c’est bien la question qui taraude pas mal d’enseignants, beaucoup de collègues qui font des efforts pour éveiller à l’esprit critique (un exemple bien connu, abordé p. 151, Sophie Mazet, auteur du Manuel d’autodéfense intellectuelle, Paris Robert Laffont, 2015). Mais les bonnes intentions suffisent-elles ? N’y a-t-il pas un risque ? Le risque d’engendrer un phénomène de boomerang, de renforcement des croyances complotistes en guise de défense, ou pire : de faire connaître des théories complotistes à des jeunes qui les ignoraient… Comment faire face aux problèmes de croyances ?
Le dieu de l’ancien testament a certainement hérité des attributs de Baal, un terme générique pour désigner les dieux masculins du Proche-Orient ancien. Le Baal est un roi parmi les dieux et c’est un mâle (p. 34). YHWH est lui aussi présenté sous les traits d’un époux ou d’un amant, soit lorsqu’il séduit Israël, sa fiancée (p. 36) en Os 2, 16-17 ou Jr 2,2, soit lorsqu’il est trahi par Israël qui se vautre dans l’adultère auprès de dieux étrangers…Os 2, 15 ou Jr 3, 6-8.
Pourtant, les premières réformes du judaïsme visant le culte exclusif de YHWH ont eu à cœur d’éliminer celle qui a pu être sa déesse, sa compagne ou maîtresse, Ashera, reine du ciel. Elle est évoquée dans plusieurs passages de la Bible (p. 42), notamment en Jr 44, 17-18, tour à tour chassée du Temple, réhabilitée, regrettée, chassée à nouveau…
T.R. évoque quatre moments où Dieu se montre cruel, notamment par son silence ou ses menaces : le sacrifice loupé d’Abraham, le sacrifice réussi de Jethro (que l’on peut rapprocher de la légende grecque du sacrifice de Iphigénie par Agamemnon), le combat de Jacob et la circoncision de Moïse par sa mère, Zipporah.
Plusieurs passages de la bible dépeignent un Dieu guerrier, qui cherche à agrandir son territoire. Or cette figure divine, que l’on retrouve en particulier dans le Livre de Josué, pourrait bien être largement inspirée des Assyriens.
Quel est alors véritablement le rôle du serpent soi-disant tentateur ? On peut imaginer qu’il obéit aux ordres de dieu ! (p. 97)
Dans la Genèse, Abel et Caïn sont en rivalité : ils font l’expérience de l’inégalité à cause de la préférence de YHWH. Ils font l’expérience de l’arbitraire divin : la vie n’est pas « juste ». C’est en Genèse 4, 7 que le mot « péché » apparaît pour la première fois, et ce n’est pas à propos de la pomme, mais bien à propos de la transgression d’un interdit divin : le vrai péché est de laisser libre cours à la violence. Pourtant, dans les Psaumes, notamment, on trouve non seulement des témoignages de la vengeance divine (Ps 136, v. 1.17-18) mais également des appels à la vengeance (Ps 58, v. 7.11-12)
Job est harcelé de malheurs, comme autant d’épreuves envoyées par Dieu, et s’interroge, se plaint même du silence divin. Ce qu’il faut apprendre, c’est que l’on ne doit pas chercher à comprendre. C’est bien ce que tente d’illustrer le Qohéleth.

(p. 28) « Les Hyksos étaient des étrangers, des Sémites venus de la région de Canaan, c’est-à-dire de la région qui comprend les actuels Israël, Liban, Syrie et Jordanie. On trouve des représentations des Sémites en Égypte dès le XIXè siècle av JC – par exemple, un mur peint dans une tombe égyptienne à Beni Hasan, qui montre des négociants et des commerçants « asiatiques » transportant des marchandises. L’invasion de l’Égypte par les Hyksos marqua la fin de la période du Moyen Empire (d’environ 2134 à 1720 av JC). Leur succès pourrait être dû à une supériorité technologique militaire et à leur capacité de première frappe car ils possédaient des arcs composites à bien plus grande portée que les arcs traditionnels. Ils disposaient aussi de chars tirés par des chevaux, inconnus en Égypte. Après la conquête, les Hyksos régnèrent sur l’Égypte, essentiellement à partir de leur capitale Avaris dans le delta du Nil, pendant la seconde période intermédiaire (de la XVè à la XVIIè dynastie, c’est-à-dire presque deux siècles, de 1720 à 1550 av JC. De 3000 à 1200 av JC, c’est la seule période où ce pays fut dirigé par des étrangers. »
« il ferme les temples consacrés à Ra, Amon et autres divinités de premier plan, s’empare de leurs gigantesques trésors, concentrant entre ses mains un pouvoir inégalé en tant que chef de gouvernement, chef militaire et religieux. Il interdit le culte de toutes les divinités égyptiennes hormis Aton, le disque du soleil que lui – et lui seul – a le droit de célébrer sans intermédiaire. » (p. 68)
Il y eut une grande et longue lutte cruelle. Les égyptiens rapportent que les Hittites envoyèrent deux hommes, des Bédouins Shasou, espionner le côté égyptien. Ils se laissèrent capturer très facilement : leur objectif était de fournir au camp égyptien de fausses informations selon lesquelles les Hittites stationnaient encore loin de Qadesh. Ramsès II décida alors de précipiter son départ pour arriver avant les troupes hittites et leur tendre un piège. Mais ce sont eux qui furent pris. Au final, il n’y eut pas de vainqueur, mais Qadesh demeura la frontière entre les deux empires.


