Diderot sur les femmes

Voici condensé un aperçu de l’aperçu des hommes pourtant éclairés d’une époque, les Lumières, sur… les femmes ! Cette catégorie qui leur semble apparemment si mystérieuse, insondable, parfois ridicule, souvent lascive et oisive – pourtant à cette époque, 98% des français étaient paysans, donc je crois bien que 98% des femmes au moins avaient une activité… et quelle activité !!!college_francais_maupassant_peinture_08

Après quelques saynètes rocambolesques, Diderot s’adresse directement à son lecteur pour critiquer La Dissertation sur les femmes de Thomas, qui n’a pas laissé de grandes traces par chez nous…

Comme toujours et par son ironie mordante, Diderot nous invite à suivre ce que lui, Diderot, aurait écrit au sujet des femmes… et il commence fort car lui prétend qu’il se serait

« occupé avec plus d’intérêt et de chaleur du seul être de la nature qui nous rende sentiment pour sentiment, et qui soit heureux du bonheur qu’il nous fait. »

La femme serait-elle le meilleur ami de l’homme ?images

Puis on (re)découvre avec agacement les éternels poncifs féminins:

« J’ai vu l’amour, la jalousie, la superstition, la colère, portés dans les femmes à un point que l’homme n’éprouva jamais. »

Et comment se fait-ce ?

« Les distractions d’une vie occupée et contentieuse rompent nos passions [nous les hommes]. La femme couve les siennes : c’est un point fixe, sur lequel son oisiveté ou la frivolité de ses fonctions tient son regard sans cesse attaché. »

Et oui, les femmes ne font rien, ou rien de très intéressant.

Au lit, les pauvres, elles n’ont guère de plaisir. « Notre organe est plus indulgent » dit Diderot. Comprenez que les hommes peuvent jouir de n’importe quelle femme… tandis que les femmes peuvent avoir du dégoût pour un homme qu’on leur impose. Non mais sans blague ! Quelle sensiblerie !

Reprenons sur l’hystérie féminine, générée par son oisiveté grande, mère de tous les vices. D’ailleurs, a-t-on jamais vu pythonisse homme ? Jamais. Ainsi voit-on souvent les femmes se parer de l’orgueil le plus théâtral et des troubles de l’émotivité les plus exacerbés.

Mais au final, malgré sa verve ironique et ses tours de passe-passe, Diderot se montre touché. D’abord par une fragilité supposée du corps féminin, qui, contre toute logique selon lui, est pourtant vouée à porter la vie…

« Il n’y a peut-être pas de joie comparable à celle de la mère qui voit son premier-né : mais ce moment sera payé bien cher. »

Voici alors dépeint par Diderot le cruel destin de toutes les femmes :

« la beauté passe ; arrivent les années de l’abandon, de l’humeur et de l’ennui. C’est par le malaise que Nature les a disposées à devenir mères ; c’est par une maladie longue et dangereuse qu’on leur ôte le pouvoir de l’être. Qu’est-ce qu’alors qu’une femme ? Négligée de son époux, délaissée de ses enfants, nulle dans la société, la dévotion est son unique et dernière ressources. Dans presque toutes les contrées, la cruauté des lois civiles s’est réunie contre les femmes à la cruauté de la nature. Elles ont été traitées comme des enfants imbéciles. »

UnknownTenons-le pour dit par Diderot : si les femmes ont contribué à rendre pérenne la religion, c’est contraintes par un despotisme masculin tyrannique. Pour parfaire le tableau, il rapporte le récit d’une femme indienne d’Amazonie, réduite en esclavage auprès de son époux et qui conclut :

« Mais notre plus grand malheur, tu ne saurais le connaître. Il est triste pour la pauvre indienne de servir son mari comme une esclave, aux champs accablée de sueurs, et au logis privée de repos ; mais il est affreux de le voir, au bout de vingt ans, prendre une autre femme plus jeune, qui n’a point de jugement. Il s’attache à elle. Elle nous frappe, elle frappe nos enfants, elle nous commande, elle nous traite comme ses servantes… »