Par exemple, d’après les expériences récentes en neuroscience, loin d’être une acquisition, le concept même d’objet pourrait bien être inné. Les bébés naîtraient avec le concept d’objet (p. 98), le sens du nombre (p. 102), l’intuition des probabilités : la preuve, les bébés font très tôt preuve de surprise.
« Il nous faut admettre qu’en plus du renforcement des voies organiques préétablies, des voies nouvelles se créent par ramification et croissance progressive des arbres dendritiques et axonaux. » Santiago RAMON Y CAJAL, prix Nobel de médecin (1904)
« Leurs effets sont massifs. Si vous vous souvenez si bien de ce que faisiez le 11 septembre 2001, lorsque vous avez appris l’attentat du World Trade Center, c’est qu’un ouragan de neurotransmetteurs a balayé vos circuits cérébraux ce jour-là, notamment dans l’amygdale, siège des émotions fortes, et que vos synapses en ont été massivement altérées. » (p. 136)
« Autant pour Platon, qui croyait naïvement que l’apprentissage de la lecture, en nous permettant de nous reposer sur la
mémoire externe du livre, allait ruiner notre mémoire interne. Rien n’est plus faux. Le mythe du barde ou du griot qui, bien qu’illettré, posséderait sans effort une immense mémoire a vécu. Tous, nous devons exercer notre mémoire – et le fait d’être allé à l’école et d’avoir appris l’alphabet aide énormément. » (p. 174)
des mêmes exercices permet de consolider les connaissances. Dans l’idéal, pour apprendre, on peut même augmenter au fur et à mesure l’intervalle qui sépare chaque révision.
Selon la taxonomie de Bloom (p. 80), objet d’étude des sciences de l’éducation, on trouve les compétences liées à l’esprit critique comme faisant partie des plus hauts niveaux, à savoir analyse, synthèse et évaluation. Une équipe de chercheurs (p. 82) a complété cette liste pour aboutir à la liste suivante (p. 83) :