Sur ce témoignage et bien d’autres observations, Diderot tire une mise en garde terrible contre l’amour et conjure les femmes d’être prudente. Quand elles entendent « Je t’aime », elle devrait entendre :

« Si vous vouliez me sacrifier votre innocence et vos mœurs ; perdre le respect que vous vous portez à vous-même, et que vous obtenez des autres ; marcher les yeux baissés dans la société, […] ; renoncer à tout état honnête ; faire mourir vos parents de douleur et m’accorder un moment de plaisir, je vous en serai vraiment obligé. »

Diderot s’insurge contre l’injustice faite aux femmes :

« Femmes, que je vous plains ! Il n’y avait qu’un dédommagement, à vos maux ; et si j’avais été législateur, peut-être l’eussiez-vous obtenu. Affranchies de toute servitude, vous auriez été sacrées en quelque endroit que vous eussiez paru. »

A la toute fin, Diderot reproche à Thomas son ingratitude pour n’avoir soufflé mot des avantages du commerce (=de la fréquentation) des femmes pour un homme de lettres car, dit-il :

« Quand elles ont du génie, je leur en crois l’empreinte plus originale qu’en nous. »

Denis Diderot

Sur les femmes et autres textes

Folio-Gallimard 2013

Et merci à mon amie Marie-Noëlle pour m’avoir permis cette lecture…!

Pour la blague cachée, imaginons un monde  tellement matriarcal que les hommes en seraient réduits à être tour à tour les objets du désir ou  les sujets repoussoirs des femmes… cliquez ici.

La lune et la mystique lunaire (2)

La lune et la mystique lunaire (2)

Cet article est une simple recension d’extraits du Traité d’histoire des Religions – Mircea Eliade*

Ce traité est une synthèse des éléments qui constituent les religions primitives comme récentes ; l’organisation n’est ni chronologique ni fonction des grands courants religieux que, a posteriori, nous dessinons aujourd’hui (les polythéismes, les monothéismes etc…). Chaque chapitre propose une synthèse des symboles ou éléments communs aux mythes, croyances et légendes du monde entier, et qui constituent bien souvent le substrat des religions qui, aujourd’hui encore, perdurent.

Vous lirez ici une synthèse de la seconde moitié du chapitre La lune et la mystique lunaire, (les 6 dernières parties)

Symbolisme lunaire

Le serpent est associé symboliquement aux puissances de fécondité, de régénération, d’immortalité par métamorphose, de par son destin lunaire. Mais il faut bien comprendre que loin d’être juxtaposées, ces valeurs sont une : « Saisi à travers les expériences religieuses, le monde se révèle comme une totalité. »

La Lune et la Mort

La lune symbolise également la régénération ; « de nombreuses divinités lunaires sont en même chtoniennes et funéraires (Mên, Perséphone, probablement Hermès, etc. »

Chez les indiens, on trouve l’idée que les morts les plus valeureux s’en vont dans la lune.

Chez les pythagoriciens, la notion d’empyrée uranien est rendue célèbre : « c’est dans la lune que se trouvaient les Champs Elysées, où se reposaient les héros et les Césars (ref. dans Cumont, 184, n.4). « Les îles des bienheureux » et toute la géographie mythique de la mort furent projetées sur les plans célestes : lune, soleil, voie lactée. »

La Lune est cependant perçue comme une étape dans l’attente d’une nouvelle vie.

Nous retrouvons la conception de la lune comme séjour des âmes des morts dans plusieurs témoignages iconographiques assyro-babyloniens, phéniciens, hittites, anatoliens.

« Le symbole funéraire de la demi)lune est fréquent dans l’Europe entière (ibid.213 sq). Cela ne veut pas dire qu’il a été introduit en même temps que les religions romano-orientales à la mode sous l’Empire ; car, en Gaule, par exemple (ibid., 217), la lune était un symbole autochtone utilisé bien avant le contact des romains. La « mode » s’est contentée de ramener à l’actualité des conceptions archaïques en formulant une tradition préhistorique en termes neufs. »

La Lune et L’initiation

La mort n’est pas définitive.

« Une foule de mythes parlent du « message » transmis par la lune aux hommes par l’intermédiaire d’un animal (lièvre, chien, lézard, etc.) et dans lequel elle assure que : « tout comme je peurs et ressuscite, ainsi tu mourras et reviendras à la vie ». Soit pas stupidité, soit par méchanceté, le « messager » communique exactement le contraire et assure que l’homme, à la différence de la lune, ne revivra plus une fois mort. »

Ce mythe est répandu en Afrique et dans les îles Fidji, en Australie etc.

La croyance en la résurrection se retrouve également dans le cadre de l’apologétique chrétienne. Les initiations consistent parfois à simuler une mort (« expérimenter une mort rituelle ») après laquelle l’homme est un « homme nouveau ». Les initiés devaient avoir passé, parfois, 4 jours dans la forêt où leur sont révélés les secrets rituels.

Osiris, une fois mort, est enfermé dans un cercueil et caché. Seth, alors qu’il chassait, le découvre une nuit de lune ; il partage alors le cadavre d’Osiris en 14 morceaux qu’il répand sur tout le territoire égyptien (De Iside, 18).

Symbolisme du « devenir » lunaire

Le « devenir » est la norme lunaire. Qu’il soit observé dans ses moments dramatiques – naissance, plénitude et disparition de l’astre, – ou mis en valeur comme un « fractionnement », une « numération », ou perçu par intuition comme le « chanvre » dont sont ourdis les fils du destin, cela dépend sans doute des capacités mythiques et raisonnantes des diverses peuplades, ainsi que leur niveau culturel. »

« Que la lune « mesure » et « partage », non seulement les étymologies mais encore les classifications archaïques le prouvent. »

Cosmobiologie et physiologie mystique

« Ces homologations ne remplissent pas seulement une fonction classificatrice. Elles ont été obtenues par un effort d’intégration totale de l’homme et du Cosmos dans le même rythme divin. »

Le tissu et le tisserand – « La lune « relie » ensemble, par son mode d’être, une foule immense de réalités et de destins. Harmonies, symétries, assimilations, participations, etc., coordonnées par les rythmes lunaires, constituent un « tissu » sans fin, un « réseau » […] Ce sont des déesses séléniques qui ont inventé la profession de tisserand (comme la divinité égyptienne Neith), ou qui sont célèbre dans l’âge du tissage (Athéna châtie Arachné qui a osé rivaliser avec elle) »

« Evidemment, nous avons affaire à des formes complexes, ayant cristallisé mythes, cérémoniaux et symboles appartenant à des ensembles religieux différents, et qui ne sont pas toujours directement issues de l’intuition de la lune en tant que normes des rythmes cosmiques et support de la vie et de la mort. Par contre, nous trouvons présente les synthèses Lune-Terre-Mère avec tout ce qu’elles signifient (ambivalence bien-mal ; mort-fertilité ; destin). »

Attention, d’autres sont associés et assemblés dans ce réseau.

La lune et le destin

La lune est souvent représentée par une énorme araignée, car tisser ne signifie pas seulement prédestiner, mais aussi réunir ensemble.

« Les Moirai, qui filent les destins, sont des divinités lunaires » Klothô est la fileuse.

« Ce furent probablement, à l’origine, des divinités de la naissance, mais la spéculation ultérieure les a élevées jusqu’à la personnification du destin. »

Fileuse et cueilleuse – « Bien entendu, dans les cultures où les Grandes déesses ont cumulé les vertus de la Lune, de la Terre et de la Végétation, le fuseau et la quenouille avec lesquels elles filent les destins des hommes deviennent, parmi tant d’autres, leurs attributs.