poursuivre ou continuer ce « mouvement », avec les moyens conceptuels du spinozisme (12) puisque Spinoza, comme de par hasard, développe une théorie de la valeur.
t l’évolution ? C’est l’évolution, c’est par l’histoire qu’on explique que ceci a davantage de valeur que cela ? Ah oui, mais lequel ? Connaît-on cette origine avec certitude ? Non. Il y a peut-être un début, mais il n’est pas connaissable (25) : c’est l’anarchie ! Pas de commencement. Néanmoins, quelque chose s’est inlassablement poursuivi et perpétré, avec des évolutions et des changements d’orientations, par l’imitation sociale. Parfois, on ne sait pas pourquoi les hommes ont fait de tels choix, et Pascal d’asséner : « Parce qu’il a plu aux hommes ! » (45)
: « Ne vous imaginez pas que ce soit par un moindre hasard que vous possédez les richesses dont vous vous trouvez maître, que celui par lequel cet homme se trouvait roi. » Seule la contingence des investissements de la potentia multitudinis est ici souveraine. (49) Il n’y a pas de héros causa sui. » (63)
On peut avoir une idée du statut de la science là-dedans (Lordon s’appuie sur Paul Veyne, Les Grecs ont-ils cru à leur mythe ?) : « D’Hésiode qui « sait qu’on le croira [et] est le premier à croire tout ce qui lui passe par la tête » à Einstein ou, dit Veyne, aux bactériologistes que nous croyons sur parole sans disposer nous-mêmes du premier savoir bactériologique de première main, il se produit une transformation de régime de l’autorité. Celle-ci migre auprès d’instances « spécialisées », socialement reconnues comme telles. » (138) [comprendre : les institutions]
Alors, sans grande surprise, tandis que les humains mâles étaient déjà plutôt des hommes du bâtiment ou du régiment, qui allaient régulièrement emmerder le voisin pour lui prendre sa terre ou ses biens, ou encore pour lui vendre sa camelote(1), mesdames restaient au chaud et s’occupaient des choses importantes de la vie : toute la maison et toute la famille. Entretien, habillement, alimentation, gestion des stocks… mais également, rejetons divers et variés et personnes âgées (la belle-mère… ou les belles-mères). Pas mal non ?
Dans le formidable livre 
Plus on monte dans les sphères, plus est prégnante la bipartition « fonctionnelle » qui consacre les femmes à l’économie domestique. Plus on est pauvre, plus les femmes doivent travailler. Mais l’argent gagné ne leur revient pas.
Par exemple, dans les codes de Lois d’Hammurabi (1769) – un célèbre roi Babylonien – ou les lois médio-assyriennes (XIVè av JC), les femmes sont considérées comme des « mineures » légales, mais elles ont des droits, qui sont mentionnés et sauvegardés. (Cf Femmes, droit et justice dans l’Antiquité orientale. Contribution à l’étude du droit pénal au Proche-Orient, Fribourg, Academic Press, Sophie Démare-Lafont 1999)
Dans d’autres pays, on brûle les veuves… c’est le rite du Sati.


« Je suis un modéré de gauche – en termes américains, un « libéral ». Pour cette raison, je veux indiquer clairement à mes lecteurs français ce que ce livre n’est pas. Ce n’est pas un livre contre le multiculturalisme, lequel est un fait social dans tous les pays occidentaux. Ce n’est pas non plus un livre contre le communautarisme, sur quoi les expériences américaines et européennes sont très différentes. Et ce n’est pas un livre contre l’immigration, même s’il ouvre des pistes de réflexion. Ce livre défend un certain républicanisme, la forme la plus digne et éclairée de la démocratie moderne. » (10-11)
Mark Lilla en veut surtout aux universitaires, dont il fait partie et qu’il dit bien connaître, de par le fait… Ces derniers auraient dû « enseigner aux jeunes gens qu’ils partagent un destin avec tous leurs concitoyens, et qu’ils ont envers eux des devoirs. Au lieu de quoi, ils ont incité les étudiants à être les spéléologues de leur propre identité et en ont fait des êtres sans aucune curiosité pour le monde extérieur. » (74)
Les hommes et les femmes de ces nouvelles banlieues vendues comme des promotions sociales, se sont finalement sentis aliénés par un système qui en fait des machines à travailler et à consommer. Est alors montée la peur d’être englouti par la société de masse… « C’est l’âge de la crise identitaire, formule inventée au début des année 1950 par le psychologue allemand Erik Erikson pour décrire un état très répandu. » (83)
Dans ces banlieues, on assiste à un déferlement inédit du romantisme politique dans les années 60. Autour du slogan « le privé est politique » (81) selon les mots d’Emerson, qui prétend également « Partout la société conspire contre l’humaine nature de chacun de ses membres ». (84) Tout est dit. Une pensée complotiste assumée.
Pour être bien de son avis sur de larges pans de son livre, je ne pourrai toutefois pas m’associer avec des anti IVG… ni renoncer à un idéal universaliste au nom du respect temporaire que l’on devrait à un multiculturalisme teintée de croyances diverses, louées parfois au seul mérite de leur ancienneté… bref, à la fin du livre, je nous trouve globalement mondialement mal barrés.



Un autre exemple. La bible abrite deux versions du recensement commandité par David. Dans l’une (Livre II, Samuel, 24), il ne fait qu’obéir à son dieu, mais dans l’autre, il obéit au diable (Chroniques livre I, 21).
Pourquoi ? Thomas Römer, que l’on voit ici dessiné 🙂 explique : « Cela montre justement que l’on voulait laisser à l’intérieur de la Bible une diversité de points de vue mais aussi permettre à ses auditeurs et lecteurs de se faire leur propre opinion ou interprétation. » (p.16)
une vraie bibliothèque.