Pensons aussi à Kâla, qui signifie le temps, terme proche de Kâli. Kâla signifie aussi « noir », « assombri », « taché ». « Le temps est noir parce qu’il est irrationnel, dur, sans pitié. Qui vit sous la domination du temps est soumis à des souffrances de toute sorte… » Pour les indiens, nous sommes actuellement dans le kaliyuga, l’âge de Kali.

Métaphysique lunaire

Une vue d’ensemble sur toutes ces hiérophanies lunaires :

  1. a) fertilité (eaux, végétation, femme ; « ancêtre » mythique)
  2. b) régénérateur périodique (symbolisme du serpent et de tous les animaux lunaires ; « homme nouveau », survivant d’une catastrophe aquatique causée par la lune ; mort et résurrection initiatiques ; etc.)
  3. c) « temps » et « destin » (la lune « mesure », « tisse » les destins, « relie » entre eux les plans cosmiques distincts et les réalités hétérogènes)
  4. d) changement, marqué par l’opposition lumière-obscurité (pleine lune-nouvelle lune ; « monde supérieur » et « monde inférieur » ; « frères ennemis », bien et mal) ou par la polarisation être-non être, virtuel-actuel (symbolisme des « latences » : nuit sombre, obscurité, mort, semences et larves).

Dans tous ces thèmes, l’idée dominante est celle du rythme réalisé par la succession des contraires, du « devenir » par la succession des modalités polaires (être-non-être…)

Ainsi arrive-t-on par quantités d’exemples au mythe de l’éternel retour. L’homme se contemple et s’observe dans la lune.

« Si la modalité lunaire est par excellence celle du changement, des rythmes, elle n’en est pas moins celle du retour cyclique ; destin qui blesse et console à la fois, car si les manifestations de la vie sont assez fragiles pour se dissoudre d’une manière fulgurante, elles sont cependant restaurée par « l’éternel retour » que dirige la lune. […] dans certaines tantriques, on poursuit l' »unification » de la lune et du Soleil, c’est-à-dire le dépassement de la polarité, la réintégration dans l’Unité primordiale. »

D’autres mythes « constituent la première tentative faite par l’homme pour dépasser son « mode d’être lunaire ».

Extraits du Traité d’histoire des religions de Mircea Eliade, Chapitre IV, pp. 139 à 164. (Payot)

*Le travail de Mircea Eliade est d’une extrême densité ; une multitude d’exemples variés rendent impossible – et peu pertinent – le simple résumé. Par ailleurs, lorsqu’il décide de rassembler et synthétiser ses idées, cela est écrit d’une façon tellement limpide que je n’ai pas souhaité le paraphraser inutilement ou encore synthétiser une remarque déjà synthétique.

La lune et la mystique lunaire (1)

Cet article est une recension d’un chapitre du Traité d’histoire des Religions – Mircea Eliade

Ce traité est une synthèse des éléments qui constituent les religions primitives comme récentes ; l’organisation n’est ni chronologique ni fonction des grands courants religieux que, a posteriori, nous dessinons aujourd’hui (les polythéismes, les monothéismes etc…). Chaque chapitre propose une synthèse des symboles ou éléments communs aux mythes, croyances et légendes du monde entier, et qui constituent bien souvent le substrat des religions qui, aujourd’hui encore, perdurent.

Vous lirez ici une synthèse de la première moitié du chapitre La lune et la mystique lunaire, (les 6 premières parties)

La lune et le Temps :

Dans ce Chapitre, Mircea Eliade explique que la lune est un moyen de mesure du Temps concret (par opposition au temps astronomique, pas encore observé avant le néolithique). Preuve en est la racine indo-européenne me « La plus ancinne racine indo-aryenne se rapportant aux astres est celle qui désigne la lune (cf. O; Schrader, Sprachvergl. und Urgeschichte, 2è éd., p. 443 sp ; W. Schultz, Zeitrechnung, p. 12 sq.) : c’est la racine me, qui donne en sanskrit mâmi, « je mesure ». La lune est l’instrument de mesure universel. »

Traces dans les langues indo-européennes : mâs (sanskrit), mâh (avestique), mah (vieux prussien), menu (lituanien), mêna (gothique), méne (grec), mensis (latin).

Or la lune est également, par sa naissance et sa mort que l’on peut observer – en effet, pendant 3 nuits, le ciel reste sans lune – le symbole de l’éternel retour. Elle contrôle également tous les plans cosmiques régis par la loi du devenir : eaux, pluie, végétation, fertilité.

Par analogie ou « rapports de sympathie ou d’équivalence entre ces séries de phénomènes », le même symbolisme ou la même structure relie entre eux la Lune, les Eaux, la Pluie, la fécondité des femmes, celle des animaux, la végétation, le destin des humains après la mort, les cérémonies d’initiation.

« La lune mesure, mais aussi unifie » parce que le cosmos entier est perçu comme régi par ce même dénominateur. « Tout se tient, tout se relie et constitue un ensemble de structure cosmique. » conclut Mircea Eliade.

Solidarité des épiphanies lunaires

Dans ce chapitre, Mircea Eliade rappelle à raison que l’on doit être vigilant en abordant la mystique et la symbolique archaïque et pré-néolithique : les hommes d’avant ne pensent pas comme nous. L’analogie prévaut sur l’analyse (même si, aujourd’hui encore, le procédé analogique est bien répandu). Il demeure difficile pour nous d’appréhender « toute la richesse de nuances et de correspondances qu’implique une quelconque réalité (c’est-à-dire sacralité) cosmique dans la conscience de l’homme archaïque. Pour celui-ci, un symbole lunaire (une amulette, un signe inconographique) non seulement fixe et concentre toutes les forces séléniques agissant dans tous les plans cosmiques – mais encore, l’établit, lui, homme, au cœur de ces forces, faisant croître sa vitalité, le rendant plus réel, lui garantissant une meilleure condition après la mort. »

Il faut donc prendre en compte cette globalité de la perception d’alors, qui n’est plus la nôtre aujourd’hui : « Nous explicitons causalement ce qui a été perçu intuitivement comme un ensemble ».

Ainsi donc « l’homme s’est reconnu dans la « vie » de la lune ».

La Lune et les Eaux

Les Eaux, comme on l’a vu, sont soumises au rythme de la lune : marée, pluie. On trouve des témoignages de cette croyance dans de nombreux mythes répertoriés par Eliade. De ce fait, les Eaux sont considérés comme ce qui engendre le pourrissement et permettent également la régénérescence. Les mythes concernant le déluge raconte ce cycle : « Les mythes diluviens, dans leur grande majorité, révèlent comment a survécu un individu unique, dont descend la nouvelle humanité. Quelque fois, ce survivant – homme ou femme – épouse un animal lunaire qui devient ainsi l’ancêtre mythique du clan ». Mircea Eliade cite l’exemple d’une légende dayak qui s’accouple avec un chien pour donner naissance à une nouvelle humanité. Il existe d’innombrables versions des mythes diluviens.

La Lune et la Végétation

En vertu de son pouvoir destructeur et régénérant, la lune entretient, symboliquement, un lien considéré comme organique avec la végétation. Un très grand nombre de dieux de la fertilité sont aussi des divinités lunaires : Hathor en Egype, Ishtar, Anaïtis en Iran (archaïque).

Mircea Eliade ouvre une parenthèse sur les breuvages magiques qui confèrent parfois l’immortalité, du fait de la synthèse lune-eau-végétation : le soma indien ou l’haoma iranien. L’amrita, l’ambroisie (littéralement an (privé de de) brotos (mort)), comme le soma ont leur prototype céleste réservé aux dieux et héros. L’ancêtre de la potion magique…

La Lune et la Fertilité

« La fertilité des animaux comme celle des plantes est, elle aussi, soumise à la Lune. La relation entre la fécondité de la lune devient parfois quelque peu compliquée, du fait de l’apparition de nouvelles « formes religieuses » – comme la Terre-Mère, les divinités agraires, etc. »

La corne, la fameuse corne d’abondance, est un symbole lunaire de fécondité : « Il est certain que la corne de bovidé est devenue symbole lunaire parce qu’elle rappelle un croissant, c’est-à-dire ‘évolution astrale totale » (Hentze, Mythes et symboles, 96).

Le Serpent : les mythes et légendes relatifs au serpent sont très répandus et très nombreux. Retenons qu’il est parfois « l’époux de toutes les femmes » « Le symbolisme du serpent est d’une polyvalence troublante, mais tous les symboles convergent vers une même idée centrale : il est immortel parce qu’il se régénère, donc c’est une « force » de la lune, et, comme tel, il distribue fécondité, science (prophétie) et même immortalité. D’innombrables mythes évoquent le funeste épisode où le serpent a ravi l’immortalité accordée à l’homme par la divinité. Mais ce sont là des variantes tardives d’un mythe archaïque dans lequel le serpent (ou un monstre marin) garde la source sacrée et celle de l’immortalité (arbre de Vie, Fontaine de Jouvence, Pomme d’or).

Quant au serpent époux de toutes les femmes, on observe une résurgence de cette probable croyance pré-néolithique dans de nombreuses légendes, à ceci près que, de l’ennemi de l’homme-mâle il devient l’ennemi de l’humanité, par un retournement curieux.

« Le cycle menstruel a sans doute contribué à rendre populaire la croyance selon laquelle la lune est le premier époux des femmes. »

Les civilisations amérindiennes présentent le double symbolisme du serpent décoré de « losanges ». « Cet ensemble a sans aucun doute un sens érotique, cependant la coexistence du serpent (phallus) et des losanges formule tout à la fois une idée de dualisme et de réintégration qui est par excellence lunaire, car nous retrouvons ce même motif dans l’iconographie lunaire de la « pluie », de « la lumière et l’obscurité », etc. (Hentze, Objets rituels, 27 sp. et Mythes, 140 sq.).

La Lune, la Femme et le Serpent

Si le serpent est l’époux de toutes les femmes, il est possible qu’il soit devenu une personnification masculine, comme la lune. « La Lune peut avoir aussi une personnification masculine et ophidienne, mais ces personnifications (qui se sont souvent détachées de l’ensemble initial pour suivre une carrière autonome dans le mythe et dans la légende) sont dues en dernier examen à la conception de la lune comme source des réalités vivantes et comme fondement de la fertilité et de la régénération périodique. »

« Les relations entre la femme et le serpent sont multiformes, mais elles ne peuvent en aucun cas être globalement expliquées au moyen d’un symbolisme érotique simpliste. »

la signification de la régénération pourrait être une des plus importantes : « Le serpent est un animal qui se « transforme ». Gressman (Mytische Reste in der Paradieserzählung, « Archiv f. Relig. », X, p. 345-367) a voulu reconnaître en Eve une déesse phénicienne archaïque du monde souterrain, personnifiée par le serpent. On connaît des divinités méditerranéennes représentées tenant un serpent à la main (Artémis arcadienne, Hécate, Perséphone, etc.)

Les cheveux des femmes dans de nombreuses légendes se transforment en serpent, quand elles meurent, quand les cheveux sont sous terre ou bien quand elles sont sous l’influence de la lune.

Le serpent et le savoir : Comme il vit sous terre, il incarne (entre autres bêtes !) l’esprit des morts : « le serpent connaît tous les secrets, est la source de la sagesse, entrevoit le futur. »

Enfin et pour conclure cette partie, retenons : « En tant qu’attribut de la Grande Déesse, le serpent conserve son caractère lunaire (de régénération cyclique) joint au caractère tellurique. » (tellurique : relatif à la terre)

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